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 THE PROMISE ☽ ft. Rodrik Forestier (fb).

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Îles de Fer
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Îles de Fer
Valar Dohaeris

Ft : Alexander Ludwig.
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MessageSujet: THE PROMISE ☽ ft. Rodrik Forestier (fb).   Sam 2 Sep - 22:37

The Promise
Rodrik & Gormond
Bad dreams in the night, they told me I was going to lose the fight. Too long I roam in the night, I'm coming back to his side, to put it right. I'm coming…

La Méduse pourpre longe les promontoires ciselés par l’âge et les violences d’une mer sauvage. La terre s’élève abruptement vers les sommets, ainsi rongée par le sel. Gormond contemple d’un œil étrange, presque distant, les rivages déployés entre ces rocs supérieurs. Des plages qui se dérobent derrière les façades massives, dissimulant le sable terne et froid. Le tout jeune capitaine s’enlise dans une torpeur aliénante, où les sens se décuplent. Le sifflement d’un aquilon, venu ébouriffer ses cheveux courts… Les paupières papillonnantes, il entrevoit la pale clarté du soleil, lui aussi captif ; pris dans les nuages grisâtres, lourds d’azote et de pluie… comme annonciateurs des évènements funestes à venir. À cet instant, le Bonfrère ne réalise pas. Ce matin pourrait être comme un autre ; la fin d’un voyage au large, après avoir essuyé les dards d’un soleil austral sur les muscles découverts. Des torses luisants de sueur et d’eau, avalée à pleine bouche. La brûlure des bras, usés par les mouvements circulaires ; les cuisses contractées sous l’effort. Mais la peau légèrement basanée de Gormond, un corps béni de l’or solaire, est cachée, protégée par le cuivre et l’acier. Pas de chaleur suffocante en ce jour, mais des brises incisives… Des arabesques vives et éphémères, agissant comme un fouet sur les traits vulnérables. Et rien ne prédit… Non, pas encore. Seule la nature se dévoile : une côte parmi d’autres, également. Malgré lui, le Fer-Né enserre d’une main fébrile le manche de sa hache. Il peut sentir une moiteur perlant à sa paume, signe révélateur de son excitation. Ou anxiété. Tout est encore si calme… Le Bonfrère a pourtant participé à bien des raids où il s’est distingué. Il connaît le goût amer du sang : un doux breuvage à son palet avide, car il reconnaît au liquide épais et gouleyant… le métal. Le fer. Encore plus savoureux que les arômes sucrés d’un vin dornien. Il ne doute pas non plus de ses capacités à attaquer et à se défendre ; non pas le meilleur… Sans avoir l’envergure de ses frères, il peut compter sur son instinct. Et la force brute coulant en ses veines dilatées : à son tour, il se métamorphose en loup assoiffé, en ours violent. Animal plus qu’homme… Un monstre de cruauté, qui aime à se prélasser dans le bain carmin, entre les corps déchus et inertes. Entre les ifs dégarnis, le fils né-du-fer s’élance à corps perdu dans l’étreinte mortifère ; son œil ne tique pas face aux organes crevés et putrides. Mais le sang… le sang ! Il ne voit que cela. L’ivresse du pourpre, qui s’écoule à flots pour former une marée sépulcrale. À tel point que les tons de givre dans son regard, si clairs, s’assombrissent ; le reflet du carmin s’empare de lui, tout entier. Le jeune homme participe alors de bon cœur aux chants de guerre : ces cantilènes où les cris larmoyants, où les hurlements rauques et désespérés se mêlent au craquement des os, au doux entrelacs du fer contre le fer… Toujours, le fer et le sel dominent. Après les coups agiles de ses armes, comme les pointes acérées et opalines de sa morgenstern, viennent les larmes. D’une veuve, d’un orphelin. Ces autres absents, mais convoqués par les liens qui les entravent aux macchabés tombés. Ainsi, le nombre d’ennemis rompus n’est-il pas plus grand ? Douce gloire. Terrible déchéance de l’humanité.

Le temps s’arrête, un bref instant, dans ce simulacre de normalité. Le silence brisé, extirpé de sa langueur, Gormond entend les voix. Les ordres vociférés. Il lève la tête vers les cieux, admirant les ailes solitaires et libres ; elles surplombent, indifférentes encore, le fourmillement des hommes. Son cœur bat fort en sa poitrine : un lourd glas qui résonne. Ses yeux troublés errent vers l’onde crespelée, battue violemment par les rames de bois. Et ils avancent, inexorablement, vers le chaos. Plus vite, plus vite… L’excitation éclipse l’anxiété causée par l’incertain, par la peur qu’un de ses frères tombe ; fauché en plein cou. La Méduse rejoint le reste de la flotte, amarrée sur un vaste rivage. Le Bonfrère se saisit de son bouclier ; un objet d’une grande beauté, en plus de son utilité martiale. Le monde y est représenté dans sa richesse et dans sa diversité, en plusieurs sections circulaires. L’infini océan, commencement et fin de toute chose ; les vagues fracassantes s’arquent et retombent dans un tourbillon de lignes perses. Comme parure intérieure, la faune et la flore marine. Un imposant kraken étend ses bras anguleux et sa présence symbolique évoque l’hommage rendu aux Greyjoy. Vers le centre, les hommes : deux cités, l’une prospère, l’autre belliqueuse. Deux danses à l’œuvre. Le poing serré du Bonfrère percute alors les assaillants représentés, par trois fois. Et tout s’enchaîne. Les bottes du jeune homme s’enfouissent dans le sable humide et il s’abaisse, les yeux rivés vers la plaine ; sa main effleure l’eau, blanche d’écume. Il passe hargneusement le revers contre ses lèvres entrouvertes ; baignées et bénies par le sel, par l’onde matricielle, il est prêt. Gormond se met à courir, enivré par la vision infernale offerte à ses pupilles dilatées. L’olifant d’ivoire qu’il porte à son cou rebondit contre sa poitrine alors qu’il se jette dans le tumulte sanglant.

L’air est tout imprégné du fer et du sang. Gormond enjambe les corps tavelés de plaies béantes. Il traîne par les aisselles son second, blessé à l’épaule droite d'une flèche. Accompagné d’un autre camarade, le jeune capitaine s’éloigne du fracas tonitruant du combat. Le trio s’isole jusqu’à la lisière d’une forêt qui borde le champ pourpre. Pour respirer, pour aider le second. Le torse encore haletant, l’esprit aliéné, le Bonfrère inspire deux longues bouffées d’air. Mains sur les genoux, le dos rond, il contemple le sol dégarni et parsemé d’une herbe morne. Il semble que la Mort vient prendre ses quartiers en ce lieu, jetant copieusement ses manteaux rouge vif. Il aide son second à s’installer contre le tronc d’un arbre ; le mouvement tire une grimace à l’homme. Gormond le considère un bref instant. Son ami hoche la tête et d’une voix bourrue dit : « C’est bon, fais-le ». D’un geste vif et précis, le Fer-Né retire la flèche ; enfoncée assez profondément pour causer une intense douleur au blessé. Uron pousse un hurlement. Avec une froide efficience, Gormond bande la blessure ; il entoure un bout de sa chemise déchirée. « Allez, ça ira. Nous allons rentrer… ». Il jette un œil par dessus son épaule, vers la plaine où les hommes se livrent à une lutte acharnée. Mais la gloire leur échappe en ce jour… Et alors qu’il s’apprête à soulever Uron pour l’aider à marcher, il aperçoit une figure. Le jeune capitaine s’immobilise net ; ses yeux rivés sur le garçon. Menaçants et calculateurs. Lentement, Gormond se redresse. Il empoigne sa morgenstern encore souillée par le sang. Il fait un signe de tête au troisième camarade, qui prend connaissance de la situation. Un sourire carnassier étire les lèvres du Bonfrère. Et les deux Fer-Nés s’avancent à pas de loup, heureux de pouvoir mettre fin à la vie d’un étranger ; par principe. Est-il un déserteur ? Le jeune capitaine incline la tête sur le côté, curieux. Ses vêtements sont intacts. Et il ne semble pas porter d’armes, à première vue. Quelques mètres les séparent. À mesure de son approche feutrée et féline, le guerrier distingue des traits anguleux. Une gorge nivéenne. Des yeux de givre. « Charmant », une voix insidieuse murmure à son oreille. Le jeune capitaine manque de trébucher à cette pensée impromptue. Charmant ? Mais il n’a pas le temps de s’attarder sur cette réaction, car trois nouveaux ennemis rejoignent à grandes enjambées l’adolescent. L’un d’entre eux pousse le garçon vers l’arrière, loin du combat qui s’apprête à se jouer. Deux contre trois, très bien. Le Bonfrère fait tournoyer son étoile du matin avec une facilité déconcertante, obtenue par des années et des années d’entraînement. Et le Fer-Né s’élance, sans crainte ; des yeux, il suit la course sanglante de son compagnon. Tout deux se meuvent en harmonie : d’instinct, ils savent où porter le premier coup. Qui fauche qui. Gormond désarme son adverse désigné, et après quelques secondes, peut-être une minute, la boule d’acier rencontre violemment le torse découvert. De sa main libre, il saisit un long poignard qu’il vient planter dans la trachée de l’homme, qui, abasourdi, désorienté, déjà pâle d’une Mort qui ne saurait tarder, tombe au sol. Vif, le Bonfrère rejoint son camarade aux prises avec les deux continentaux. Ils n’ont aucune chance. La morgenstern vient se ficher dans la nuque, profondément ; d’un geste sec, faisant saillir son biceps, il retire l’étoile saignante. D’un même élan, les Fer-Nés se tournent vers l’adolescent restant. La voix rauque du capitaine résonne dans le bosquet : « Je m’en occupe. Emmène Uron vers les bateaux, je te rejoins ». L’autre opine du chef et disparaît. Du coup de l’œil, le visage incliné vers la droite, Gormond surveille la progression de ses frères d’armes. La mâchoire du jeune homme luit entre les feuillages traversés d’une lueur déclinante. Le sang souligne la courbe virile. Enfin, sans se presser, le Bonfrère reporte son attention sur le garçon. Un contre un. Ses yeux d’acier étincèlent… une lueur inquiétante, intense… Il s’avance d’un pas tranquille et resserre sa poigne sur son arme, glissante. Et il s’arrête, tout près de lui ; à portée de bras. Il laisse choir son arme de prédilection à terre ; entre temps, il a replacé son poignard à sa ceinture. Peut-être que son adversaire cache une lame sur lui, il vaut mieux être prévenant. Juste, mais pas fou. « Bats-toi ou meurs ».
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Nord
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Nord
Valar Dohaeris
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MessageSujet: Re: THE PROMISE ☽ ft. Rodrik Forestier (fb).   Dim 3 Sep - 20:40


The Promise
Rodrik & Gormond
I got my fingers laced together and I made a little prison and I'm locking up everyone that ever laid a finger on me. I'm going in. This is the start of how it all ever ends, they used to shout my name, now they whisper it.

An 289
Le soleil reprenait ses droits sur le ciel, il avait vaincu la nuit à leur bataille journalière et était à présent destiné à subir une énième défaite. Il avait entamé sa fatale marche, profitait des quelques heures où il était épargné de son rôle, sans doute démuni de tout espoir ; nul n’est évincé de l’avenir qui lui est destiné. Cette éternelle bataille continuerait autant de temps qu’il y aurait de jours, survivrait les hommes, tous les hommes de cette espèce. À jamais suivrait-elle son barbare protocole. La Nature se réveillait aussi, comme tous les jours. Quelques oiseaux dansaient dans le ciel matinal déjà grisé par le temps. Des renards sauvages bondissaient çà et là dans les prairies lorsqu’ils sentaient les redoutables et lointains tremblements provoqués par les déplacements incessants des hommes. Rien ne semblait vouloir distinguer cette journée des autres. Ô combien différait-elle, pourtant. Le quotidien tout entier de Rodrik Forestier avait été malmené depuis plusieurs semaines par la simple rumeur de ce jour. Il avait été contraint de quitter les terres qui l’avaient accueilli, qu’il chérissait tant. Ironrath, berceau de sa vie, fière bâtisse qu’il connaissait par cœur, dont aucun recoin ne lui était étranger. Il y avait passé ses quinze dernières années, pour ainsi dire toute sa vie. Il se retrouvait pourtant bien loin du nid, sur des territoires qu’il ne connaissait guère. Plus loin qu’il n’avait jamais été, ses repaires lui avaient été arrachés. Il suivait les hommes, avait une foi inépuisable en eux. Ces paysages lui étaient méconnaissables, il se perdait dans ces larges plaines. Lorsque son regard balayait ses alentours, une boule se formait inlassablement dans son estomac, une puissante anxiété l’assaillait. Qu’étaient ces terres ? Le gouffre de l’inconnu semblait fou, démesuré, incommensurable. Il avait de la peine à se figurer les lieues qu’il avait parcourues, perdait la notion du temps, ne savait plus comment se repérer grâce au soleil. Il avait perdu le Nord, ne savait pas dans quelle direction il se dirigeait. Il était idiot, se contentait de suivre son père et l’armée d’hommes qui se déplaçait derrière lui. Il n’aimait pas se retourner, n’appréciait pas la contemplation de tous ces visages masculins, aux traits virils, forts ; des dizaines d’hommes au regard conquérant, aux intentions belliqueuses. Étaient-ils au moins plus informés sur leur position ? Savaient-ils au moins où le voyage se terminerait ? Eux aussi avait l’air idiot, eux aussi semblaient être de bêtes suiveurs. Rodrik était de loin le plus jeune d’entre eux. Certes une poignée de visages juvéniles avait été balancée çà et là dans la masse, mais nul homme ne devait avoir moins de dix-huit ans. Durant les quelques instants de répit, il avait intercepté différents regards qui lui étaient destinés. Si certains se comportaient en fiers protecteurs – sans doute sous les ordres de son père, d’autres adoptaient d’étranges comportements. Il lui était arrivé de surprendre quelques regards méprisants qui lui étaient sans aucun doutes destinés. Certains le prenaient en pitié. Il avait même intercepté une discussion le concernant. Deux hommes qui s’étaient mis à parier que l’aîné Forestier manquerait à l’appel au retour, qu’il laisserait sa vie bien loin d’Ironrath. En entendant ces mots, il avait été pris d’une colère folle. Il s’était rué sur l’un des deux hommes, sans préavis, et s’était mis à l’assener de coups de violents coups de poing, jusqu’à ce que les deux abrutis déclarent en cœur que leurs craintes s’étaient envolées. Cet incident lui avait certes valu les terribles mais justes réprimandes du paternel, mais il en sortit quelque peu apaisé. Il avait été capable de terrasser un soldat, bien qu’il se doutât que les choses eurent différées s’il n’avait été l’héritier d’un homme que l’on respectait avec passion. De ce détail, il n’en avait cure. Il se reposait sur sa petite victoire ; l’hommes devait avoir une dizaine d’années de plus que lui et il l’avait mis à terre. Il se savait bon combattant, il maniait l’épée avec une étonnante dextérité, son père lui-même l’avait reconnu et disait à qui veut l’entendre qu’un de ces jours, il serait dépassé par son premier-né. Cette expérience eut néanmoins le don de le rassurer et de lui permettre de soutenir les prochains regards de pitié qui lui seraient destinés et qu’il ne supportait décidément plus. Le reste du voyage avait été long mais calme. Il se réjouissait tant. Depuis si longtemps avait-il désiré voir un champ de batailles de ses propres yeux. Les anecdotes rabâchées par les quelques vétérans d’Ironrath avaient fini par ne plus suffire à ses pulsions belliqueuses. Il sentait que le temps était venu pour lui de vivre ces expériences, et ce même si sa mère était d’un tout autre avis. Il n’avait pas été aisé de les faire céder, mais il y était parvenu à coup de ruse et d’insistance. Son père l’avait étonnamment soutenu dans sa requête. Grégor tenait à l’enseignement de son fils, mais il tenait également à la vie de ce dernier. Ils avaient alors convenu d’un accord qui prenait la forme d'un compromis. Il accompagnerait son père, resterait à ses côtés la durée du voyage, se battrait si mésaventures il y aurait, mais il ne traînerait pas son épée jusqu’au champ de bataille. Il ne se battrait pas avec les hommes du Nord, ne prendrait pas part aux altercations. Il resterait en retrait, protégé d’une poignée d’hommes forts qu’il connaissait. Ainsi vivrait-il les coulisses de la guerre ; suivrait avec attention les travaux d’intendance, les préparations fastidieuses mais inévitables. Il avait même insisté pour rendre service, se salir les mains. Il aida les forgerons, nettoyait les épées et armures. Il prenait ses travaux à cœur, s’y attelait religieusement. Il aimait le bruit de l’acier, se réjouissait de toucher une armure. Il attendait cette guerre avec toute l’innocence d’un enfant de son âge. Innocent, il l’était encore avant ce jour. Il ne savait pas que bientôt viendrait la poignante réalité, enveloppée d’un voile noir, pour le happer doucereusement et l’emporté dans le camp des conscients. Ces derniers sont un petit groupe d’hommes qui ont vu l’humanité sous son plus sombre jour. Ils sont à présent lucides quant au déroulement des choses. Car l’expérience de la guerre change les hommes à jamais, et ce groupe a connu ladite métamorphose. Il sera alors fier, à la fin de la journée, de compter Rodrik parmi ses membres.
Maudit fut le ciel qui refusait de s’allier aux combattants. On devinait cependant que le soleil atteignait timidement ses zéniths. Le front que devait défendre l’armée de Grégor avait été assiégé plus tôt, dans la matinée. L’annonce était tombée soudainement au réveil et la route avait été entamée. Ce n’était pas les plans originels, mais en temps de guerre, les imprévus étaient habituels. La folie belliqueuse s’était déjà emparée du territoire, il n’y avait plus de temps à perdre ; Candide s’apprêtait à crever comme un chien. Le groupe d’hommes armés et protégés jusqu’aux dents commençait à voir le bout du voyage. Ils atteignirent le sommet d’une modeste colline qui offrait une vue déconcertante de la zone de batailles. Le rideau se leva enfin et le spectacle se devinait, au loin. Des hommes qui s’élançaient sur d’autres hommes, des armes qui volaient, qui se perdaient et qui se brisaient. Des têtes aussi s’envolaient, se perdaient et se brisaient. La guillotine tomba froidement sur le cou de l’innocence. La réalité était là ; lointaine mais facilement discernable. Les attentes du jeune Forestier venaient d’être assassinées. Il voulut faire demi-tour mais ses jambes restèrent plantées sur le sol, clouées par le spectacle qui lui était offert. Il voulut parler mais il n’eut guère l’occasion. Quelques instructions furent hurlées et les soldats, armes en main, commençaient à se diriger d’un pas vif vers l’action. S’il avait trouvé idiots les hommes qui suivaient, il trouvait d’une rare connerie les hommes qui à présent s’élançaient bêtement contre le massacre. Quatre hommes vinrent s’emparer du jeune garçon, sans qu’il n’eût le temps d’articuler un quelconque propos. Ses paroles demeuraient coincées dans sa gorge, étouffées par l’effroi. Grégor s’adressa à son fils. Aucune parole ne sera retenue. En quelques instants seulement, l’expérience avait pris une tournure inédite et inattendue. Certes avait-il imaginé le dénouement de cette marche. Il en avait même rêvé, mais cela ne ressemblait en rien aux images qu’il s’était artificiellement fabriqué. Sous ses yeux juvéniles, les hommes qu’il connaissait d’Ironrath couraient à la bataille, tandis qu’il était mené de force vers une espèce de tour de contrôle, bâtie le matin même en prévision de l’invasion. Il était bien loin des hostilités mais cela ne suffisait pas à la sécurité. Les quatre hommes le gardaient précieusement, au sommet de la bancale bâtisse. Sans doute avaient-ils compris que Rodrik était en état de choc, mais ils ne s’en étaient pas occupés davantage. Ils s’étaient contentés de le tirer par le bras vers l’abris de fortune et de le poser là, en le surveillant à moitié, les yeux constamment rivés en direction de la scène. Ses pensées lui revenaient petit à petit, mais son esprit semblait encore inactif. Lorsqu’il fut capable de penser convenablement, les choses empirèrent. Des centaines de pensées le tourmentaient, il avait perdu l’intérêt et la conscience de sa présence. Il ne comprenait plus les raisons qui l’avaient poussé à venir. Il ne se rappelait plus de la nature de ses attentes. Il était incapable d’expliquer ce qu’il pourrait retirer de cette expérience, si ce n’est le triste deuil de ses pensées innocentes qui avaient été enterrées, qu’il ne parvenait décidément pas à faire revivre. Il pouvait les rechercher, en vain. Sonder son esprit dans le puéril espoir de les retrouver. Elles appartenaient à présent au passé. Le choc avait été terrible. Il reprenait les quelques couleurs qu’il avait perdu, se construisait de nouvelles pensées pour remplacer ses défuntes amies. Il repassait dans sa tête les événements passés et comprenait soudainement certaines paroles, certains actes qui le dépassaient il y a de cela quelques minutes seulement. Des gestes tremblants qui n’avaient pas échappé à sa contemplation, mais qu’il n’avait su expliquer. Ces regards fuyants, comblés par une lugubre lueur qui régnait dans les yeux des soldats. Ce feu qu’ils portaient en eux trahissait une profonde et naturelle crainte ; celle de la mort. Une peur qu’il commençait à partager, malgré lui, malgré ses anciens sentiments perdus, ses réjouissances de la veille. Il craignait pour ses amis, ces dizaines d’hommes qui couraient devant ses yeux, qui rejoignaient la masse d’individus méconnaissables. Il s’inquiétait surtout pour son père, bien que jamais il n’avait douté de ses talents de combattant. Il le cherchait dans le paysage, tentait en vain de le reconnaître parmi toutes ces ombres mouvantes. Inutile. Son père était à présent fondu dans la violente masse, ne valait pas plus ni moins que tous les autres hommes présents à cette cruelle mascarade. Il avait cruellement besoin de coupables, de fautifs, sur qui remettre la faute. Ce n’était pas bien difficile. Qui étaient les envahisseurs ? Qui souhaitaient simplement défendre leurs terres ? Qui étaient les intrus ? Ces maudits fer-nés. En observant les hommes se battre, il se rassurait en essayant de partager leurs pensées. Ainsi naissait les prémices d’une violente haine envers ce peuple des mers. Ils tentaient de voler les biens des continentaux, n’hésitaient pas à user de toute la violence possible. Il était persuadé que quelque chose de bien profond différenciait les deux peuples. Les hommes du Nord n’avaient pas l’amour du sang, ne se battaient que pour une chose : l’honneur. Ce motif-là les poussait à brandir leurs épées, à faire tomber les corps. Mais ces hommes venus des Îles de Fer, eux, semblaient prendre un plaisir à se battre. Il ne voyait pas leur visage, devinait seulement les corps qui se mouvaient sans cesse jusqu’à sentir l’ultime chute. Il comptait dans sa tête chaque soldat fer-né qu’il voyait tomber. À chaque fois, son cœur se réchauffait et un étrange sentiment faisait trembler ses entrailles. À l’opposé, le spectacle de la mort d’un des siens amplifiait cette haine, la rendait encore plus violente et puissante. Il ne savait combien de temps s’était écoulé depuis son arrivée, mais à cet instant précis, ses idées étaient très différentes. Il ressentait une envie incontrôlable de rejoindre son père, de se battre à ses côtés. Pendant un très bref instant, sa haine se transforma en envie de tuer. Il jouirait de sentir un de ces envahisseurs faillir sous le coup de son épée. Ses soudaines pulsions suffirent à le terroriser. Le flot de ses émotions était tumultueux, il n’en avait plus le contrôle.
La bataille l’obnubilait. Ses sens étaient vifs. Il prétendait entendre chaque murmure, chaque soupir qui participaient à faire le tumulte de la guerre. Le crépitement des boucliers, les feulements des hommes. Ce tapage endiablé et étourdissant ne semblait pas prêt de s’arrêter. Des bruits sourds se faisaient entendre dans la vallée, une harmonie guerrière résonnait dans les airs. Des cris qui allaient en s’amplifiant, des échos incessants. Le calme semblait avoir disparu de la surface de la terre, n’était qu’un lointain souvenir. D’étranges odeurs se dégageaient de la terre, comme si elle était consciente de ce qui se passait. Rodrik le savait, la Nature était observatrice de cette regrettable déchéance. Les animaux se tenaient au loin, les arbres étaient immobiles. Le monde s’était arrêté, seuls les hommes s’obstinaient à s’agiter dans tous les sens. Le Forestier voyait. Il guettait, inspectait et toisait le spectacle. Il était si concentré. La fin approchait, son camp semblait victorieux. Étrangement, il ne se réjouissait guère, il était bien trop épris par les effluves du combat. Il s’enivrait à présent de l’ambiance, à tel point qu’il ne remarqua pas immédiatement que quelque chose se tramait autour de lui. Un des hommes le tira involontairement de son étude. Il revint soudainement à la réalité. « Des fer-nés ont été signalés dans le coin. Jon et Adrian viendront avec moi, toi tu restes avec le petit. » Trois de ses protecteurs disparurent de son champ de vision. À nouveau, la peur apparut. Conscient qu’il pouvait être le coupable de la mort de ces hommes, il ne se voyait plus garder son poste d’observateur plus longtemps. De nouvelles pulsions lui montaient à la tête. Il devait trouver un moyen de défendre ceux qui risquaient leur vie pour lui. Mais était-ce vrai ? Des Fer-Nés s’étaient réellement perdus dans les alentours ? Si Grégor eut été mis au courant, sa colère aurait été démentielle. Soudainement, une flèche vint à leur rencontre pour s’échouer tristement contre la tour. Pour la première fois de sa vie, le danger venait à lui, le prenait pour cible. Étrangement, ce ne fut une volonté qu’il ressentit, mais une volonté vengeresse. On lui ordonna de se baisser, il n’écouta pas. Un deuxième ordre fut braillé mais n’eut pas plus d’effet que le précédent. Enfin, on le tira par le bras et il fut contraint de se recroqueviller sur lui-même. On lui avait retiré sa fenêtre d’observation, il se sentait devenir fou. Il ne pouvait plus inspecter les hommes et espérer que son père faisait partie de ceux qui étaient encore debout. Il n’avait plus l’avantage de tout percevoir, de tout prévenir. Cette situation n’était pas supportable, il devait s’en échapper. Il observa le dernier homme qui servait à sa surveillance. Il envisagea de s’attaquer à lui et de le déjouer, mais l’idée lui parut immédiatement folle. Alors il inspecta la pièce, se mit à estimer le temps qu’il mettrait à atteindre l’échelle. L’homme se leva et regagna son observatoire en lui faisant comprendre qu’il devait rester à sa place. Il attendit alors un instant qu’il jugeait suffisamment long avant de s’emparer de cette perche qui lui avait été tendue. Sous le vacarme extérieur, le déserteur ne se fit pas repérer. Il descendit l’échelle et s’éloigna vivement. Qu’allait-il faire à présent ? Il mit du temps à se rappeler que son épée occupait le sol de la tour. Lorsqu’enfin il y songea, il comprit ô combien il avait été puéril, à quel point ses actes avaient été insensés. Quel aurait été le plan, de toute façon ? Il était seul, loin du combat, loin de tout. Cette idée de solitude qu’il avait négligemment déduit fut bien vite anéantie, lorsque son regard balaya à nouveau l’horizon et que des ombres se métamorphosaient en hommes. Deux hommes qui s’approchaient dangereusement, comment avait-il fait pour échapper auparavant à son observation ? Son cœur commençait à accélérer, il ne prit le temps de les analyser. Le risque était trop grand. Fuir ? Il était prêt à le faire. Il se retourna et, devant ses yeux, un autre groupe venait à sa rencontre, plus menaçant encore. Il recula par surprise, manqua de trébucher bêtement et vit les hommes courir à lui. Ils s’approchaient, vite, trop vite, son cœur manquait d’exploser. Était-il réellement immobile, tétanisé ? Son sang se glaça, il se sentit soudainement idiot. Par chance, il reconnaît ses trois protecteurs qui courent à lui. Immédiatement, le groupe ennemi qui arrivait à sa gauche s’attaque aux Nordiens sous le regard de Rodrik. Ils commencèrent à se battre à quelques mètres de lui. La confrontation fut rapide. Il s’imagina foncer contre les assaillants. Trois contre deux, ses protecteurs ne semblaient pas avoir besoin de son aide, d’autant plus qu’il n’était pas armé. Il était pour ainsi dire nu face au désastre qui allait se produire.
Rodrik venait de faire le choix qu’il regrettera toute sa vie. En un instant, il avait décidé de ne pas intervenir. Il avait regardé ses hommes mourir en tentant de le protéger et n’avait pas été capable de faire quoi que ce soit. Il avait hurlé. D’horribles cris que personne n’entendit. Lorsque ses amis furent à terre, un silence de mort tomba. Il aurait pu fuir. Il aurait eu le temps de partir, de courir loin des monstres qui venaient d'abatte ses Nordiens. Il était à présent trop tard. Son honneur l’avait déserté, il régnait à présent en maître. Il était droit, les poings serrés, les yeux rivés sur le groupe qui ne tarda pas à éclater. Le plus imposant d’entre eux demeurait encore sur les lieux de son crime. Rodrik avait pris la décision de se battre, voulait venger ses amis. Il n’avait rien pu faire sans arme, ce n’était alors plus un problème. Il était maintenant prêt à mourir pour sauver l’honneur perdu. Le blondinet était resté ; c’était lui qu’il voulait. C’était lui qui s’était battu avec le plus de rage, de volontés meurtrières. C’était lui qui prenait les ordres, c’était le fautif. C’était lui que Rodrik voulait assassiner. Il entendit l’arme de son nouvel antagoniste tomber au sol. Il avait décidé de se battre loyalement. Une décision qui le fit bouillir de rage. Son sublime ennemi était bien plus honorable qu’il ne l’avait été. Il était alors près de lui, Rodrik devait se contenir pour ne pas bondir. « Bats-toi ou meurs ». Cette voix résonnait dans sa tête. Tous ses sens étaient agressés. Il était révulsé par l’allure du Fer-Né. Il n'était plus question de fuir, ni de mesurer les risques. De tout son corps, de toute sa force, le garçon se jeta sur l’homme qui lui faisait face. Il l’atteignit au ventre et l’entraîna dans une violente chute dont il ne fut pas épargné. Il versa sur le sol avec lui, se retrouva au-dessus de son corps. Simplement, il se mit à le rouer de coups. Poings, griffes, claques ; sur son torse, son cou, son visage. Il sentit sa fureur s’abattre sur le corps ennemi, sentit des morceaux de chair se loger sous ses ongles, vit les effets de sa violence. Pendant un instant, Rodrik avait le dessus. Si bon était la sensation de le blesser, si doux le bruit de ses coups. Une jouissance incommensurable l'envahissait. Il ne vivait plus que pour cela : détruire le meurtrier.


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MessageSujet: Re: THE PROMISE ☽ ft. Rodrik Forestier (fb).   Ven 13 Oct - 23:08

The Promise
Rodrik & Gormond
Bad dreams in the night, they told me I was going to lose the fight. Too long I roam in the night, I'm coming back to his side, to put it right. I'm coming…

Le Fer-Né jubile dans le chaos. Hors de lui-même, délaissé de toute raison, il s’enivre d’un doux poison ; ce sentiment illusoire, fondé sur une jubilation aussi malsaine qu’intense… de se tenir ainsi en supériorité, les doigts – semblables à des griffes acérées et noires de sang – enfouis dans la tignasse d’un vaincu, dressant bien haut la tête pour exposer l’arc vulnérable du cou. Avec ivresse, à corps perdu, le jeune homme pêche par hubris ; il se croit meilleur, plus fort, plus méritant que tout autre. Et en ce jour, il lui semble côtoyer d’égal à égal son Dieu ; ou même, une Déité implicite au nom banal : la mort. Peu de temples érigés en son honneur, si ce n’est les trous sépulcraux, édifices sanctuaires « après coup » ; après avoir contemplé l’absolue omnipotence de cette divinité. Quant à ses fervents fidèles, dont Gormond fait partie, ils portent des titres distincts : guerriers, chevaliers, mercenaires… Tous, ébranlant le fer et l’acier, tous, lovés en son sein de velours. Le Fer-Né, ainsi pris dans la torpeur des combats, véritables croisades contre l’ennemi, ne se reconnaît plus ; ni sa voix, ni ses pensées, imbibées par la promesse d’une conquête sanglante. Et une nouvelle émotion s’empare de son âme obscurcie, pareillement aux nuages lourds de larmes voilant la clarté diurne ; une cruauté aiguisée, qui perle à ses lèvres relevées. Un sourire grinçant et carnassier, remarquable par sa laideur nue. Il toise du regard son… « adversaire » – s’il est digne d’en porter le nom, ce dont le Bonfrère doute fort – et un ricanement passe sa gorge déployée. Car il voit les traits de son visage se tendre, marqués par une haine aussi profonde qu’instinctive à son égard. Gormond n’a pas à se fouler pour attiser sa rage et son courroux… ce qui le réjouit, inexplicablement. Il jubile d’avoir son attention exclusive ; que ses yeux limpides et ombragés ne le quittent pas, non… Que tout son cœur soit dirigé contre lui, que son esprit s’acharne, saturé par le désir de conduire le Fer-Né à sa perte. Gormond entend posséder son ennemi dans l’absolu. Et maintenant, son corps ; animé par les effets d’une colère sombre et dangereuse. Le jeune capitaine s’en rend compte derechef, alors qu’il tente de parer ses premiers coups. Pris de surprise, par la véhémence et par ce coup porté à l’estomac ; le Fer-Né ne le pensait pas si véloce. Le jeune Nordien a bondi vers lui, tel un loup affamé. Mais il ne craint ni ses crocs, ni ses griffes ; encore moins ses grognements rauques, ceux-ci bercent ses oreilles.  

Le Bonfrère retrouve sa concentration. Après être tombé à la renverse et avoir lâché un son étouffé à l’impact, il entre en action. Il écarte les poings serrés à vif de l’autochtone, mais en vain ; les coups pleuvent de plus belle. Sous ses ongles ardents et infatigables, la peau dévoilée du Fer-Né brûle ; furieux, il hisse de douleur. Il se contente pour l’instant de se protéger ; en subissant ainsi les assauts acharnés et violents du Nordien, Gormond entend l’épuiser. Bientôt, ses bras peineront à se lever pour lui asséner une claque retentissante au visage. Ce simple geste met le guerrier hors de lui et ses yeux d’acier étincèlent ; il suffit. Les deux garçons luttent pour gagner l’ascendant, mais le Fer-Né est plus aguerri ; d’un mouvement, il plaque son ennemi face contre terre. En l’écrasant de tout son poids, le Bonfrère s’assure de le maintenir soumis et docile. Ses cuisses enserrent de part et d’autre les jambes étendues du Nordien ; d’une main impérieuse, il tient ses mains captives au dessus de sa chevelure défaite, aussi noire que la nuit. Il presse le visage tuméfié de son autre main, dont les phalanges pourpres luisent à la lumière vacillante du jour. De rage, Gormond pousse un cri. Enfin, entre ses dents, il grince d’une voix persifleuse : « Reste tranquille, Nordien. Là où tu appartiens, en dessous d’un Fer-Né… à sa merci. N’est-ce pas dans la nature des choses, mh ? Qu’est-ce que tu croyais, pauvre fou. Tu aurais mieux fait de rester dans les jupons de ta mère… peut-être que lorsque j’aurai terminé à toi, je me risquerai à les relever et saisir mon dû. Mh ? », termine-t-il en agrippant ses cheveux, ses lèvres brisées tout près de son oreille. Mais, à son grand dam, le Bonfrère n’aurait pas dû desserrer sa poigne ; pendant son petit discours, l’adversaire n’a cessé de se débattre, drainant à son tour le guerrier de son énergie. Pis, son agitation, l’éclat furibond de son œil, la clarté de sa peau, ont éveillé en Gormond un flot de sentiments contradictoires. Confus, irrité et bouleversé par la violence de son… désir, qui ne tarde pas à dresser son membre, il s’écarte aussi tôt. Comme brûlé par le feu. Ses yeux écarquillés témoignent de sa stupeur ; a-t-il senti ? Non, non, il s’est empressé de partir. Son esprit, enlisé dans un bourdonnement entêtant, se délivre de justesse d’une torpeur ; il essaie de percer au travers du chaos que sont devenues ses pensées. Il se sent pétrifié, et pourtant se force à se lever. Par chance, si l’on peut parler de « chance » dans une telle situation, le Bonfrère retrouve non loin de lui son arme déchue, délaissée dans la confusion de la lutte au sol. Retrouvant un simulacre de contenance, Gormond crache un sol ; hargneux, il essuie du revers de sa main sa bouche ensanglantée. Il relève enfin les yeux vers son ennemi, plus que jamais. « Bats-toi comme un homme, non pas comme un animal ; ceux qui avaient pour ordre de te protéger auraient honte de toi, s'il te voyaient... Quelle mort bien pathétique ».  
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MessageSujet: Re: THE PROMISE ☽ ft. Rodrik Forestier (fb).   Hier à 21:46

The Promise
Rodrik & Gormond
I got my fingers laced together and I made a little prison and I'm locking up everyone that ever laid a finger on me. I'm going in. This is the start of how it all ever ends, they used to shout my name, now they whisper it.

An 289
A utour d’eux s’étendaient des territoires de désolation. Les combats s’éteignaient, la guerre s’essoufflait. À eux deux, ils redonnaient encore éclat à cette violence éclatante qui s’était faite maîtresse d’une bien triste journée. Ils s’agitaient dans ce terrible calme d’après-guerre, faisaient s’écouler les dernières gouttes de sang, déterminés à être le dernier assassin de cette journée funèbre. Et le nordien s’adonnait à cette entreprise destructrice. L’issu nécessairement meurtrière du combat soulevait son cœur, guidait ses poings et alimentait sa rage. Il anesthésiait ses peines pour frapper avec plus de vigueur encore, était victime de sa propre furie. Les réactions moqueuses du blondinet parvenaient à le troubler. Il tentait pourtant de se ressaisir, tentait vainement de se rendre conscient des bassesses qu’il entreprenait. Mais il ne savait raisonner proprement, quelque chose demeurait brisé, l’empêchait de voir clair. Il jouissait encore de son pouvoir, poussait de langoureux cris de rage, tandis qu’il se plaisait à marteler le corps de celui qu’il tenait pour ennemi. Et les quelques complaintes du fer-né, rares mais précieuses, mélodies râpeuses qui sonnent jusqu’à ses oreilles, le rendent encore plus fou. Elles sont délectations, lui procurent mille félicités. Pendant un instant, le plaisir est intense. Rodrik s’est définitivement perdu aux jeux belliqueux, il ne vit plus que pour ouïr davantage de supplices. Oui, l’étranger détient toutes ses faveurs : il occupe son esprit comme son cœur, anime ses instincts les plus profonds, réveille les fureurs encore méconnues du jeune homme. Oui, le fer-né a métamorphosé le malheureux, lui a procuré un but démentiel, pour lequel il serait prêt à perdre la vie. Rien ne saurait l’en détourner. L’instant de riposte, tant attendu, arriva enfin. Rodrik l’avait su dès le départ ; il ne garderait pas le dessus bien longtemps. Une fièvre d’amertume l’emplit soudainement. Boudeur, un océan de larmes rageuses vint lui brouiller la vue. Le sol torturait sa tête, il tentait de se dégager, frénétiquement, mais sous la puissante poigne de l’assaillant, ses tentatives étaient vaines. C’était à peine s’il sentait encore son corps, meurtri sous le poids du fer-né. En entendant le rugissement du guerrier, Rodrik tomba dans un fatal mutisme : les yeux clos, il attendait que tombe le glas, prêt à recevoir les coups attendus de son tortionnaire. Mais sa voix, et non ses poings, seule, s’éleva dans les airs. Détestable et détestée, le timbre siffleur et le ton moqueur de ses mots suffirent à éveiller toute la haine du nordien. Et ses propos l’étonnaient, car ils n’étaient en rien semblables aux paroles insensées et maladroites de ses confrères. Sans qu’il ne puisse rien n’y faire, les mots le pénètrent, l’enragent. Les yeux fermés, il sentait le souffle animal du fer-né contre sa peau, sa respiration résonnait dans ses oreilles. Des frissons parcouraient son échine, et s’il avait été prêt à se faire rosser, il souhaitait se défaire de cette situation-là. Soudain, le combat perdu de son éclat et, soudain apparut, contre la cuisse du nordien, une bosse proéminente. Alors, bête et immobile, Rodrik resta muet, les yeux ronds, surpris.
Il demeura à terre, soudainement délaissé par son assaillant. Le contact physique avait été si subitement rompu qu’une forme incompréhensible de manque se ressentait, un besoin charnel de continuer à s’abattre sur le corps de l’étranger. Il levait les yeux vers lui, l’admirait presque, coincé dans cette infériorité qu’imposait leurs positions. Il l’avait senti, pendant quelques instants, contre sa peau. Ému de surprise, il l’avait laissé se glisser hors de ses griffes, laissant l’extrémité de ses doigts dans un manque de lacérations. Il était profondément perturbé, encore drogué des effluves de sa haine. La raison lui était revenue. Il ne se perdait plus aux illusions vengeresses, savait à présent que si le combat se prolongeait, il ne s’en sortirait pas. Il s’était soudain résolu à perdre cette bataille et la conscience qu’ils gagneraient la guerre sur les fer-nés suffisaient à calmer ses pulsions. Son sublime ennemi avait repris son arme, avait retrouvé le charisme qu’il avait égaré dans l’incident. Rodrik accusa chacune de ses paroles, voyait sa fierté être piétinée une nouvelle fois par les puériles provocations. « Et s’ils te voyaient ? » siffla-t-il immédiatement, en coupant les derniers mots du guerrier. « S’ils te voyaient durcir honteusement, contre la cuisse d’un nordien ? » Il essuya un rire moqueur. Il se prêtait à son jeu, réfléchissait à la provocation. Ses ricanements ne voulaient cesser, sa moquerie semblait si réelle. « Va, maintenant. Va, sodomite, regagne les tiens et abandonne ces terres qui ne t’appartiennent pas. Regarde autour de toi, il n’y a plus d’espoir pour ton peuple de cafards. » Ses dernières paroles, tremblantes, trahirent ses quelques craintes. Il eut fallu un miracle pour que le fer-né s’en aillent après ces quelques provocations. Qu’avait Rodrik comme choix ? D’armes, il en était démuni. Il aurait préféré s’éteindre dans cette altercation animale. Au moins son honneur aurait été intact, il serait mort enragé, tâché du sang de l’ennemi. Mais derrière la silhouette de son ennemi, au loin, de l’autre côté de la plaine, apparaissent d’autres silhouettes indistinctes. Deux hommes, forcément, qui accourent dans leur direction. Un instant de crainte, puis Rodrik se rassura : des renforts alliés. Il les fixa, désespéré. Les deux hommes hurlaient et les échos emprisonnés dans la plaine brisaient le calme d’après-guerre. Maudits soient-ils, impossible de gagner du temps. Le visage blême, Rodrik sut qu’il vivait ses derniers instants. Ses yeux fixés sur l’arme, il se sentit impuissant, esclave de son âge et de ses envies vengeresses : le fer-né avait le temps de l’abattre maintenant, et de disparaître à jamais. Et dans cet instant de crainte, où il ne restait que faiblesse et fatalité, des larmes décorèrent les joues encore rondes du jeune garçon. Ce dernier porta les yeux à son gourou, conscient de partager ses derniers instants avec cet homme, qu’il haïssait toujours autant. « Mon nom est Rodrik. » La parole insensée lui avait échappé. Il avait eu le besoin de la cracher, comme on fait avec ces glaires qui se forment dans les sanglots. « Que tu le saches. Maintenant fais ce que tu as à faire, et ne perd pas ton temps. L’action du lâche détonne davantage quand elle est exécutée rapidement. » Ces mots, eux, n’étaient pas tremblants.


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MessageSujet: Re: THE PROMISE ☽ ft. Rodrik Forestier (fb).   

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