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 Les Paroles de la Nature ~ Grégor & Rodrik Forestier

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MessageSujet: Les Paroles de la Nature ~ Grégor & Rodrik Forestier   Sam 2 Sep - 18:45


Les Paroles de la Nature
Grégor & Rodrik

An 299, lune 1, semaine 1
Depuis quelques jours les terres du Nord avaient été prises et étaient à présent sous l’emprise d’un vent glacial et redoutable, une bise qui provenait de régions encore plus au Nord. L’air s’était quelque peu refroidi sous cet assaut et, au-dessus des têtes, une bataille faisait rage ; les nuages gagnaient sans cesse du terrain. En une journée, le gris avait fait ses quartiers et dominait le plafond entier. Au Sud d’Ironrath, des bourrasques irrégulières faisaient danser les arbres du Bois-aux-Loups. La tranquillité forestière était sans cesse perturber de ce terrible intrus. Ces bourrasques venaient jusqu’à chatouiller les grandes portes du siège de la maison Forestier. Elles tremblaient légèrement, tandis que le vent perfide pénétrait dans les fissures et minimes ouvertures. La cour intérieure était cependant épargnée. L’avantage d’Ironrath résidait en ses frontières naturelles ; deux imprenables montagnes qui gardaient précieusement le fort, situé dans une sorte de crevasse naturelle. Les intempéries météorologiques étaient ainsi déjouées. Le confort que cela leur procurait était infini. L’hiver venu cependant, les déplacements devenaient extrêmement compliquées, souvent se retrouvaient-ils isolés dans les montagnes. Il était alors vital d’avoir de suffisantes provisions. Si l’hiver se faisait difficile et trop long, il n’était pas difficilement imaginable que la dynastie Forestier s’éteindrait soudainement. Les récoltes se faisaient constantes pour éviter cela. Si l’hiver n’était pas encore prévu pour tout de suite, depuis longtemps déjà les réserves se faisaient. Ironrath était modeste, comportait peu d’habitants, mais il fallait nourrir cette petite communauté. Des chasses se faisaient à rythme régulier. La veille du départ pour Winterfell, Rodrik avait suivi quelques hommes dans une chasse à la tombée de la nuit. Pour contrer le climat, il s’était emmitouflé dans une nouvelle peau de sanglier, en plus de quelques couches additionnelles. À son cou pendait un renard fébrile, réchauffant ainsi les quelques morceaux de peau qui étaient négligemment découverts. Ils étaient partis aussitôt que le ciel fut sombre et que les quelques éclats courageux qui traversaient la masse de nuages avaient disparu. Son départ se ferait tôt dans la matinée du lendemain, mais il avait néanmoins insisté pour participer à cette chasse. Un caprice pur et simple ; l’activité lui avait particulièrement manqué. Sans réellement songer à l’inévitable fatigue qui le frapperait le lendemain, il s’était glissé hors des enceintes d’Ironrath aux côtés d’un trio d’hommes, dont Gared Tuttle, qui ferait lui aussi partie du voyage. Les deux hommes partageaient ainsi le même destin et recevraient sûrement quelques regards réprobateurs de la part du patriarche Forestier, lorsqu’il apercevrait les inéluctables cernes. Il fallait être quelque peu inconscient, mais la chasse procurait à Rodrik un plaisir délicieux. Le jeune Tuttle devait probablement partager ces quelques sentiments, cela se remarquait à son sourire qui ne s’échappait décidément pas de ses lèvres. Ils commencèrent alors à parcourir de longues distances à travers la forêt, armés d’arc et de flèches. Ces chasses nocturnes étaient particulièrement hardies. Il fallait avoir un flair particulier. Si la nuit les animaux étaient des cibles plus faciles, l’obscurité qui régnait rendait le repérage compliqué. Quelques trous dans le ciel s’étaient créés en fin de soirée, ce qui permettait à la lune d’émettre de faibles lueurs irrégulières mais qui suffisaient à se repérer d’une part, et deviner quelques ombres d’une autre part. Il fallait alors redoubler d’écoute et de discernement. Cette pratique bourrine et belliqueuse se métamorphosait alors en un art. Les Forestier étaient des bûcherons depuis des générations. Leurs ancêtres avaient vécu dans ces bois. La connaissance de la forêt semblait se transmettre par le sang, ainsi qu’un amour indétrônable pour les bois. La Nature était sauvage, mais lorsqu’elle était aimée et écoutée, elle se laissait quelque peu apprivoisée. Elle restait pourtant indomptable, immaîtrisable. Elle régnait en Reine sur le monde, faisait des hommes les être impuissants qu’ils étaient réellement. Elle était alors exquise dans son rôle, détrônait les doctrines les plus philanthropiques. Lorsque l’homme pensait être maître, Elle s’abattait sur les continents, rappelait à tous qu’Elle était la seule déesse qu’il fallait réellement vénérer, mais aussi craindre. Si les Sept avait fait des Anciens Dieux une légende – que bien des Nordiens conservaient cependant avec passion – la Nature n’avait perdu aucun de ses pouvoirs. Rodrik croyait fort en cette religion, ne s’était pas fait corrompre par l’arrivée de ces nouvelles croyances qui détrônaient injustement la vie naturelle sous l’égide de Dieux usurpateurs. Sept visages leur Dieu possédait ; pas un seul consacré à la Nature. Le jeune Forestier était profondément ancré dans ses croyances, il en était devenu animiste convaincu. Il croyait à toutes formes de vie. Cela lui semblait bien réducteur de considérer les hommes comme seuls êtres vivants, quand tout autour d’eux, la Nature ne souhaitait rien d’autre que de faire entendre ses nombreux messages.

La Nature est un temple où de vivants piliers,
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers

Il devait user de tous ses sens. Lorsqu’il ne voyait plus rien, ne discernait aucune ombre, il ne fallait pas céder à la panique. Quoiqu’une douce frustration occupait ses pensées, il devait retrouver son calme, prendre de puissantes et longues respirations. Il était aisé de se sentir pris au piège, perdu à jamais au milieu des terribles bois qui semblaient infinis. Il perdit ses hommes, durant la chasse. Le dos plaqué contre un tronc d’arbre qu’il ne décernait guère, il travailla sur soi pour reprendre le contrôle de ses sens. La panique brouillait et la vue et l’écoute, ne permettait plus aux ombres de se laisser apercevoir et faisait perdre le sens de l’orientation. Lorsque son calme revint en lui, régna enfin en maître sur son corps et son esprit, il commença à nouveau à percevoir les jolies ombres forestières, à entendre les plus infimes craquements de bois. Comme si pour un court instant, la Nature s’était arrêtée de vivre autour de lui, et qu’il venait de lui donner le droit de renaître. Douce illusion humaine, de se croire au centre des choses. La vérité était qu’il s’était perdu dans son Être, et que la Nature, Elle seule, lui avait permis de se retrouver. Une autre illusion se profilait dans les esprits des chasseurs ; que les bruits, les odeurs et les ombres leur étaient destinées. Si les parfums étaient des communications de la Nature destinée aux hommes, il ne fallait pas condamner les autres discussions, celles qu’Elle entretenait avec elle-même.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent

L’homme n’était alors que nuisible inopportun, imposteur dans ce temple. Il perturbait les communications, s’imposaient dans les transmissions des messages. Elle l’acceptait pourtant, d’une bonté inégale. Elle avait une douceur maternelle, accompagnait l’homme dans son parcours, le laissait pénétrer sur ses terres. Rodrik avait conscience de ces messages, de ces procédés difficilement observables. Il fallait de la patience et de l’amour pour La comprendre, pour observer les doux échanges.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Les quelques chanceux qui percevaient l’existence de ces correspondances vivaient pourtant de magnifiques expériences. Les Forestier savaient comment interpréter les bois, comment comprendre la Nature. Cela restait cependant un apprentissage infini qui durait la durée d’une vie. À jamais Rodrik vouerait un véritable culte à ces correspondances.

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens. ~ Baudelaire

Il était habituel de rentrer bredouille. Par chance, ce ne fut pas leur cas. Les quelques heures passées dans ces sombres labyrinthes furent prolifiques. Ils ramenèrent une dizaine de bêtes, mais la nuit n’était pas terminée. Il fallait passer à la dépouille et conserver la viande. L’hiver était pratique pour la conservation des aliments, sans quoi il fallait user de techniques quelque peu hasardeuses mais que l’on disait efficaces. Les quatre hommes s’occupèrent de leurs trésors et conserva le tout dans des armures d’eau et de sel, suspendues dans des réserves pour empêcher aux rats et divers animaux de gâcher les provisions. Il fallait alors consommer la viande au plus vite, avant qu’elle ne devienne charogne. Ensuite, de nouvelles chasses seraient lancées, et ainsi de suite. Rodrik ne regretta aucunement l’expérience, lorsqu’il alla se coucher dans le milieu de la nuit. Le lendemain pourtant, le réveil fut difficile. Il s’éveilla avec les premiers rayons du soleil. Un air froid agressait sa peau nue, tandis qu’il émergeait lentement, en se glissant hors de ses couvertures. On vint frapper à sa porte, il comprit que le départ était imminent. Il eut tout de même le temps de se vêtir et de jouir d’un repas copieux, digne de ceux que l’on prenait avant les longs voyages, afin d’éviter aux voyageurs d’être assaillis trop tôt par la faim. Il rejoignit la cour d’Ironrath, là où des chevaux attendaient patiemment. Il y en avait six ; quatre qui étaient destinés à être montés par les voyageurs, deux autres qui servaient et à transporter les provisions, et à remplacer une éventuelle perte. Rodrik s’approcha de son cheval personnel, une monture modeste mais imposante, qui avait été pansée par ses soins la veille. Il tenait à s’occuper lui-même de son animal, en pensant que cela rendait leur relation plus sûre, que la bête lui serait ainsi plus fidèle. Il caressa légèrement sa crinière, en attendant l’arrivée de ses compagnons de route. Quelques instants après son arrivé, le calme matinal fut perturbé par la voix lointaine de son père, qui s’approchait de lui. Il se tourna pour voir arriver Grégor Forestier, accompagné de Gared Tuttle et du frère de sa femme. Tous étaient vêtus en circonstance, tous étaient prêts pour le voyage qui durerait cinq jours, si tout se passait sans gêne. Ils avaient prévu une légère marge, qui leur permettait d’arriver au banquet avec de l’avance, afin d’éventuellement participer aux préparations. Sans doute la famille Stark ne rechignerait pas à avoir un peu de main d’œuvre supplémentaire. Il afficha un léger sourire destiné aux hommes qui n’étaient plus bien loin à présent. Gared Tuttle semblait autant fatigué que lui, si ce n’est davantage. À cette observation, son sourire devint taquin, et le regard qu’il réserva à la pupille de son père était d’une douceur presque fraternelle. Lorsqu’ils l’eurent enfin rejoint, il les salua chaleureusement. « Messieurs, cela m’a tout l’air d’être une bonne journée pour voyager. Ce maudit froid n’est pas aussi intense qu’hier. J’ai parlé avec notre mestre en mangeant, il m’a confié que le temps promettait d’être calme et clément. Nous n’avons qu’à espérer que cette fois, ses prédictions seront correctes. » Un léger rire fit trembler sa gorge, tandis qu’il évoquait quelques souvenirs des dernières semaines, où les prévisions météorologiques du mestre avaient été publiquement démenties. Il n’y avait cependant aucune animosité dans ses paroles. Il ne s’agissait que d’une petite pique qu’il faisait à son ami et qui parvint à faire rire ses compagnons de voyage. Ses yeux se posèrent sur son père. « Je suis prêt pour partir. J’ai salué mère après m’être réveillé et j’ai été dire au revoir aux jumeaux. La tâche a cependant été plus difficile avec Rickon. Il ne voulait décidément pas que nous partions. » C’était vrai ; le cadet Forestier, du haut de ses cinq ans, avait eu de la peine à comprendre ce qui motivait leur absence. Il était cependant habituel pour lui de craindre les départs et de refuser de les accepter. Rodrik se demanda un instant s’il avait agi de la même façon, lorsqu’à ses quatre ans, son père et grand-père, accompagnés de nombreux hommes d’Ironrath, étaient descendus dans le Sud. S’il avait refusé ce départ-là, ses craintes ne furent pas frivoles, puisque les au-revoir avec son grand-père se transformèrent en ultimes adieux. À cette pensée, il se perdit quelque peu. Car ce voyage n’était qu’un petit déplacement, face à ceux qu’il comptait entreprendre par la suite. Mais avant cela, il devrait demander à son paternel. D’ailleurs, ce dernier remarquerait-il que son fils avait emporté plus d’affaires et de provisions qu’il n’était nécessaire ? « Nous devrions nous mettre en route. » En prononçant ces quelques mots, il commença à se mettre en selle, en invitant le reste des hommes à faire de même. Avec un peu de chance, le voyage ne connaîtrait pas trop d'embûches. Pour cela, il ne pouvait rien faire, si ce n'est prier leurs Anciens Dieux. Car une fois encore, ce serait à la Nature de décider leur sort.

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MessageSujet: Re: Les Paroles de la Nature ~ Grégor & Rodrik Forestier   Lun 4 Sep - 1:22



Ironrath → Winterfell ♣ An 299 - Lune 1 - Semaine 1 ♣ ft. Rodrik Forestier
Les Paroles de la Nature



La brume presque palpable des songes s’insinuait dans son esprit, et il lui semblait que le monde entier en était rempli. Une brumasse qui se transforma en brouillard épais ; et froid. On aurait dit un mur, de fumée et de glace, qui ; coupant et sombre, apportait obscurité et désolation. Nu, sans repères ; il errait. Regardant autour de lui, seule sa propre peur se reflétait. Alors les reflets de son être lui revenaient ; mais disparaissaient tout aussi vite et il redevint une simple âme, un éclat d’une lumière seule et vacillante, sans enveloppe charnelle. Un esprit flottant sur une eau immatérielle : une mer fumante. Les pas qu’il entreprit de faire se transformèrent en exercice impossible ; les paroles qu’il souhaitait exprimer, le cri qui se bloquait dans sa gorge se perdirent dans le néant. Pourtant, il voyait ; pourtant, il pensait. Bloqué, impuissant, mais spectateur, il vit défiler devant lui un loup, puis un ours. Ce fut le tour d'un kraken, et à un renard. Un drôle de bonhomme avec une rose leur courut après, lui-même poursuivi par un lion. En l’air ; ou était-ce en bas ? il vit un griffon essayer d’attraper un aigle ; puis, volant dans les airs, deux truites de deux couleurs distinctes semblaient léviter, puis disparaitre. Un bal et une danse infinie, mais tous, toutes, avaient une lueur bleutée. Alors, le brouillard devint neige ; entrainante, compressante. Impossible de bouger, encore ; mais encore plus impossible de respirer. Et, au loin, il aperçu une imposante ombre se rapprochant ; telle une vague, elle semblait vouloir s’écrouler et déferler sur lui. Alors que la sensation de froid et d’asphyxie lui semblaient tellement réelle qu’il crut sentir un souffle glacé lui chuchoter des paroles inconnues, tout se mit à tourner, tourner, tourner, tellement vite que le ciel était le sol, et le sol était les murs. Et la dernière image qu’il vit, était des sombres arbres le regarder, mi-riants, mi-pleurants. Puis, le dernier silence fut brisé par une douce voix.
Grégor !

Il ouvrit les yeux, sentant la sueur sur son dos et son front. Il entendit une seconde fois son nom et tourna la tête. Sa femme le regardait, une lueur inquiète dans les yeux. Grégor se redressa dans son lit, la couverture retombant. Tout ceci n’était qu’un mauvais rêve, un simple cauchemar. Il vit sa femme sourire.



« Je t’ai vu t’agiter. Tout va bien ? »


Sa voix était douce et conciliante. L’entendre lui fit du bien. Il la rassura d’un sourire et d’une parole apaisante. Elle avait toujours été là dans les moments difficiles, et il devait le bonheur de sa famille à son amour pour eux. Il ne pouvait imaginer s’éveiller un matin, et réaliser qu’elle ne serait plus là, souriante et aimante. Pour chasser ses mauvaises pensées, lord Grégor fit le tour de la pièce de son regard. Il remarqua le feu mourant dans l’âtre ; ils avaient dû en effet le nourrir le soir dernier car le froid était quelque peu dérangeant au milieu de la nuit. Malgré cette prévention, maintenant que les sueurs du rêve disparaissaient, un frisson parcourut le corps du nordien. Cette journée ne semblait pas plus chaude que les autres de la semaine. Il remarqua aussi les deux chandelles allumées par sa femme ; et la lumière tamisée que cela produisait et qui contrastait avec la semi-obscurité à peine entamée par les restes du feu lui donnait presque envie de se rendormir sur le champ. Mais quand il regarda dans la direction de la fenêtre, il remarqua que l’aube se levait. Une pâle aube, apparemment. Il sentit une main choyante se poser sur son bras, et il tourna la tête en direction de son amour. Il remarqua son regard, qui lui soufflait qu’aujourd’hui n’était pas une simple journée de routine, ou de chasse. Il prit un petit moment pour réfléchir tout en remettant en place la mèche qui tombait devant les yeux de sa femme, et finalement il se souvint. Mais bien sûr ! il était presque en train d’oublier le départ pour la capitale du Nord. Ttt, quelle bêtise le prenait parfois lors des matinées. Il s’étira en sortant du lit, ouvrant les portiques qui cachait le soleil à la pièce. Mais, de soleil, n’en restait que des miettes. Il sentit une brise caresser tous les membres de son corps, et la fraicheur le prendre. Il faudrait s’habiller chaudement, surtout quand la monotonie les prendraient, car sans exercice, les membres s’engourdissent, et cela même à cheval. Ainsi, Grégor partit se préparer et se toiletter. Quand il eut fini, il retrouva sa femme dans la salle-à-manger, où déjà ses jumeaux se repaissaient, ainsi que son beau-frère, Malcolm Branfield. Celui-ci faisait partie de la petite procession qui l’accompagnait à Winterfell. Grégor le salua, souriant, et celui-ci répondit respectueusement. Il embrassa furtivement sa femme, puis, ses deux enfants, tout sourires. Ces deux-là étaient une fierté non cachée pour Grégor ; alors que ses deux premiers-nés avaient été élevés dans une éducation martiale, et que le second semblait bien s’y plaire, les deux jumeaux s’étaient très tôt portés sur les arts et la littérature. Cela lui plaisait ; d’un part car cela ravissait beaucoup sa femme, et d’une autre car ils représentaient une facette de la vie à Ironrath qu’il n’avait pu lui-même apprendre, et apporter. Dans un sourire mental, il s’imagina si lui-même, au lieu de tout faire pour rendre fier feu son Père en essayant de l’imiter, il s’était porté sur les arts. Inimaginable, pensa Grégor. Etant le premier-né et étant donné le caractère de l’ancien Lord, il avait été élevé pour la politique et la guerre. Et malheureusement, il avait reproduit ce schéma avec Rodrik. Oui, d’une autre manière, cependant. Mais parfois, il le regrettait, et se demandait comment seraient les jours s’il avait choisi un autre chemin pour son fils.

Il s’assît à la table et commença un repas copieux, en prévision de la route à venir. Quelques hommes à lui étaient présent, dont Thermund car il invitait certains de ses hommes à partager leurs repas, et leurs soirées parfois ; sauf quand la famille souhaitait de l’intimité. Ainsi, souvent, le mestre déjeunait avec eux, ainsi que sa Sentinelle. Mais ce n’était pas le cas ce matin, apparemment. Autour de lui discutaient les hommes et Malcolm, ainsi que Ethan et Talia, qui commencèrent à se taquiner et à se lancer du pain. Leur mère les réprimanda, ce qui fit sourire Grégor. Il finit rapidement son repas, puis il partit chercher ses dernières affaires. Partir aussi rapidement lui serra quelque peu le cœur, car il n’aimait guère laisser sa famille derrière. Ce n’était pas la première fois qu’il partout pour au moins une semaine, loin de là : mais il ressentait à chaque fois une petite angoisse malgré lui. En revenant, il croisa Royland Delgore, à qui il donna ses dernières instructions après l’avoir salué. Puis, aidé de ses gens, il alla masser ses affaires près de sa monture, aux écuries. Les chevaux étaient déjà préparés du matin, et ils en félicita les palefreniers. Il ordonna de préparer les provisions pour leur départ et d’amener les bêtes dans la cour, près de la grand-porte. Ensuite, il commença à revenir vers le hall. Grégor leva la tête pour étudier le temps. S’accordant presque à ses vêtements, le gris s’installait dans le ciel. Pour l’instant, le temps semblait clément en terme d'humidité ou de grand froid mais il savait qu’une fois la route prise, il reviendrait, s’insinuant dans les coutures, dans les bottes, dans les cheveux. La météo entière semblait maussade, mais que de façade ; en réalité, cela restait le temps normal au Nord. Cette journée était quelque peu moins froide, glaciale que la semaine qui précédait, et il en était content. Mais encore, le froid serait un compagnon de route. Parfois, il se demandait si cela n’était pas un signe que l’Eté s’arrêterait bientôt. Souvent, les nordiens attentifs à la Nature pouvait pressentir ces choses, car il était dit que l’Hiver venait toujours du Nord, et par le Nord s’en allait. Le lord d’Ironrath s’arrêta un instant, fermant les yeux. Il entendait la brise malmener les arbres au dehors ; et il sentait presque le mouvement des nuages, semblant se courser pour disparaitre plus rapidement. Le bois craquait un peu partout : une douce mélodie, saine. Quelques bruits d’animaux semblaient retentir dans la forêt, quand les pâles rayons qui arrivaient à percer se posèrent sur son visage. Instinctivement, il porta la main à son collier porte-bonheur. Il était bien là, le bois semblant vibrer au contact de ses doigts. Un sourire s’afficha sur ses lèvres. Le bruit de la cour tintait à ses oreilles, et il reprit sa marche. Un second passage dans ses affaires, amenées à sa monture. Sur le chemin, il saluait ceux qu’il rencontrait. En allant vérifier s’il n’avait rien oublié, Grégor se demanda si il devait prendre son épée personnelle, l’épée de la famille. C’était plus une épée de guerre, et l’épée traditionnelle des cérémonies à la cour, mais elle avait son importance, et surtout Grégor la chérissait, et en prenait grand soin. Alors qu’il hésitait, sa conscience lui rappela que le trajet n’était pas complétement sûr car les déplacements de beaucoup de personnes de la noblesse amenaient toujours des faux-amis, et des bandits déguisés, prêts à occire le moindre mendiant ou cavalier perdu. D’un autre côté, plus qu’un banquet, c’était à une réunion politisée qu’ils se rendaient. Un symbole fort de sa maison lui serait peut-être utile ; et qui sait, possiblement qu’un autre lord ou combattant le provoquerait en duel amical. Peut-être même un certain rival s’il se trouverait dans les parages… il se décida donc et prit son épée avec lui.

En revenant près de la porte de sortie, il demanda si quelqu’un avait vu son fils ainé. On lui signala qu’il semblait être dehors. Cela était bien, mais Grégor trouva étrange de ne pas l’avoir croisé ce matin. D’ailleurs, il y avait un autre de ses enfants qu’il n’avait pas vu : son petit Ryon. Grégor se dit qu’il devait sûrement encore dormir. Il aurait bien aimé lui souhaiter au revoir, mais il ne voulait pas le priver de ses heures de sommeil. Quand il arriva dans le hall, ses hommes avaient disparus mais il aperçut ses jumeaux près de la porte. Un peu plus près se trouvait sa femme. Il ne distinguait pas avec qui elle parlait, mais quand il s’approcha elle s’agenouilla et il vit que c’était avec Ryon. Elle lui parlait doucement, mais il semblait bien maussade, presque triste. Grégor comprit rapidement pourquoi, alors il demanda à un Malcolm qui l’attendait là de tenir son épée pour un instant, puis il repartit dans sa chambre. Quand il revint, sa femme s’était décalée et semblait-elle aussi l’attendre. Mais il reporta son attention sur son plus jeune fils, et il s’approcha, souriant, les mains derrière le dos. Celui-ci leva la tête, le regard peiné, et encore un peu ensommeillé. Son fils commença par lui sortir un « bonjour » timide, auquel il répondit, puis l’enfant s’approcha et lui demanda de ne pas partir ; il ne voulait pas. Grégor lui ébouriffa les cheveux d’une main, et lui dit :


« Ryon, ton frère et moi devons-nous en aller pour un petit moment, nous en avons l’obligation. Ne t’inquiète pas, nous serons revenus avant que tu t’en rendes comptes. N’oublie pas d’écouter ta mère, ton frère et ta sœur. Mais j’ai quelque chose pour toi, et ça restera notre petit secret si tu le veux. »


Il sourit au jeune enfant, sa voix était gentille et attentionnée. Il s'agenouilla pour lui tendre son cadeau. Il savait que sa femme regardait, mais il voulait contenter le jeune garçon, et les secrets étaient dans la liste des choses super-cool. Grégor sortit de derrière son dos une épée de bois, bien finalisée sur la garde et la poignée, où un petit emblème Forestier représentant un ferrugier figurait. La « lame » était plus grossière, mais lisse et arrondie sur le bout. Sur la garde paraissait un minuscule Ryon pour éviter qu’un autre enfant ne la prenne. Grégor avait choisi du cœur de ferrugier tendre pour la réaliser, afin qu’elle soit plus légère, plus souple et aussi plus claire ; une épée tirant plus sur le marron que le noir, ainsi plus agréable à regarder pour un enfant, mais aussi pour la gravure. Ryon la prit, des étoiles dans les yeux. Grégor lui annonça que c’était son épée, qu’il devait en prendre soin et y faire attention. Mais pas question de blesser des gens avec ! ça restait un jouet, mais il pouvait demander aux autres s’il avait des questions. Il lui dit aussi que la « lame » était plus molle, s’il voulait graver quelque chose. Le prenant dans ses bras une dernière fois, Grégor lui dit au revoir, et il alla faire de même avec le reste de sa famille. Ses deux jumeaux souriaient, Talia lui promettant un poème pour son retour. Enfin, il embrassa sa femme, qui lui dit de faire attention. Il récupéra son épée puis il sortit par la porte ouverte, suivit de son beau-frère qui avait aussi fait ses salutations. Finalement, ils étaient escortés de Gared Tuttle, sa pupille, qui venait d’arriver. Il semblait se lever. Ils traversèrent la cour en direction des montures, et Grégor aperçut son fils ainé, souriant. Quand ils furent devant, Gared se plaça à côté et Rodrik les salua, amicalement, et il ajouta une petite boutade sur le mestre, d’une bonne humeur. A la fin de sa phrase, il eut un petit rire qui se communiqua à Grégor et aux autres. C’était vrai que le mestre se trompât plusieurs fois ces dernières semaines, mais le temps fut très changeant. Bref, mestre Ortengryn n’était pas reconnu pour ses talents météorologiques et cela amusait Ironrath, mais de bon cœur. Il se tourna pour regarda Malcolm puis Gared, mais il remarqua que le rire de celui-ci semblait plus mou que d’habitude. En regardant bien, lord Forestier s’aperçut du visage tiré du garçon ainsi que de ses yeux moins éclatants. Une note sévère passa sur le visage du père Forestier, et quand Rodrik le regarda, il remarqua quelques similitudes dans le faciès de son fils, quoique moins marquantes. En rejoignant le fait que Grégor ne les avait pas vu déjeunez avec le reste de la famille, il tira la conclusion que ces deux-là avaient dû se coucher bien tard. Ce n’était pas sérieux et il allait leur en faire part quand son fils lui annonça qu’il était prêt et qu’il avait salué sa famille. Le ton chaleureux de son ainé et la mention du petit Ryon évinça les réprimandes de l’esprit de Grégor, même si juste avant il lança un regard entendu avec sourcils froncés. Puis, souriant, il répondit :



« C’est bien. Nous sommes nous aussi prêts. Il se tourna vers ses deux compagnons qui hochèrent la tête. Et je me suis occupé de Ryon, je n’aime pas le laisser trop longtemps, mais nous devrions être rentrés assez prochainement. Les jumeaux m’ayant promis un poème, j’espère une belle chanson à notre retour ! »


Grégor repartit dans un petit rire. Ensuite, Rodrik proposa de se mettre en route et ils l’imitèrent en se mettant en selle. Les gardes leur ouvrirent la porte, sa femme lui fit signe au loin. Les hommes, femmes et enfants de la cour firent de même et il leur sourit. Un garde souffla dans un petit cor en bois pour signaler leur départ, ils avancèrent sur le sentier de sortie. Alors qu’ils étaient partis depuis juste quelques minutes, Grégor remarqua tout d’un coup que la monture de son fils semblait tenir plus de sacoches et bagages que d’accoutumé, mais surtout par rapport à eux. Toujours de bonne humeur, il lança de manière taquine à son proche tout en souriant gaiement, supporté par le clapotement des sabots sur le sol :


« Dis-moi Rodrik, aurais-tu peur de te perdre en route ? Ou bien comptes-tu t’installer à Winterfell pour tout l’hiver ? »




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MessageSujet: Re: Les Paroles de la Nature ~ Grégor & Rodrik Forestier   Mer 13 Sep - 0:16


Les Paroles de la Nature
Grégor & Rodrik

An 299, lune 1, semaine 1
Le voyage commençait gaiement. Les quatre hommes avaient chevauché leurs imposantes montures et se dirigeaient, l’un après l’autre, en direction de la sortie de la cour. Vint le moment de traverser l’imposante double-porte, la sortie principale du domaine afin de se glisser en dehors de la forteresse familiale. Arrivé en dehors de l’enceinte, le cheval de Rodrik manqua d’essuyer quelques pas précipités vers la droite. Le jeune Forestier esquiva la transgression en serrant ses cuisses contre son animal, ce qui parvint à l’apaiser et lui procurer un semblant de discipline. Il jeta un bref coup d’œil aux portes qui se refermaient lentement derrière eux, dans un concert de grincements et autres bruits métalliques annonçant le début du périple. Un sentiment amer naquit. Il lui était coutume d’être victime de légers pincements au cœur lorsqu’il était question de s’éloigner du berceau natal. Il n’aimait guère laisser sa famille derrière lui, surtout lorsqu’il ne savait pas exactement quand il serait de retour. Il avait fait de brefs adieux, n’avait souhaité s’éterniser. Il n’avait jamais apprécié ces instants, n’avait jamais excellé à la tâche. Il s’était épargné bien des sentiments en taisant les aspirations de voyage qu’il cultivait depuis quelques temps. Si l’accord était donné par Grégor, nul ne savait quand est-ce que l’aîné Forestier reviendrait à Ironrath. Il tenta de faire de l’ordre dans ses pensées, se redressa sur son cheval et concentra son regard sur sa route. Il connaissait le chemin pour Winterfell du bout des doigts : il en connaissait les raccourcis, savait mesurer ses risques, devinait aisément si les conditions lui étaient favorables. Il savait même quel chemin privilégier pour chaque état météorologique. Il décida donc d’emprunter une modeste route qui se perdait dans la forêt, passait au travers quelques reliefs, ce qui permettrait au petit groupe d’être épargné des bourrasques glaciales ennemies. Il s’était glissé à la tête du petit groupe. Âgé de vingt-cinq ans, l’aîné de la famille se complaisait de ce genre de maigre responsabilité. Il excellait à les exécuter, y mettait une énergie folle. Inconsciemment, il recherchait, en faisant cela, l’admiration et le respect de ses paires, mais aussi et surtout celle de son père. Grégor était un homme doux, honorable. Être son héritier était tâche complexe. Il fallait vainement tenter d’être autant bon que lui, mais ce n’était chose aisée. Lorsque le fils regardait le père, son regard témoignait d’une gigantesque et incontestable admiration, mais il trahissait également quelques craintes inévitables. Les Forestier suivaient fidèlement les archétypes des familles du Nord : de nombreux enfants, un patriarche dont la réputation n’était plus à refaire et inspirait l’admiration de tous, une mère et femme aimante, suffisamment forte pour porter le poids de toute une dynastie sur ses féminines épaules s’il le fallait. La Lady d’Ironrath venait de terres plus au Sud, mais elle s’était acclimatée et maîtrisait aujourd’hui les usages nordiens d’une étonnante habilité. Le mariage de ses parents avait toujours été source d’inspiration pour Rodrik, qui ne pouvait rien faire d’autre qu’espérer lui aussi marier une femme qu’il aimerait avec sincérité et grandeur, tout comme son père aimait sa mère. Il ne se perdait pas dans les illusions infantiles, mais il cultivait certaines puissantes croyances sur l’amour et le destin. Il suivait une niaise doctrine qui affirmait que l’une des plus belles choses au monde était d’aimer, et d’être aimé en retour. C’était en ces frivoles pensées que résidait son romantisme, qu’il avait forgé grâce à l’admiration qu’il portait pour ses parents. Il vivait un âge où on attendait de lui une force suffisante pour faire cavalier seul, mais il se sentait encore si confortable sous l’égide du paternel. Quelques pensées infantiles l’animaient encore. Il les taisait, quelque peu honteux, toutefois conscient de leurs racines bienveillantes et naturelles. Il y avait quelque chose de profondément honnête chez lui. Il était étonnamment en complète conscience de ses défauts, les traits de caractère qui faisaient naître les reproches. Il connaissait ses vices, ne cherchait cependant pas à les soigner. Sur ce plan-ci, le jeune homme adoptait une philosophie fataliste. S’il s’était vu changer au cours des âges, il ne l’avait pas souhaité. Il n’avait jamais travaillé en introspection. Certes souhaitait-il s’améliorer et ressembler à son père, mais il avait la terrible impression de se battre vainement. Cet inéluctable fatalisme qui l’animait ne le rendait toutefois pas pessimiste, mais il se perdait fréquemment entre ses souhaits, ses velléités et ses désirs. Souventefois s’était-il surpris à se battre sans conviction contre des caractères qu’il savait trop bien ancrés, trop présents pour être modifiés ou altérés. Ces futiles batailles revenaient encore aujourd’hui, et il s’y adonnait toujours avec la même ferveur et volonté d’âme. Lutter dans le vide rendait plus supportable le sentiment d’être l’indigne héritier de son père. Au moins pouvait-il se persuader de faire quelque chose, de combattre cet état de fait qu’il avait lui-même proclamé, sans l’aide de quiconque.
Les bruits des sabots des chevaux étaient sereins, réguliers. Ils se mêlaient agréablement aux nombreux bruits soufflés par la Nature. Un craquement de bois, une branche qui s’échoue, des feuilles qui dansent ensemble, se frottent, s’emmêlent. Les quelques gouttes qui perlent à l’extrémité des plantes, de l’herbe, des feuilles, et qui transforment les bruits de pas en ode à l’humidité. Les oiseaux qui s’éveillent, qui échauffent leur chant. Les bêtes sauvages qui fuient les tremblements causés par le petit groupe, le vent qui résonne dans les gouffres de la forêt. Les somptueux cours d’eau, talentueux auteurs de ces bruitages naturels si apaisants. Modeste novice ou téméraire habitué, qu’importe. Le spectacle était envoûtant et toujours inédit. Rodrik s’était mis au défi de tout apercevoir, de tout apprécier. Ses yeux émerveillés scrutaient chaque arbre, chaque buisson. Son nez, curieux, recherchait des saveurs connues et appréciées, fleurait les doux parfums. Ses oreilles se faisaient fragiles, attentives. Elles tentaient vainement de se délecter du moindre plaisir sonore. Tout son corps se faisait aventurier aux sensations, se laissait bercer par les stimulations de la Nature. Il sentait sous ses cuisses la puissance de son animal, parvenait à entendre les battements de cœur du cheval, toutefois étouffé par les muscles vifs et épais. Il en venait à oublier son père et les deux autres hommes. Il avait réussi à se créer une solitude artificielle dont il se délectait sans vergogne. S’il avait été seul, il se serait probablement arrêté net pour se perdre dans les bois, pour rechercher le Beau, pour parvenir à l’orgasme sensoriel qu’il avait déjà connu par le passé. Ces ultimes instants où il se sentait en parfaite harmonie avec ce monde parallèle qu’il aimait tant, qui prenait de plus en plus d’importance et qui avait toujours été son univers de prédilection. Depuis ses plus jeunes années, il montrait un intérêt marqué et touchant pour les bois. Il ne savait jusqu’où le paternel partageait ses fidèles attachements, mais il se savait bien extrême dans son amour. Il connaissait la faible popularité de la philosophie animiste qu’il cultivait férocement, connaissait les rumeurs qui existaient sur ces croyances ésotériques. Sans entrer dans des considérations religieuses, il partageait ces idées ancestrales, qui venaient d’autres peuples, d’autres temps. Il conciliait croyances et religion, en vouant un culte incontestable aux Anciens Dieux, comme la plupart de son entourage.
Le voyage avait été entamé depuis peu de temps, mais déjà l’immersion dans la forêt était pleine. Il avait du mal à rester concentrer, semblait se promener pour la première fois, sans pour autant perdre la route. Il était un véritable enfant, émerveillé par son entourage, touché par les plus frivoles et habituels événements. Un sourire s’était installé sur ses lèvres et ne semblait pas vouloir le déserter avant un bout de temps. Il y avait véritablement quelque chose d’enfantin dans son rapport à l’extérieur, quelque chose de touchant et beau. Cette intense méditation fut néanmoins brisée par l’intervention de son père, qui venait soudainement briser le silence qui s’était installé depuis qu’ils avaient quitté Ironrath. Il mit un instant à émerger et saisir la question, comprendre que c’était à lui que Grégor s’adressait. Son sourire, qui s’était envolé lors de la subite interrogation, reprit place sur ses lèvres, tandis qu’il se tournait vers son interlocuteur pour lui procurer une rapide réponse. « Tu remarqueras que je ne me suis pas trop encombré. Il se trouve que je comptais rester un peu plus de temps hors d’Ironrath. » Sa semi-vérité dissimulait ses véritables souhaits de voyage. Il décida cependant de s’en tenir à cela pour l’instant. Le temps viendrait sûrement, dans ces quelques jours de voyage, pour quémander l’autorisation souhaitée. Il n’était pas tout à fait à l’aise à cet instant précis pour formuler sa demande. Sans doute la présence des deux autres hommes l’intimidait quelque peu, de peur de devoir essuyer publiquement un refus qui l’étonnerait d’abord, puis le frustrerait grandement assez vite. Par chance, une diversion lui serait offerte, et à temps. Ils venaient de parcourir les premières étapes du chemin et son cheval venait de s’arrêter net, abruti devant un obstacle. Le reste du groupe dut agir en conséquence, tandis que Rodrik se penchait pour constater le faiseur de troubles qu’il avait négligé lorsque son attention fut perturbée par la question de son père. Quelques rayons du soleil traversaient tant bien que mal l’objet des perturbations. Un fier sanglier gisait au sol, au beau milieu de l’étroit chantier. Contourner l’animal était impossible, les reliefs étaient trop importants. Il hésita quelques instants à enjamber négligemment la charogne mais ne put en convenir. Il descendit de sa monture et s’accroupit devant l’animal inerte. Alors qu’il s’attendait à débarrasser un cadavre, il découvrit une bête suffocante, aux frontières de la mort. Aucune griffure n’était à déplorer, mais en retournant difficilement le sanglier, dont le cœur émettait des battements irréguliers, qui ne cessaient de perdre en intensité, il découvrit une flèche meurtrière, plantée profondément dans le cou de l’animal. Ses mains étaient déjà rouges, une mare de sang entourait la créature. Sans davantage de cérémonie, il se munit de sa dague et l’enfonça d’un coup sec dans le cœur du sanglier. Il posa son autre main sur la tête de la bête qu’il venait de terminer, attendit de sentir les derniers souffles de vie s’envoler. « Tuttle, viens m’aider. »  Sa voix avait été sèche, mais l’ordre fut inutile. Déjà l’homme se tenait à ses côtés, prêt à lui porter main forte pour déplacer l’animal et le jeter de l’autre côté du relief. L’entreprise fut difficile, mais ils y parvinrent en peu de temps, ce qui prévint Grégor et Malcolm de devoir intervenir. Déjà sentait-il le besoin de s’expliquer. « La bête devait être là depuis un bon bout de temps, si j’en crois mes observations. Elle devait être en train de crever depuis plusieurs heures, si ce n’est depuis hier. Vous seriez étonné pendant combien de temps ces bêtes-là peuvent s’éteindre. » Son commentaire prenait la doucereuse forme d’un reproche. Il se tourna vers Tuttle. « C’est toi qui est venu chasser par ici, hier soir, sauf erreur. Tu ne t’inquiètes pas des animaux que tu touches ? » Si son ton désapprobateur était tant bien que mal dissimulé jusqu’alors, sa nouvelle remarque fut piquante. Il se permettait maintenant de réprimander la pupile de son père. La colère qui l’assaillait était telle qu’il ne se soucia pas une seconde de la réaction de Grégor. « Je répète pourtant les mêmes foutues ordres avant chaque chasse. On ne laisse pas une bête s’enfuir quand on la touche. C’est cruel. » Le respect des animaux était son combat le plus virulent. Il y tenait particulièrement et ne supportait guère de voir ce dernier être entravé. Les deux hommes étaient toujours à terre, l’un faisant face à l’autre. Tuttle était interdit, tentait difficilement de balbutier une réponse, mais Rodrik ne lui en laissa pas l’opportunité. « C’est pas mon rôle de terminer ton travail mal fait. Et ça me dégoûte de tuer une bête sans pouvoir la manger. C’est du gâchis, la nature n’est pas là pour que tu la gâches. » Il savait le jeune homme perturbé, étonné du comportement du jeune Forestier. Il ne s’était jamais énervé contre lui, n’avait jamais levé la voix comme il le faisait maintenant. Il était d’un naturel amical, ne s’emportait presque jamais. La pupile venait cependant de cracher sur un de ses principes fondamental, il n’aurait pu se taire. Grégor le connaissait, le savait attaché au respect des animaux. Mais soudain, Rodrik perdit son regard désapprobateur et porta son attention vers son père, dont il commença maintenant de craindre la réaction. Il venait de réprimander un de ses hommes, devant lui, sans s’en soucier davantage. Il n’ouvrit cependant pas la bouche pour se justifier, ni pour s’adresser à lui. Le Tuttle avait abandonné sa réponse, demeurait silencieux. Pendant quelques instants, un silence devint maître. Le cœur de Rodrik, encore vif de son emportement, accélérait davantage dans l’attente de la réaction de Grégor. Il n’avait aucune idée de ce qu’elle pouvait être.

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MessageSujet: Re: Les Paroles de la Nature ~ Grégor & Rodrik Forestier   Lun 2 Oct - 17:39



Ironrath → Winterfell ♣️ An 299 - Lune 1 - Semaine 1 ♣️ ft. Rodrik Forestier
Les Paroles de la Nature



La matinée semblait vraiment bonne pour voyager, et Grégor espérait qu’ils auraient autant de chance par la suite. Il aimait le climat de sa région ; il aimait son paysage, et aussi sa flore. Le froid ne le dérangeait pas outre mesure, car que ce soit à l’intérieur ou hors d’Ironrath, il fallait s’en accommoder de toute manière. Mais il avait toujours trouvé que cela aiguisait les sens, et que la piqure accablante que celui-ci prodiguait au niveau du crâne était plus saine et utile que la moiteur suffocante que la chaleur vous donnait. Il avait été dans le Sud suffisamment pour connaitre les deux ; et pour vivre, il préférait le froid. De toute manière, il avait appris à exister de cette manière depuis tout petit, et il se souvenait que son père – à moins que cela soit sa mère ? lui racontait souvent qu’un vrai Forestier devait s’habituer à ce climat, et s’il le pouvait, l’aimer. Leur devise était basée sur cela. Les racontars et légendes sur les origines des blasons, des noms, des devises étaient courants dans les familles nobles de Westeros, chacun voulant glorifier son aïeul et mystifier ses origines. Pourtant, certaines étaient claires, précises et véritables. L’histoire des Forestier ne se donne pas de grands airs, sans batailles épiques pour un domaine ou une femme. Juste du passé, des origines et des liens soudés. A moins qu’être constructeurs et savoir modeler du bois fassent de nous des descendants d’un dieu ? L’actuel lord d’Ironrath était attaché à son ascendance, comme tout bon nordien, mais l’idéal qu’il en avait, il essayait de le transposer dans sa maisonnée, et de le transmettre par la même occasion. Et ce n’était pas une tâche aisée dans la vie de tous les jours. Oh, pour un fermier ou un chevalier fieffé, il n’était pas à plaindre : une famille nombreuse, un fief fier, de l’argent pour entretenir tout ça et des gens sous sa juridiction. Bien sûr, bien sûr. Mais la plupart des gens sous estiment, oublient le rôle d’un chef de famille, d’un seigneur et d’un père. C’était à lui d’assurer la survie de sa famille, de sa dynastie. Peut-être les gentils hommes du sud n’avaient pas à s’inquiéter de cela, mais les lords du Nord faisaient face au froid ; pas dans la mesure où ils pouvaient mourir de ce froid, non. Le froid pouvait meurtrir un homme seul, pas une communauté ; sauf s’il s’attaquait aux cultures, aux bêtes, et parfois aux bâtiments. Sans les richesses de la terre, et les richesses foncières, les gens d’un domaine et leur souverain étaient vulnérables aux famines, aux disettes.
Mais il n’affrontait pas que ce danger-là, car quand on s’y attend le moins frappent les pillards et les bandes de brigands. Ce fléau-là n’est guère nouveau et encore moins particulier au Nord, mais la position du fief de lord Grégor font de ses terres alentoures une proie ciblée de ces gens-là. Qu’ils soient renégats ou sauvageons, presque jamais ne se passe une année sans au moins un seul incident. Il n’en n’avait pas peur, non ; mais pour ses gens, oui. C’était son rôle de les en protéger, de les rassurer. C’était le principe du serment qu’il avait fait en assumant le rôle de seigneur d’Ironrath et Protecteur du Bosquet des Bois-de-Fer : les gens de son domaine lui devaient fidélité et lui procurait ce qui lui était dû car il possédait les terres ; et lui devait toujours penser à leurs intérêts, et à leur survie. Ce principe devait aussi fonctionner avec la gouvernance d’une région, et même d’un Royaume. C’est pour cela qu’Aerys II était surnommé le Fol, et qu’il fut tué : qu’elles qu’étaient les vraies raisons, il ne pensait plus au peuple des Sept Couronnes à la fin de sa vie.

Encore, Grégor devait aussi assurer un équilibre dans la vie de sa famille, et parfois, il pensait que cela était le plus difficile. Certain étaient plutôt libres dans ce fait là : jeunes gens, malchanceux dans leur fertilité, il se pouvait qu’un seigneur, qu’une dame n’ait de famille et ainsi, cet aspect échappait à leur perspective. Pour Grégor, la famille qu’il avait construit avec Elissa était la chose la plus précieuse qu’il avait, et la plus importante. Mais le rôle de dirigeant, d’autorité supérieure et de modèle était plus dur à assumer qu’il n’y paraissait. Ce n’était pas un poids trop lourd, ou une tâche qu’il faisait par devoir ; mais plutôt des petites piqures d’amertume ou des pincements au cœur quand il comprenait qu’il avait mal fait, qu’il se trompait sur certaines choses ou alors que ses enfants se disputaient. Et surtout, il devait toujours être fort pour eux, être digne d’être leur parent. Malgré ses "craintes“, il essayait toujours de leurs inculquer la notion qui lui paraissait la plus importante : la famille, et pour lui, cela allait de paire avec l’amour. Parfois, et lui-même avait connu ce sentiment par le passé, l’on a juste envie de partir loin, d’être seul, de ne plus sentir les regards posés sur soi, même de ceux à qui l’on doit tout. Mais, en cas de désespoir total, en cas de fin du monde, ceux de notre sang sont toujours là pour nous, sans distinction ni jugement. C’est un fait que Grégor a constaté durant sa vie, et il sait que lorsqu’ils seront assez grands, ses plus jeunes enfants comprendront. Et c’est pour ces valeurs même qu’il regretterait toujours le chemin que son second né avait prit.
Et ainsi, chaque jour, il espère ne pas les décevoir, car c’est la seule chose qu’il ne pouvait réellement maitriser. Si un problème survient dans ses terres, Grégor savait comment régler une multitude de situations. Si un conflit éclate dans le Nord, diplomatique ou politique, il aurait un avis défini. Mais quand cela touchait sa famille, il avait toujours une pointe d’hésitation, et un avis subjectif, car l’amour le lui dictait. Et pourtant, il savait rester ferme. D’aucun dirait que de toute manière, cette faiblesse pour quelques personnes n’est pas digne d’un vrai nordien ; auquel il répondrait qu’être un nordien se définit aussi dans les sentiments d’attachement, à sa patrie, à sa terre, à sa famille, à ses amis, et à la Nature. Et dans ce mélange d’attentes et de grandeur, il restait Grégor, et il essayait de faire au mieux, mais il savait que certains, au fond, riait de lui pour ce qu’il montrait. Jongler avec toutes les balles à la fois demandait de l’exercice, mais une fois maitrisé, il appréciait cela.
Mais être à la tête n’était peut-être pas le plus difficile, et parfois il repensait à autrefois ; quand il était juste derrière, quand il était l’héritier. Une position appréhendée différemment par chacun, et avec de nombreux avantages. Mais il lui avait semblé traverser une période en eaux troubles, comme glissant sur des vagues incertaines. Quelques oasis dispersées sur sa route, mais des montagnes entre chaque. Peut-être était-ce parce qu’il n’excellait pas dans ce qu’il faisait, ou encore car il n’était pas sûr de ce qu’il voulait faire, mais il savait que le mot d’ordre qui s’empare de presque tous ces jeunes gens était le doute. N’être sûr de rien mais en même temps de la chose la plus essentielle, leur position et ce que cela signifie. Inconfortable moment, et pourtant l’on jouit de tout le confort possible, parfois même des bonnes grâce des gens autour de nous. Période l’où on ne semble rien construire, et pourtant c’est notre avenir que l’on met en place. Ainsi, Grégor savait que cette place était bancale, tangible, et c’est pour cela qu’il avait tenu à s’occuper du plus possible de son héritier. Et, en ce jour, quand il regardait Rodrik, il était fier. Car malgré tout, il restait constant, et il n’avait guère fait les erreurs que certains attendaient qu’il fasse. Grégor avait toujours essayé de lui inculquer des valeurs et des vertus, et il avait participé à son éducation le plus possible, et il avait essayé de le soutenir quand il avait pris de l’âge. Mais c’était maintenant un homme, et parfois, le temps semblait tordu à Grégor, qui voyait en lui encore un adolescent. Mais cela disparaissait bien vite quand il entendait son fils, qui avait développé un esprit aiguisé, et un sens de pensée que Grégor appréciait ; un style bien à lui. C’était aussi l’une des raisons pourquoi il avait souhaité qu’il l’accompagne à ce banquet ; en autre que la bien séance le voulait aussi.

Lorsque Grégor l’avait questionné, Rodrik prit quelques instants pour répondre, puis il se retourna rapidement vers lui, annonçant une réponse blagueuse. Mais le lord d’Ironrath nota l’information : il pensait rester quelques temps au dehors de la maison. A cette annonce, lord Forestier leva un sourcil, un poil étonné. Il ne lui en avait pas parlé avant, et donc Grégor ne savait pas ce que son fils préparait. Peut-être voulait-il juste passer un plus de temps à Winterfell, à moins qu’il souhaite rester plus longtemps dans les alentours. A cette pensée, un moment de lucidité lui vint ; peut-être souhaitait-il visiter quelconque amante, ou autre jeune fille. Il ne pouvait savoir, alors Grégor lui rendit son sourire, hochant rapidement la tête, signifiant qu’il n’y opposait pas, mais alors qu’il allait le questionner habilement pour ne pas le mettre dans l’embarras, il entendit les chevaux hennir et il vit devant eux un obstacle. Rodrik étant devant, il avait du mal à voir le problème ; juste une masse sombre sur le sol, prenant toute la place. Rodrik essaya de faire quelques pas sur les côtés pour essayer de voir si le contournement était possible, mais l’étroitesse du sentier coupait cette option.  Alors, le jeune Forestier décida de démonter pour s’occuper de ce problème. Grégor put enfin voir la chose, qui n’était autre qu’un sanglier de bonne taille, écroulé dans une mare de sang presque sèche. Rodrik retourna immédiatement la bête, non sans mal, et le lord d’Ironrath put voir comme le reste du groupe qu’une flèche était plantée dans son cou. Le sang coulait toujours, très faiblement. Rodrik regarda ça quelques secondes, puis il se saisit de son couteau. Grégor Forestier comprit alors que la bête était encore en vie ; du moins s’y accrochait-elle. D’où il était, il n’avait pas remarqué ce détail. Il entendit Gared démonter lui aussi, et déjà la voix de Rodrik lui demandait de venir l’aider, car il venait de finir l'animal. Ils s’accroupirent tous les deux, et Grégor hésitait à lui aussi descendre de cheval. A sa gauche, il vit Malcolm s’approcher, au pas, un air réprobateur sur le visage. Il se pencha légèrement vers Grégor, et marmonna :



« Qu’est-ce que ça fout là ? On perd du temps pour rien. »



Grégor le toisa, et lui intima d’attendre d’un geste de la main. Les deux jeunes hommes étaient en train de déplacer le pauvre animal, et quelques minutes suffirent aux efforts conjoints pour dégager la voie. Encore accroupis près du cadavre, du sang sur les mains et sur les bottes, Rodrik prit la parole et sembla s’expliquer. Il finit sa première annonce par le fait que les bêtes sauvages pouvaient agoniser pendant longtemps, et lord Forestier était d’accord. Il se souvenait d’une chasse à l’ours longue et éreintante, avec un animal puisant dans toutes ses forces pour survivre, et qui même à terre, ne semblait ne jamais vouloir succomber. Il vit ensuite son fils se tourner vivement vers Gared, et le questionna de façon abrupte, et réprobatrice. Mais par cette parole, Grégor eut aussi la confirmation à son interrogation de ce matin ; les deux jeunes hommes étaient bien sortis cette nuit, et pour chasser, apparemment.  L’air fatigué qu’ils avaient arboré était donc justifié. Cela le mécontenta car ce n’était pas très malin de se fatiguer avant un voyage de plusieurs jours. L’attention était primordiale en cheval, car pour tromper l’ennui ou la fatigue, l’envie de dormir se fait souvent appeler. Mais il mettait cette excursion sur le fait qu’ils n’auraient plus tellement le temps de faire une grande chasse pendant les deux prochaines semaines. La voix de Rodrik le fit se reconcentrer sur ce qu’il disait. Il lança reproches sur reproches à Gared, qui, impressionné par le ton dur et piquant de Rodrik ; mais aussi par la teneur de ces propos, ne sortit aucune défense pour contrer ce que Rod disait. D’où il était, à quelques mètres, lord Grégor le voyait hésiter, la confusion dans son regard, et essayer de dire quelques choses, mais seulement quelques lettres coupées par les paroles de l’héritier d’Ironrath sortaient de sa bouche. Rodrik finit son exclamation en précisant la perte qu’était ce sanglier, pour eux comme pour la Nature. Grégor fronça les sourcils, et il sentit la pression du silence peser. Il n’avait pas interrompu son fils, car d’une part il ne pensait pas au départ que la mort de cette bête était inculpée à un membre de ce petit groupe, et d’autre part car il voulait entendre ce qu’il avait à dire. Mais rapidement, Rodrik cessa de regarder de manière inquisiteur sa jeune pupille et il se retourna vers lui, les yeux plus ouverts, sans cet air fâché qu’il venait d’aborder. Grégor vit Gared se retourner lui aussi vers lui, piteux, et il baissa le regard quand lord Forestier le croisa. Il savait pourquoi les deux jeunes le regardait, alors, sans laisser retomber ses sourcils et l’air désapprobateur qu’il abordait, il démonta sans un mot. Par respect, il vit son beau-frère faire de même juste après lui. Le silence continuait, semblant se fondre dans la vie forestière. Aucun des deux jeunes hommes ne prit la parole, pour s’expliquer ou s’excuser. Alors, il marcha doucement jusqu’à devant eux. Il remit ensuite ses gants bien en place sur ses mains, comme il aimait le faire. Puis, chacun leur tour, il les regarda, croisa leur regard. Grégor savait qu’ils attendaient une réaction de sa part, mais lui savait qu’ils n’avaient pas commis de crime ou autre (quoique l’action du jeune Tuttle, si véridique, pourrait s’apparenter à un crime moral). Juste, ils remettaient ce « conflit » à son jugement, et ils n’avaient pas été trop loin. Rodrik & Gared s’entendaient très bien à l’accoutumée, mais ainsi est faite la vie, les pics de colère ou les reproches font partis d’une relation. Le seigneur d’Ironrath commença par questionner Gared :


« Gared, est-ce toi qui a tiré ce sanglier ? »


Il prit son ton autoritaire, de manière à signifier qu’il ne valait mieux pas mentir maintenant. Le garçon releva la tête, et d’un air désolé, acquiesça. Il commença une phrase que Grégor arrêta d’un geste de la main. Il ne voulait pas entendre d’explication ou d’excuse ; certainement il faisait noir, il n’avait pas bien vu, il avait préféré rentrer. Grégor connaissait tout ça. Le fait était qu’il avait blessé mortellement une proie sans la finir, et c'était mal. Perdre une belle bête comme cela et par la même occasion la faire souffrir, ça ne se faisait pas ; et encore moins sur ses terres, où il se battait contre le braconnage. Mais sa pupille était jeune, et apparemment manquant encore d’expérience dans certains domaines. Malgré tout, il le savait futé et conscient de son environnement. Gared n’avait pas mauvais fond, il était même d’une nature généreuse. La tirade de Rod lui enlevait ce trait de caractère, ce qui n’était pas vrai. Il regarda donc son fils, et se gratta la barbe rapidement. Il s’approcha encore d’un pas avant de dire :


« Rodrik. Ton rôle n’est pas de réprimander ma pupille. Je pense pouvoir le faire moi-même. »


Grégor soutint fermement son regard durant une dizaine de secondes, puis il laissa son visage se détendre, et changea d’air.



« Mais tu as raison. Il ne faut pas laisser une proie s’enfuir quand on l’a touché. A la chasse, on finit ce qu’on a commencé ; c’est une règle fondamentale. De plus, inutile de faire souffrir sans raisons. La Nature nous donne généreusement de quoi subvenir à nos besoins, alors notre devoir est de la respecter. »



Il avait regardé le Tuttle à la fin de sa phrase pour lui faire comprendre que cela lui était destiné, et à la suite de ses mots, il hocha la tête en direction de son fils. Il le savait attaché, même très attaché au respect de la Nature. Il pensait même être dans le vrai en disant que Rodrik en faisait un de ses principes de vie. Lord Forestier le respectait pour cela, car bien trop de nordiens oubliaient leur environnement et en profitait, même l’exploitait. C’était par exemple le cas des Blanche-Colline ; il savait de source sûre que la famille rivale des Forestier avait trop utilisé leur petite portion de bois ferrugier et que celui-ci avait du mal à se reconstituer. A cause de ça, certains de ses conseillers lui assurait que lord Ludd convoitait maintenant sa partie du bosquet. Et rien que dans l’idée de voir cette précieuse ressource disparaitre, Grégor ne pouvait lui concéder la moindre once de terrain. Quant à Rodrik, il comprenait très bien le reproche fait à sa pupille. Voir une belle bête comme celle qui gisait à leur pied, morte inutilement sans pouvoir en tirer quoique ce soit provoquait naturellement un sentiment de frustration. Mais la jeunesse est faite pour apprendre, Grégor espérait que Gared retiendrait cette leçon. A vrai dire, le seigneur voyait le haussement de ton de Rodrik bienvenu : il servirait à marquer cette journée pour Gared, qui aura un souvenir de ce moment et il espérait qu’il le garderait pour ne pas commettre la même erreur plus tard. Ensuite, il avait vu son fils élever la voix pour défendre une cause qui lui était chère. C’était une bonne chose, que de se battre pour quelque chose qui nous tient à cœur, et l’idéal de l’héritier Forestier était noble, du moins pour Grégor. Il ressentait aussi ce sentiment de devoir qui empreignait son cœur quant à la Nature, qui était liée aux nordiens. Mais plus encore dans son propre domaine, plus encore dans ces forêts qui abritaient les ferrugiers. Sans nature, sans biodiversité, ses chers arbres n’auraient pas l’éclat qu’ils présentent aujourd’hui. Sa façon de voir cette nature était différente de celle de son fils, mais tout aussi respectueuse. Enfin, il avait remarqué la colère dans la voix de son ainé ; ce n’était pas quelque chose qu’il appréciait réellement, car il pensait que la colère obscurcissait le jugement. Mais du moins, le ton qu’avait pris son fils ressemblait au ton autoritaire du seigneur réprimandant un sujet ; et il avait d’abord parlé, puis ensuite demandé jugement à l’autorité parentale. Cela fit encore prendre conscience à Grégor que Rod s’affirmait de plus en plus ; peut-être même trouvait il sa place réelle petit à petit. Il reporta son attention sur Rodrik Forestier, avec une voix un peu plus adoucie, mais restant sur le même mot d’ordre que sa dernière parole :


« Ne soit pas trop dur avec lui, Rodrik. Je suis sûr que Gared ne pensais pas à mal, et j’espère qu’il a compris sa faute. Il se tourna vers le Tuttle, de manière à pouvoir regarder les deux. La prochaine fois, écoute les conseils de Rodrik. Il est ton ainé et c’est un chasseur expérimenté. Ne refais pas cette erreur, ou je devrais t’interdire la chasse pour un temps. Maintenant, relevez-vous, et essuyez ce sang pour que nous puissions repartir. »


Grégor ensuite se pencha, et sourit à Rodrik. Il lui tendit la main pour l’aider à se relever. Ceci une fois fait, il intima à Malcolm d’aller aider Gared, et celui accepta avec un roulement d’yeux. Lord Forestier fit quelques pas à côté de son fils, et quand il vit que les deux autres étaient occupés, il dit calmement et d’un ton bas :


« Tu as bien fait de reprendre le jeune Tuttle, car tu savais que c’était lui qui avait blessé ce sanglier. Mais fais attention quand tu blâmes quelqu’un, peut-être qu’il n’aura plus envie de venir chasser avec toi, maintenant. »


Il lui sourit ensuite pour lui faire comprendre qu’il ne lui en voulait pas d’avoir réprimandé Gared à sa place, et surtout d’avoir élevé le ton devant lui comme il l’avait fait. Grégor lui serra l’épaule affectueusement et commença à revenir vers sa monture.



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MessageSujet: Re: Les Paroles de la Nature ~ Grégor & Rodrik Forestier   

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