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 TREASURE ☽ ft. Gysella Bonfrère (fb).

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Valar Dohaeris

MessageSujet: TREASURE ☽ ft. Gysella Bonfrère (fb).   Dim 23 Juil - 3:07

Treasure
Gysella & Gormond
When that old river runs past your eyes ; to wash off the dirt on the riverside. Go to the water so every near, the river will be your eyes and ears.

« Terre en vue ! ». Après deux jours de navigation, la Méduse du fils Bonfrère arrive à bon port. Un sourire énigmatique éclaire les traits du capitaine, posté près du gouvernail à l’arrière du bateau. Un zéphyr espiègle vient accueillir les membres d’équipage, gonflant un peu plus les voiles dressées. À son passage le vent taquine la nuque découverte de Gormond, qui tressaille imperceptiblement. Il trépigne d’excitation et ses yeux vagabondent, ivres de l’image offerte par Vieux Wyk ; les falaises abruptes, si sombres et cruelles… ou encore les vallons harassés par des aquilons furieux, qui se devinent au loin. Son second, Urron, le tire de sa contemplation en lui assenant une claque sonore entre les omoplates. Le Bonfrère incline alors lentement la tête vers le côté pour fusiller du regard son détestable compagnon. Il arque un sourcil outré, en guise de question silencieuse : « Es-tu sérieux, là ? Tu veux mourir ? ». Le brave Urron ne se déleste pas de son air facétieux et amusé. Il connaît son supérieur depuis maintes années et il sait jouer à merveille de ses humeurs… et surtout de ses aversions. Comme le simple fait d’être touché. S’il ne s’inquiète pas d’être l’objet d’une paire d’yeux noirs, c’est qu’il voit au travers de la colère… une émotion d’apparat, à cet instant. Factice. Non pas que Gormond soit incapable d’éprouver du courroux. Par le Dieu Noyé, Urron est bien le témoin privilégié du courroux redoutable et redouté du capitaine : un déferlement de fureur à l’issue funeste. Dans les conflits armés, le Bonfrère cesse d’être un homme ; il se transforme en tueur insatiable, noyé dans une part de bestialité somme toute terrifiante. Son visage baigne alors du sang de ses victimes, hommes et femmes tombés dans le sillage destructeur… qu’il offre en offrande à la seule véritable Déité. En temps normal, le plus marginal des Bonfrère fait preuve d’un tempérament modéré, peu enclin à des excès de rage ; sa nature colérique est estompée par son attitude indifférence et nonchalante, complémentée d'observations sarcastiques. Exceptées les marques d’irrespect à son égard, rien ou presque rien ne l’atteint. Il ignore les remarques acerbes de son père, les remontrances de Greymond ou les propos conciliants de Gran ; il suit le fil décousu et imprévisible de ses désirs. Sa désinvolture et son détachement au monde expliquent en partie pourquoi il s’est retrouvé à fendre les eaux, cap tourné vers l’est. Quarante-huit heures plus tôt, l’envie le saisit de rendre visite à sa sœur Gysella, perdue de vue depuis quelques années déjà. Il ne sait encore pour quelle raison ses pensées se sont tournées vers elle ; vers un souvenir trouble et vague, presque effacé de sa mémoire. S’il force et qu’il plonge dans les méandres traîtres de sa mémoire, il entrevoit l’éclat de ses cheveux, choyés par un soleil timide. Mais la fillette de six ans se dérobe… n’est plus qu’une ombre enjolivée. Au petit matin, il était allé trouver ses matelots et ses guerriers ; les réveillant d’un féroce « DEBOUT ! C’est l’heure, nous partons ». Il avait contemplé le spectacle désolant formé par les membres d’équipage, alanguis et esseulés aux quatre coins d’une taverne. Il avait pris plaisir à voir leurs mines contrites et effarées ; leurs yeux plissés, face à la lumière aveuglante du jour, révélant avec clarté la déchéance de leurs méfaits nocturnes. Les toisant, un sourire moqueur aux lèvres : « Par tous les Dieux, vous puez. Vous auriez mieux fait de garder votre pécule pour acheter un brin de dignité, remarquable chez vous par son absence. ALLEZ, on se bouge ! Le dernier arrivé à la Méduse sera de corvée ». Il avait franchi le seuil de la bâtisse les yeux rieurs où perlait une lueur d’exaspération, alors que les chaises crissaient sur le parquet dégarni et que des jurons de toute sorte (et certains appréciables pour leur originalité salace) s’élevaient. Ses hommes sont habitués depuis longtemps à accepter ses lubies fantasques, sans les questionner (sinon, à leurs risques et périls). Gormond est certes un capitaine atypique et hors norme, mais il les traite convenablement. Soit, sans trop de violence ou de cruauté ; il se montre autoritaire, sans sombrer dans une tyrannie noire. Surtout, il se mêle à eux, partageant le goût des plaisanteries caustiques et grivoises, toujours prêt à parier sur tout et son contraire. Il maintient néanmoins une certaine distance, pour leur rappeler qu’il est « leur putain de chef bon sang entendez-le, sombres pécores ! ». Il leur offre l’espoir d’errances en mer et grâce à son bagout naturel, les rallie aisément à sa cause ; et donc, bon gré mal gré, ils s’étaient levés et préparés ce matin-là.

Shatterstone en vue. Le maître de la Méduse a parcouru bien des îles et longé bien des rivages composant la baie du Fer-Né, mais il ne s’est jamais vraiment attardé dans ce recoin de Vieux Wyk. C’est pourquoi un frisson d’excitation parcourt l’échine du Bonfrère. Il aime à découvrir des lieux encore inexplorés, intouchés par son regard d’azur. Il reste inerte de longues minutes, à admirer les pointes acérées et charbonneuses. Autour de lui, ses compagnons s’affairent ; à tirer les cordages des voiles, entrelacs complexe et ardu. Gormond se contente d’aboyer quelques directives, abusant de son privilège de capitaine pour ne rien faire. Ce n’est pas sa coutume : d’ordinaire plus affable et proactif, il n’hésite pas à prêter main forte aux marins. Lui-même est avant tout un homme de la mer, entiché à son bateau. Il aime à manipuler la Méduse, sa belle chevelure massive et disparate qui se disperse en mille fils ; son ventre de bois, arrondi, sur lesquels ils reposent tous. Enfin, enfin, ils accostent. À la sueur des bras, à la force des hommes et du vent, ils peuvent poser pied à terre. Certains hommes sont assignés à la garde du vaisseau ; après une ronde, ils seront remplacés par d’autres, ventre dompté, gorge humide. Le Bonfrère pose un œil scrutateur sur les compagnons restants et d’une voix impérieuse, sans appel : « Foutez-pas le feu à la Méduse, je sais que vous en êtes capable. Je veux la voir intacte à mon retour sinon je vous lacère. Ok ? Non, répondez-pas. Je dois encore supporter les voix nasillardes de ceux-là », dit-il en désignant du pouce le reste de l’équipage. L’ombre d’un sourire taquin passe sur ses lèvres et il poursuit ses propos passif-agressif. « Encore un peu de patience et vous pourrez aussi vous enivrer jusqu’à vous réveiller dans une flasque de vomis. À plus tard ». Un hochement de tête, une lueur plus sérieuse dansant dans le noir de ses pupilles ; sans formulation nécessaire à haute voix, ils savent qu’un pacte de confiance les lie. L’instant d’une fin d’après-midi, Gormond laisse entre leurs mains loyales son bien le plus précieux. Sous le baratin d’apparence condescendant pour une oreille étrangère, le capitaine renouvelle leur foi en eux. « Ces sombres crétins », murmure-t-il d’une voix où pointe une once d’affection, alors qu’il se met en route pour le cœur urbain. Il traîne un peu la patte, suivant ses hommes à distance ; la mâchoire serrée, les poings enfouis dans les poches de son manteau, il avance d’un pas assuré et tranquille. Son cou découvert affronte les affres d’un vent rebelle. Le Fer-Né lève un peu la tête, tentant de capter un rayon ardent sur les plaines sillonnées de son visage. Insouciant, il semble alors goûter à cet instant au bonheur. Ou alors, à l’absence des pensées nocives et intempestives. En dépit de sa nature, il n’en est pas dénué. Le voyageur inlassable chérit ces minutes, toujours éphémères ; la gaieté se savoure à petites doses, souvent à l’improviste. C’est quand le moment est révolu qu’on s’aperçoit de sa valeur. Alors Gormond apprend à guetter ces précieuses minutes, sans pourtant les rechercher d’arrache-pied. L’on risque de s’y égarer… Et il ne désire pas presser la volonté du Dieu Noyé ; avec sa bénédiction sacrée, avec un peu de chance aussi… Sans être coupable de gourmandise ou de luxure. Pas trop.

Les marins parviennent aux abords d’une échoppe, située au coin d’une ruelle fréquentée et animée. Ils y prennent leurs quartiers d’hiver. Les langues se délient, les joues se chauffent d’un ton carmin ; rires gras, apostrophes senties… Une soirée mouvementée se dessine. Mais le Bonfrère leur doit bien ça. Et si c’est dans le vin et les femmes qu’ils trouvent leur plaisir, alors soit. Il veille quand même à ce que les fastes du plaisir ne les abrutissent pas (davantage) ; en vérité, ces hommes ne sont pas de mauvais bougres. Comme lui, un peu, ils aspirent à des choses simples en s’accordant avec l’Antique Voie. Et l’équipage ne sombre pas dans l’idiotie la plus profonde, malgré ce que le capitaine peut en dire en ruminant dans sa barbe. Tous sont des marins aguerris et de bons combattants. Ils savent survivre en des situations rudes et peuvent naviguer dans les eaux troubles et dangereuses. Alors peut-être qu’ils parlent un peu fort et qu’ils accompagnent leurs fins de phrase d’un rot retentissant, mais aux yeux du Bonfrère, ils sont exemplaires. Rustres, peut-être, mais profitant d’une vie qui ne les a pas épargnées. Les godets se remplissent, et du pan du mur où il est prostré, un air de consternation amusée plaqué sur ses traits, Gormond regarde tout ça. Lui-même goûte de temps à autre à un vin amer, davantage pour se rafraichir le gosier que pour s’oublier. Au bout d’une heure, alors que le soleil s’incline dans la voute, ce qui devait arriver arriva. Deux de ses hommes, enjaillés et enivrés jusqu’à la moelle, commencent à héler quelques femmes. La torpeur leur voile les yeux et ils ne peuvent constater du statut de ces dames ; et, contrairement à ce qu’ils profèrent d’une voix gaillarde, elles ne sont pas des « filles de joie ». Le capitaine grimace face à leur conduite et, ô comble, il sent les prémices d’une migraine s’étendre de ses tempes à son front plissé. Il s’avance vers Theon et Eulon, un regard d’avertissement posé sur eux. Mais les troublions bienheureux l’ignorent et préfèrent quereller avec l’un des hommes accompagnant les Fer-Nées. Bordel de merde. Puterie de puterie. Sans surprise, le premier coup est donné ; dans la cohorte des voix, dans le tumulte des corps qui gesticulent en tout sens, le Bonfrère se retrouve poussé vers l’une des femmes qu’il renverse brusquement. Un « humpfr » passe ses lèvres à l’impact, plus ou moins atténué par le corps qu’il écrase. Un avant-bras posé contre le sol et l’autre… Ah, l’autre. Sa main, dans la confusion et par inadvertance, se retrouve posée contre un mamelon bien ferme. Le regard choqué du Fer-Né glisse de ses doigts écartés et fermement plantés sur la poitrine vers le visage de la malheureuse. Un blanc. « Heu ». Le Bonfrère fronce les sourcils, dévisageant l’inconnue étalée sous lui. Il incline légèrement la tête sur le côté, pensif et troublé. « On s’connaît non ? Tu m’es familière ». Puis il se rappelle de l’emplacement exact où se trouve encore logée sa main droite. « Ah, et je vais… retirer… ça. Désolé. Tu ne me croirais pas, mais j'suis un fervent partisan du consentement. C’est moins… chaotique ». Il hausse des sourcils désabusés à sa propre réaction, surpris de son manque d’éloquence. En même temps, difficile de se tirer avec grâce d’une telle situation ; peut-être que les Ouestriens se montreraient capables de faire une courbette en déclamant quelques vers sur le rôle du Destin et autres conneries indigestes. Gormond bascule alors sur le côté, délivrant l’étrangère de son poids massif. L’azur de ses yeux répond au bleu crépusculaire du ciel. Se juchant sur ses coudes, le torse relevé, il observe les bagarreurs qui n’ont même pas remarqué leur dramatique chute. « Ces infâmes trous de cul… », grince-t-il entre ses dents. Au moins, l’escarmouche n’ira pas jusqu’au sang ; dans le pire des cas, jusqu’à la noyade. Mais bon, ça, le Bonfrère n’y croit pas. Il jette un regard de biais à sa compagne de malchance. « Non, vraiment, tu me dis quelque chose. C’est quoi ton nom ? », lui demande-t-il d’une voix rauque et curieuse.  
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Valar Dohaeris

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MessageSujet: Re: TREASURE ☽ ft. Gysella Bonfrère (fb).   Lun 24 Juil - 14:57

Treasure
Gormond & Gysella
When that old river runs past your eyes ; to wash off the dirt on the riverside. Go to the water so every near, the river will be your eyes and ears.

« L’on ne naît pas Fer-Né, on le devient. » Cette phrase hantait encore les aspirations les plus profondes de la jeune fille. Telle l’élève indisciplinée, son apprentissage se soldait inexorablement de coups de bâtons et autres maltraitances subis sous le joug d’un oncle impétueux. Les valeurs se devaient d’être intégrées, ou alors, de s’inscrire dans les instincts primitifs de chacun des insulaires. A même d’y associer des croyances mettant en évidence l’idée que le mérite n’en devenait que plus omniprésent à mesure des avancées. La peau se marquait de légères boursoufflures, qui, au fil des années laissaient place à des trainées blanchâtres, révélatrices d’une dextérité brutale. Le regard, lui, n’en devenait que plus féroce, prompt à dégager de cette ferveur qui glissait intimement dans chacune des parcelles de ce corps. Et le caractère se dessinait enfin. Fier, droit, impatient, à même de s’enquérir de ce qu’un peuple désirait prétendre devenir : indépendant. L’était-il réellement ? L’isolement du reste du continent, aussi bien géographique que géopolitique, n’avait fait qu’accentuer de plus belle cette détermination. La domination s’implantait là, dans chacun des cœurs des insulaires à mesure que le temps les séparait de cette rébellion qui en avait marqué beaucoup. La Bonfrère n’en était pas la dernière d’ailleurs, puisqu’elle avait du assister et survivre à la perte d’un ami cher. Ceci avait-il contribué à cette rancœur sous-jacente et lancinante de son âme ? Beaucoup répondraient à l’affirmative à ce sujet alors que d’autres plus téméraires veilleraient, eux, à songer que ce trait de caractère n’est qu’un constat de plus en raison de son appartenance à cette famille éponyme. Bonfrère. L’articulation de ce nom rapportait des élans de générosité contradictoires avec la nature même des protagonistes. Pareils à chacune des familles des îles, ceux là n’avaient pas dérogé à la règle visant à mettre en exergue des jalousies, des injustices, mais surtout de la rancœur entre eux. La génération passée n’avait été que la triste continuité de ce à quoi tous prétendaient. Un combat loyal pour un résultat injuste. La victoire contre la fille, plutôt que le garçon. Norne avait certainement ses raisons concernant l’étendue de sa vengeance sur Gysella. Mais est-ce que cela justifiait de tels agissements ? Avec les années, la guerrière en devenir avait pu acquérir de la signification exacte de ce que « passer outre » voulait dire. Sa force n’en devenait que plus aguerrie alors que son moral, lui, se renforçait de quelques parois supplémentaires. Ses inspirations quand à une liberté ne faisaient que se renforcer, lui dégageant ainsi la vue de tout ce que son ravisseur pouvait lui infliger. A chaque coup reçu, son cœur se gonflait de cet horizon imprenable, voire même inaccessible. Il se chargeait un peu plus de cette beauté que seul le Dieu Noyé était à même de lui offrir. Aussi, se persuada t-elle de se transformer en cette dernière. De revêtir de ce caractère inconstant, impatient, fort et insoupçonné. Les entraînements avaient eu raison de cette dextérité, révélateurs d’une hargne qui avait su augmenter étape après étape ou plutôt épreuve après épreuve. Ses poings tenaient de plus en plus la mesure des liens invisibles qui la maintenaient alors que ses cuisses se bombaient de plus en plus sous l’effet de ses travaux. Sa mâchoire changeait elle-aussi. Dégageant les traits de poupons graciles d’une enfant pour prendre des allures beaucoup plus carrées. Le fer-prix payait avec les années et avec lui, le Dieu Noyé assistait fatalement à l’élaboration de cette vergogne sans pareille. Les souvenirs savaient se mêler à ce tableau. Quelques fumées parfois imperceptibles d’autres fois plus détaillées. Chacune d’elles la ramenait toujours vers cette grande salle, cette pièce d’où le fer avait eu raison de son sort. Les cris de l’acier se répétaient inlassablement, suivant même les élans d’une symphonie inconnue. Les voix indistinctes s’élevaient, certaines pourfendaient l’air de la même manière que le tonnerre, alors que d’autres étaient pareilles à des chuchotis de remous qui s’écrasaient sur le sable glacé. Les mots n’exprimaient aucun sens, mais le froid lui en était chargé. Des regards se confrontaient, d’où le sel jaillissait pour certains alors que d’autres reflétaient de cette déception grandissante et puis le néant s’en suivait. Celui là même qui se répétait chaque nuit.

Des années s’étaient écoulées depuis, le temps avait eu raison de certains détails et en avait ravivé d’autres. Et pourtant, la Bonfrère n’oubliait pas. Comment aurait-elle pu alors que son existence dépendait d’une femme-sel ? Le Dieu Noyé se jouait d’elle dès que l’occasion s’y présentait. Trop désinvolte, trop impatiente, trop résignée à défendre envers et contre tous les fondements d’une religion que beaucoup jugeaient païenne. L’Antique Voie lui était devenue une véritable échappatoire, une croyance selon laquelle son dessein dépendait et la rapprochait davantage de ce à quoi elle aspirait. La Mer. Sa mère, leur mère. Le berceau de toute vie, qui prenait presqu’autant qu’elle donnait mais qui gardait intacte cette mesure de respect que tous lui accordait. Son caractère doux trouvait toujours une entente cordiale avec l’impétuosité de ses colères, lui conférant ainsi une séduction des plus exquises pour toute âme désireuse d’affranchir ses jougs. Gysella s’y adonnait corps et âme, plongeant volontiers son regard curieux pour quelques heures de plus. Son esprit s’envolait, ses sens lui donnaient même l’impression de s’éveiller pendant que ses pieds s’enfonçaient inlassablement dans le sable rugueux. L’incertitude grandissait en son sein alors que les voiles d’un navire donnaient lieu de se gonfler au plus loin. Les pavillons encore indistincts l’obligèrent à plisser un peu plus ce céruléen. Nul artifice ne s’en dégageait, nulle couleur, nulle broderie susceptible de lui apporter réponse à ses incertitudes présentes. Mercenaires. Songea t-elle dans le même temps que sa fougue se saisissait à nouveau de son corps et redressait son corps pour retourner auprès du château lugubre. Ses pas la ramenèrent bien vite au niveau de ce bureau empreint de cette main coriace et forte. Leurs voix se heurtèrent pour un moment de plus, les entrechocs des mots trouvèrent résonnance dans les caractères semblables des deux protagonistes. L’oncle se hâta de sortir de sa torpeur, bien décidé à trouver de quoi lancer un regard sur le navire en approche. De sa superbe, il prônait sur les hauteurs bien fixes sur ses deux jambes. Son pourpoint virevoltait sous l’influence des vents abyssaux, dégageant un peu plus de ce charisme connu du capitaine du Rascasse. L’admiration se lisait sur le regard de la jeune fille, celle visant à prouver à qui voulait bien la remarquer que son dessein s’accordait à ce désir de ressembler trait pour trait à un tel homme. Il dégageait de ce respect craint et tumultueux digne des plus grands hommes, mystérieux sans pour autant perdre le fil de ses idées, ambitieux probablement trop même, il n’en restait pas moins que Norne Bonfrère disposait de cette carrure que beaucoup enviaient. Un soupir échappa d’entre ses lèvres aussi fines que le promontoire de certaines îles, dangereuses, elles affichèrent une moue dans laquelle les questionnements ne tardèrent pas à fuser. Gysella comprit bien vite que ce pavillon n’était pas celui de mercenaires mais plutôt de fer-nés que l’homme ne s’attendait pas à rencontrer. La jeune fille eut beau mettre toutes les stratégies possibles et imaginables pour obtenir un nom, rien n’y faisait. L’homme restait tapi dans son silence et retourna s’enfermer dans cette salle aux allures morbides. Déterminée à obtenir réponses à ses tourments, la Bonfrère retourna sur ses pas et s’enquérait d’émettre des suppositions. Harloi ? Timbal ? L’idée même que ces couleurs pouvaient s’apparenter à celle de Noirmarées lui effleura l’esprit pendant quelques minutes. Néanmoins sa curiosité ne trouva nulle autre réponse que celle de l’incertitude. L’inconnu l’appelait à  sa découverte, lui soufflait quelques vestiges d’une audace qu’elle préservait, d’ordinaire, en son sein. Voilà pourquoi, il ne lui fut pas difficile de déambuler dans les divers recoins du domaine. Cherchant des réponses à ses questionnements par l’espionnage. La jeune fille fut en proie à un malaise au moment où quelques bribes de son passé s’imposèrent à elle. Des cheveux aussi blonds que les siens, des yeux aussi furibonds que ceux auxquels elle se confrontait quotidiennement. Se pourrait-il ? D’un revers de main ses pensées se chassèrent, comme l’on effaçait un reflet sur l’eau. Ne leur laissait que des tumultes, des allures rythmées selon les pas des protagonistes. La taverne devenait un berceau notoire pour les étrangers. Invités de passage, qui jaugèrent les lieux adéquats pour sustenter leur désir.

Les effluves d’alcool mirent à mal les nez les plus faibles, chatouillant par leurs chaleurs les narines les plus fines. Les langues se déliaient à mesure que les joues s’empourpraient et puis le moment de flottement arriva enfin. Incontrôlables, les marins commencèrent à s’agiter sous la tempête interrompue des degrés du breuvage. Révélateurs de ce caractère bien reconnaissable d’entre tous pour appartenir à celui de fer-nés aguerris, voilà qui n’était pas sans déplaire à la Bonfrère. Un rictus aux bords des lèvres, le regard en biais, la blonde étudiait toutes les manigances fortuites de ces hommes dans le désir de les comprendre au mieux. Les plaisirs primaires paraissaient les satisfaire et pourtant l’un d’entre eux restait furtif et silencieux. Solitaire, Gysella continuait de le fixer dans l’ombre, désireuse d’appréhender les allures de ce chef. Il n’était pas nécessaire d’être dans le métier pour le comprendre, puisque de ses yeux aussi clairs que les siens, le jeune homme faisait mine de surveiller. Elle accompagna chaque geste de ce dernier en les imitant. Buvant à faibles gorgées le contenu du godet qu’elle tenait entre ses doigts. Lentement, elle se mit à scruter son faciès aussi grave que celui de son oncle, ce dernier détenait encore les séductions d’une jeunesse vigoureuse. Songeait-il à la mer et aux prises à venir ? Avait-il effectuait une halte ici afin de satisfaire les satiétés de ses hommes ? Un capitaine se devait de toujours avoir une longueur d’avance sur les désirs de ses hommes, Norne lui avait inculqué cette idée afin d’éviter toute mutinerie. L’impatience s’éveillait peu à peu, favorisée par les élans d’alcool dans son sang, l’incitant à se redresser afin d’avoir le cœur net sur les intentions de cet homme. Peu importe s’il s’agissait d’un grand pontife, peu importe s’il n’était que de passage, Gysella se devait d’obtenir des réponses et au plus vite. Cependant, elle ne s’attendait pas à ce que son mouvement entraîne la luxure sur son passage. Son chemin parvint à se frayer sans encombre jusqu’au niveau de cette table, jusqu’à ce que finalement l’un des marins cherche à témoigner de sa dextre envers elle. La défensive fut de mise, prouvant au malheureux qu’il n’aurait certainement pas du lorgner sur elle de cette manière. Voilà qu’elle venait de le repousser grâce à sa force brute mais bientôt, elle se retrouva dans une posture visant à lui prouver que ses instincts n’étaient pas encore bien acquis. Un hoquet de surprise précéda la chute, suivit rapidement d’un souffle prévalant du poids qu’elle était en train d’amortir. Une de ses mains se retrouva sur l’épaule de l’homme alors que l’autre essayait de maintenir de la puissance pour redresser son buste en même temps que ses abdominaux se serraient. Pour l’heure, Gysella ne sentait aucune lourdeur au niveau de sa poitrine, il lui fallut le temps d’examiner la situation mais surtout que l’exclamation du chef n’en vienne à affronter son regard qui s’assombrissait. Prête à lui flanquer une belle rouste, la blonde commençait déjà à remonter sa main jusqu’au moment où les aciers s’affrontèrent et se dévisagèrent en quête de souvenirs. La connaissait-il vraiment ? La Bonfrère arqua l’un de ses sourcils en guise d’exaspération devant les comportements on ne pouvait plus pathétiques des hommes dès lors qu’ils désiraient fourrés une fille. Sa main plongea à nouveau au niveau de l’épaule de l’inconnu afin de le repousser au plus vite. Une telle prise ne lui plaisait guère, surtout lorsqu’elle lui rappelait les élans animaux des hommes. Elle ne dérogeait pas à la règle des femmes victimes de viols. « Bah tiens, moins chaotique… Tsss comm’si j’allais t’croire. » souffla t-elle d’agacement avant de s’écarter du corps échaudé de l’homme. Instinctivement ses yeux suivirent la direction instiguée par le chef et se froncèrent au moment où elle comprit qu’il n’agirait pas pour les remettre à leur place. Les mots qui lui échappèrent lui permirent de réajuster sa vision pour ainsi croiser le profil émacié du jeune homme. Il dégageait un mystérieux profond, semblable à celui de son oncle. « T’vas les laisser foutre le souk sans rien dire ? » Sa voix était curieuse alors qu’elle omettait volontairement de répondre au commentaire concernant son identité. Comme si elle était aussi naïve que cela et qu’elle risquerait de se faire prendre par n’importe qui parce qu’elle était la nièce du seigneur de l’île. Non franchement, là, le chef la décevait légèrement. « Et toi t’es qui ? » lança t-elle sur un ton qui se voulait triomphant alors qu’un sourire satisfait s’étirait de part et d’autre de ses lèvres. « Non parc’qu’s’tu veux t’la jouer pour m’fourrer, bah just’ment fourre toi là dans l’œil. » Cette fois-ci, elle ne tarda pas à se redresser sur ses deux jambes et enjamba le corps du blond pour se diriger vers une table afin de se saisir d’un pichet en terre cuite. Si lui ne remettait pas les pendules à l’heure, elle allait s’en charger à sa manière. « Z’avez déjà vu l’fond d’un pichet ? » D’un geste vif elle brisa ce dernier sur le rebord de la table dans l’espoir d’attiser de l’intérêt avant de laisser son sourire narquois se dessiner sur ses lèvres. « Qu’la fête commence ! » Sa voix sifflait entre ses dents alors qu’elle savait à présent, que toute sa colère et son impatience allaient pouvoir se satisfaire dans les coups qu’elle allait donner contre ses assaillants.

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I was born to run, I was born for this. Whatever it takes 'cause I love the adrenaline in my veins I do whatever it takes 'cause I love how it feels when I break the chains— .
hurlent les cors noirs

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MessageSujet: Re: TREASURE ☽ ft. Gysella Bonfrère (fb).   Mer 26 Juil - 2:31

Treasure
Gysella & Gormond
When that old river runs past your eyes ; to wash off the dirt on the riverside. Go to the water so every near, the river will be your eyes and ears.

Le Bonfrère sent les bras tentaculaires et imaginaires d’une migraine ravager les plaines plissées de son front. Elles enserrent fermement ses deux tempes désormais, lourdes et dévastées par l’étau mental qui compresse et qui aliène. Le malheureux Fer-Né serre les dents, essayant d’ordonner ses pensées et ses émotions en dépit du joug exercé par le mal à l’avant de son crane. Ses yeux abscons et impénétrables errent à loisir sur la silhouette étendue. Et un sentiment étrange retourne son ventre ; une sorte de « déjà vu », incompréhensible… Il semble qu’un détail important lui échappe… se dérobe à sa contemplation. Entre les fracas de la tempête humaine où les vociférations idiotes s’accompagnent de brises avinées, et les échos tonitruants de son propre esprit, Gormond peine à entendre. Submergé par le vacarme, il se trouve incapable d’expliquer les raisons de sa confusion. Il lance un dernier regard pensif en direction de la jeune femme, avant de se redresser légèrement. Il écoute d’une oreille distraite ses réponses, bien peu satisfaisantes. Sa voix, presque un murmure orageux, s’élève : « Non, vraiment… Il est si difficile de tirer du plaisir, alors dans un corps hostile et rigide. La gloire, la seule… est de se jeter à corps perdu dans la mêlée, dans l’onde obscure où les peaux avides se frôlent, s’abreuvent d’elles-mêmes, jusqu’au remous extatique… Et les murmures ne font plus qu’un, unis et désunis, à bout de souffle car inondés d’une luxure limpide que procurent des baisers lascifs ». Le Bonfrère s’interrompt et se racle la gorge. « Enfin, c’est ce qu’ils chantent… La voix fausse, les gorges pleines d’un alcool gouleyant et pourpre. Je ne suis pas certain... qu’on sache vraiment… ». Emporter son ou sa partenaire vers les flots tumultueux et enivrants du plaisir. Peut-être qu’il s’adonne à quelques confessions à cause de son état, pris dans la torpeur d’une souffrance sourde et latente. Il est si rare que le voyageur se livre, d’autant plus sur des sujets aussi sensibles. Le viol est une pratique courante chez les siens… Pourtant, lui (et il soupçonne Greymond de partager ses vues) n’en est pas friand. La quête de jouissance en elle-même se révèle assez ardue… Mais depuis longtemps le Fer-Né s’est résigné à son sort ; il sait pertinemment que partager son intimité avec autrui s’apparente à une chimère, à un songe cruel qu’il tente de fuir. La solitude pour unique compagne… elle qui le côtoie sans faille, commode et amère. Sur le visage du Bonfrère transparaît un bref instant son trouble, avant que les traits se ferment, enlisés dans un masque morne et austère. D’un ton plus sûr, il ajoute : « Ah… que dis-je ? Je divague… L’alcool porte ses fruits ». Un sourire forcé crispe les muscles de sa mâchoire et à la question posée, il lève un bras impuissant vers le carnage : « Je n’ai pas envie de gosser… Vois, ils sont déjà oublieux d’eux-mêmes et de leurs propres noms. Pupilles dilatées, regards vagues… Creusés par le déluge d’une colère vide et éphémère. La tempête se lève pour aussitôt s’éteindre, dans un tout petit bruit de pet ».

Le jeune homme hausse les épaules, indifférent. Se détournant du spectacle, il observe du coin de l’œil l’inconnue. L’éclat de ses cheveux et la courbe pervenche de ses yeux l’obsèdent. Mais il ne peut être aussi fou… Se précipiter, sombrer dans de fausses conclusions… Ses désirs emportent sa raison ; le voilà prompt à déceler en chaque femme blonde rencontrée sur l'île les traces évanescentes de sa jeune sœur. Il en rirait presque, de son insanité. Le Dieu Noyé se montrerait-il ainsi clément que de lui faire croiser le chemin de Gysella ? Dans le tumulte, dans l’hérésie des sens ? Une théophanie resplendissante, cristallisée dans le frimas des rocs solitaires de cet îlot ? Non, non… « Reprends-toi, allons ». Gormond hausse un sourcil face à l’attitude gaillarde de l’insulaire. Il découvre le masque de fer qui orne ses traits ciselés, taillés par des années rudes. Il retient l’arrondi de ses muscles, dont il a pu sentir la fermeté. Et la lueur dansant dans le recoin sibyllin de ses yeux… Une flamme ardente et aiguisée, capable de dévorer l’âme d’un homme et de briser l’acier de son épée. Femme de fer… « Un simple voyageur… Un bon frère, si l’on veut, parmi tant d’autres. Relativement. Et je n’ai pas l’intention de « fourrer » qui que ce soit. Je ne viens pas en ces terres pour le plaisir de la chair… Une quête plus importante guide mon cœur », rétorque-t-il avec malice. Il se relève à son tour ; la pensée d’aider sa compagne de malchance à se redresser n’a même pas effleuré son esprit. Les manières et la politesse lui vont et lui viennent, selon la circonstance. En l’occurrence, l’impression d’être piétiné par les sabots d’intrépides chevaux diminue considérablement les chances qu’il soit bienséant. Il reste campé sur ses jambes, et observe d’un œil amusé (et quelque peu incrédule) la native de Vieux Wyk. « Impressionne-moi donc ! », s’écrie-t-il dans un rire bref. Derechef, les marques d’amusement s’effacent ; une grimace assombrit les traits du Bonfrère, qui lève une main contre sa tempe. Gormond vient prendre place sur un tabouret, situé non loin du comptoir derrière lequel se trouve le tavernier, un brin exaspéré. Joli euphémisme. Le navigateur le dévisage rapidement, notant les poings serrés qu’il presse contre ses deux hanches, et la mine livide. Frustrée, mais résignée quant à la pétaudière en laquelle s’est métamorphosé son établissement. En regardant d’un œil admiratif la Fer-Née hargneuse et virevoltante, le Bonfrère songe à nouveau à sa sœur. Il n’a jamais vraiment réfléchi au sort qui lui était réservé, ainsi arrachée de son foyer. Les hommes sont de drôles de bêtes, décidemment, à contempler le monde avec des œillères… avec leurs regards « d’homme ». Les insulaires de fer ne sont pas réputés pour l’effusion de leurs sentiments… Certains chérissent des mères, des sœurs, des épouses ; et pourtant, comment font-ils pour maltraiter d’autres femmes ? Qui sont elles aussi des mères, des sœurs, des épouses ? Gormond, lui, ne parvient pas à concilier ces paradoxes ; de toute manière, il apprécie peu les femmes ou les hommes, encore moins les enfants. Ils leur accordent le même traitement : un œil indifférent, un léger rictus. Si certains se prouvent obstinés, partageant les mêmes idéaux, alors le Bonfrère revient sur son jugement initial. Mais il demeure un grand blasé de l’humanité, qu’il considère sans espoir. Seul le Dieu Noyé mérite ses oraisons et ses pensées ; seule la mer reçoit son amour inconsidéré, car elle lui offre le néant et l’infini. Sans chimère, sans songe trompeur ou promesse déguisée ; fidèle à elle-même dans la mouvance et dans l’impétuosité de ses courants. Le constat se pose : la petite Bonfrère a souffert, c’est certain. Le mode de vie fer-né n’épargne personne, encore moins le sexe faible… Peut-être que de temps à autre, Gormond ressent une sorte de… peine, un élan de pitié pour elles… Mais l’émotion se dérobe aussi vite qu’elle est apparue, le capitaine revenant à sa nonchalance habituelle. Son égocentrisme marqué le protège, si l’on veut, des vicissitudes et de l’inanité du monde ; surtout, lâche, il n’a pas envie de s’inquiéter. Il est là pour lui-même… tâchant de se réaliser entre ces platiers grisonnants et désuets, parmi ces gens épris d’un idéal omineux mais nécessaire pour oublier les vestiges (les ruines…) d’un passé révolu.

Égaré dans ses pensées, le Bonfrère contemple d’un œil vague les tissus et les parures que damasquinent le fer. Certains buveurs tombent sur les bancs, à bout de souffle… D’autres esseulés conviennent de signer l’armistice, et les plus courageux célèbrent l’échauffement de leurs cœurs et de leurs âmes, embrasés par une colère liquide, en replongeant leurs lèvres dans le carmin du vin. Gormond se remet sur pieds, déambulant jusqu’à ses hommes étendus par terre. Un sourire hébété éclaire le visage de Lorren, dont la pommette éclatée laisse glisser quelques gouttes de sang. Le capitaine lève les yeux au ciel et leur accorde un regard dédaigneux (et teinté, tout de même, d’une once d’affection). « C’est bon, vous êtes content ? Vous avez fait mumuse ? Combien ça va me coûter en soins tout ça ? Hm ? Vous mériterez que je vous laisse dans votre misère ! Tous des porcs, à se goinfrer, à vouloir se déverser dans le corps des femmes… Tsk. Et qu’est-ce qu’on va faire avec ça », demande-t-il en se rapprochant de Vagmor, au ventre prépondérant. La pointe de son pied vient appuyer contre ledit ventre, et le matelot gémit. « Cap’tain… Ah, pitié, laisse-moi… juste… dormir. Aaaah, j’vais vomir ». Gormond retire promptement sa bottine et s’éloigne de l’ivrogne. « De fiers guerriers que vous faîtes tous… La fine fleur de la Flotte de Fer ! Aah, GLOIRE ! », vient-il crier dans l’oreille de Rod. Un grincement sardonique passe ses lèvres alors qu’il aperçoit la farouche Fer-Née. Il s’approche d’elle à présent, félin. « Ça va comme tu veux ? Défoulée ? ». Le Bonfrère lui offre un léger sourire carnassier. « Je me suis tellement bagarré avec mes frères enfant que j’en ai presque perdu le goût… Parce que ça, c’était un conflit fraternel. Nous, Fer-Nés, veillons à ne pas verser le sang précieux qui coule en nos veines et qui nous lie. Par contre, face à d’autres… Je me démène un peu comme toi. Un fou furieux ». Une pause. « Pis je suppose que la fraternité est une sorte de leitmotiv pour moi… Avec le patronyme que je porte. Ceux-là, ces hommes que tu vois échoués comme des baleineaux ayant à peine quittés le ventre dodu de leurs mères, ceux sont mes hommes, mes frères d’arme. Je ne les ai pas arrêtés dans leur conquête vaine de puissance parce qu’ils ont besoin de se défouler, mais… sans conséquence. Après le tumulte hasardeux des flots, ils ont gagné de pouvoir décrocher une droite, de pouvoir vider une peinte sans arrière conscience, sans risquer d'y perdre la vie. Et tu n’as pas épargné le bon Lorren… ». Il lui lance un regard curieux et pénétrant. « Qui t’a appris à ainsi te battre ? Tu te bats comme… ». Comme nous. « Enfin, tu n’es pas obligée de me répondre. D’ordinaire, je ne suis pas si affable… J’ai horreur de perdre mon temps, surtout en paroles inutiles. Mais je suis venu ici chercher des réponses, alors faut bien que je pose des questions, hein ? Je cherche à voir Norne Bonfrère, le connais-tu ? Il est parti avec un trésor et j'aimerais le retrouver ». Gormond aime bien s’enquérir des réputations de ses proches ou de ses ennemis ; et l’un des meilleurs moyens consiste à interroger les petites gens, les domestiques ou si possible, les intimes.
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MessageSujet: Re: TREASURE ☽ ft. Gysella Bonfrère (fb).   Dim 6 Aoû - 15:29

Treasure
Gormond & Gysella
When that old river runs past your eyes ; to wash off the dirt on the riverside. Go to the water so every near, the river will be your eyes and ears.

L’atmosphère se faisait lourde à mesure que les volutes grimpaient en puissance dans ce lieu clos. Odeurs putrides à moins que les vapeurs de l’alcool ne soient que les témoins de cet échange, le nauséabond imprégnait d’autant plus les courroux des plus offrants. Voix rauques s’élevaient alors que les comportements échaudés donnaient lieu à des bousculades. La mer était-elle présente dans cette pièce ? Le boutre tanguait encore et berçait les marins dans une cadence aux rythmes inconstants. L’horizon s’éloignait pour laisser place à ce gouffre sans fin. L’avidité augmentait, elle, qui, cherchait toujours ses victimes parfaites pour s’échanger. Voilà qu’elle les avait trouvés. Ils étaient sous son joug, prêts à dégainer le fer pour se faire entendre, prêts à battre l’air pour oser croire en une quelconque intimidation. Tous étaient pris dans les mailles de son filet. Tels les fretins imprenables, voilà qu’ils se jetaient à corps perdus dans la cannelure de l’oubli et de la malice. Celle là même capable d’emporter le plus sage et le plus avisé. Mais l’arrêt s’avéra brutal à la limite du chaotique, renversant deux corps sous la pression du frein non retenu. La chute n’en devint que plus impartiale, dévastatrice concernant les fiertés échappées, envolées dans cette nuée de plancton. La houle restait intacte malgré les apparences, dégageant bien vite les remous les plus hauts afin de permettre l’échange. Acier contre acier, océan contre océan, les mines commençaient à peine à s’assombrir avant que le curieux ne cherche des explications. Présent contre souvenirs. La bataille n’en deviendrait que plus coriace avec les secondes, surtout devant les mots qui s’échappaient dans de nouvelles vagues déchaînées les entraînant tous deux vers des contrées inexplorées et secrètes. Qu’insinuait-il à l’aide de ses maximes ? Quel message devait-elle tirer de cette tirade ? L’alcool devait probablement faire faux bond à ce blond, immisçant pour l’occasion le doute dans l’air maussade de la jeune femme. « Qu’est… » elle s’interrompit au moment où l’inconnu reprit son récit de fortune. Ses yeux inquisiteurs désiraient des réponses qu’elle ne trouvait pas pour l’heure alors que le message lui commençait à prendre à trouver un sens. Ainsi se différenciait-il des autres de part cette retenue qu’il exerçait dans le plaisir charnel. Et pourtant… Son pouce effleurait encore sa poitrine, intimant l’idée qu’une telle dextre ne pouvait être sujette à des douceurs. Pas avec des mains aussi rugueuses et fortes, pas avec un avant bras dont les muscles saillants renvoyaient à l’image d’un guerrier conquérant. Il se fichait d’elle, comme tous. Pensant probablement qu’elle s’avèrerait être une chienne docile lorsqu’il déciderait que son temps serait venu. Ouvrant ses cuisses, courbant l’échine, prête à recevoir ce que le vaillant du Dieu Noyé lui offrirait en retour de sa soumission. Le doute continue sa route entre les regards de ses deux victimes. Jusqu’à ce qu’un semblant de réalité se présage comme le vent tourne les voiles et n’en vienne à ramener le jeune homme là où il était. La Bonfrère ne bouge toujours pas, inquiète quant au comportement à adopter et méfiante dès que l’occasion de frapper se présenterait. Car elle finirait par le faire à un moment donné. Les profondeurs des abysses ressurgirent de son gosier, renfrognant la tempête de la blonde. Et puis le sujet s’éloigna pour que le fracas d’un autre vienne s’abattre sur leurs coques vides. Se dégageant l’un de l’autre, voilà qu’ils devenaient spectateurs de cette décadence puérile. « T’as d’drôles d’façons d’être un chef toi ! » Sa voix se teintait d’un certain jugement alors que les diverses idées parvenaient à trouver refuge dans son esprit. Peut-être avait-il raison à ce sujet ? Attendre était une solution à envisager. Mais qu’est ce que cette dernière dans un caractère impatient ? Un pavé lancé dans une mare, un renard jeté dans un poulailler, rien n’était aussi suspect que d’avoir à attendre l’accalmie lorsque la tempête faisait rage. Gysella ne comprendrait jamais les hommes et leurs lubies. Néanmoins, elle se persuadait de ne pas bouger, du moins pas pour l’instant. Pas, tant que ces hommes n’étireraient pas les limites de sa contenance. En revanche l’inconnu l’incitait à trouver de nouvelles réponses dans les fixations de ce silence. Ses yeux devenaient de plus en plus intrusifs sur son visage, laissant alors glisser le malaise sur le visage de la guerrière. Ses instincts reprenaient de leur droit, puisant parmi les méandres de sa fierté pour révéler son visage fermé. Fer-née, Gysella avait hérité de ce tempérament de roc inébranlable dès lors que le cor avait sonné. Elle l’entendait au loin, mugir dans une sonorité monocorde et étirée. Elle ne cessait de la prévenir d’un danger, ce danger. Celui dans lequel la situation donnait lieu à des étrangetés dont elle n’avait jamais eu à affronter jusqu’alors. Et le chant de cette appellation « bon frère » tendit à détourner rapidement son regard pour puiser des réponses claires sur le visage de l’inconnu. Était-ce une nouvelle entourloupe de son oncle ? Le trésor convoitait de l’étranger était-il véridique où une nouvelle tentative pour la trouver ?

Un long soupir prit des élans de mots. Signe avant coureur de son inconstance, la Bonfrère guettait encore des ressacs dans le visage de l’inconnu. Des traits la frappèrent, telles les violentes accroches sur les falaises. Du familier osait même de disséminer dans des mimiques qui devenaient des miroirs. Qui était cet homme ? L’occasion était trop belle pour la laisser s’échapper et pourtant le Dieu Noyé n’était pas encore satisfait de la guerrière. Voilà qu’il la forçait à prendre des initiatives devant les rudesses entendues. Les animaux étaient lâchés, bêtes sauvages sans retenue aucune dans cet espace restreint. L’ordre devait les arrêter ou du moins les affaiblir pour ainsi leur prouver que leur demeure n’était pas à Shatterstone mais ailleurs. Cet ailleurs qu’ils gardaient sous silence et qui aurait tout l’air de paraître idyllique selon les dires de leur chef. Cet ailleurs où le trésor manquait et dont ils cherchaient à dérober ici. Ils devraient probablement retourner dans cet ailleurs maintenant, alors que la fer-née les menace avec sa poterie brisée. L’attention portée vers elle, voilà comment elle s’y prenait pour défendre les intérêts de son oncle, ses intérêts par extension. Les hommes s’agitent rapidement, dégainant certains effets qui suscitèrent sa levée d’yeux vers le plafond bas de l’auberge. Une femme contre des hommes. Une souris face à des chats. Une anguille devant des requins. Il était temps de prouver que la guerrière méritait son surnom sur l’île, qu’elle ne faisait plus partie des victimes mais bien des assaillants. Mine sérieuse, regard équivoque, son sang ne cessait de faire des tours au rythme de l’adrénaline. Inconstante, imprenable, sa silhouette se faufilait aux travers les corps endoloris par l’alcool de ses victimes. Tous tomberaient ou demanderaient asile. Tous sauraient qu’elle n’était pas la chienne qu’ils prendraient par l’arrière. Ce temps était révolu et jamais plus il ne serait toléré qu’on la traite de cette manière, ou qu’une femme le soit sous ses yeux d’ailleurs. Un homme tomba sous son courroux alors qu’elle se servait du second pour le jeter sur le troisième. L’instant était probablement à son paroxysme, dévoilant les hargnes les plus enfouies de la guerrière, prouvant à ses assaillants qu’elle ne s’arrêterait jamais. La douleur n’était qu’un état d’âme, qu’un oubli à préserver pour tenir face à ses ennemis. Norne le lui avait enseigné par ses tortures de telle manière que cela lui paraissait normal aujourd’hui. Qu’est ce que souffrir ? A quoi bon se plaindre ? Voilà pourquoi elle tenait debout alors qu’eux étaient en train de grogner au sol. Corps recroquevillés, yeux fermés sous l’effet d’une migraine en devenir, visages fendus à la surface mais égocentrismes touchés en plein cœur. Le capitaine se mouvait jusqu’aux silhouettes hébétées au moment où la Bonfrère se recula pour s’appuyer contre une table. Son regard croisa celui du tavernier, prêt à énoncer une idée mais arrêter par le biais de ce doigt qu’elle plaçait sur sa bouche. Il ne devait pas trahir son identité, ni même en laisser les soupçons guettaient les étrangers. Pas après la révélation quand à ce trésor qu’ils désiraient reprendre. Amis ? Ennemis ? Gysella détachait son regard du pauvre homme pour le concentrer vers ce qu’un chef donnait à ses frères d’armes. De l’amitié ? De la compassion ? De l’autorité ? Du respect ? Tout portait à croire que les mélanges de ces ambitions étaient en train de s’exercer en cette heure et le spectacle attise son sourire moqueur. Voilà qu’ils se plaignent et qu’ils gémissent comme des enfants. La blonde profitait de cet intermède pour trouver repos et souffle dans le gobelet qui traînait sur la table. Presque vide, elle le descendit d’un trait avant de reporter son attention sur la silhouette féline approchante.

Son sourcil droit s’arqua derechef au moment où ses épaules se levèrent pour s’abattre violemment en direction du sol. « On va dire ça ouais, j’suis pas l’genre à savoir m’arrêter. » lui confia t-elle dans un nouveau soupir las. Le regard perdu vers les masses disparates, son attention écouta des mots qui prenaient du sens. La bataille était un choix que les fer-né avait fait depuis des siècles. La mer était un berceau dans lequel ils fondaient une famille, leur famille. Celle dont les liens du sang n’avait pas le mérite d’exister mais ceux de l’âme eux prouvaient de leur force à chaque opportunité. La vie dépendait des autres et tous avaient à tenir un rôle pour assurer la survie de l’autre. Ses yeux allèrent à l’encontre de l’acier océanique au moment où la comparaison mettait en évidence ses manières de se battre. Fou furieux… Gysella ne doutait pas de ses dires, surtout par après ce qu’elle avait pu jauger de lui auparavant. Son corps tout entier lui renvoyait l’image d’un homme de terrain bien plus que celui qui restait dans l’ombre. Et les mots qu’il décrivait renvoyaient véritablement à ceux vécus et non pas simplement énoncés comme dans les contines. Devant les dires, la guerrière balaya certains détails des hommes à terre. Jusqu’à ce que son regard ne s’arrête à l’évocation de celui qu’elle venait tout juste d’entendre. « Patronyme » « Bon frère » « Frère d’arme » Se pouvait-il ? La mine toute à l’heure amusée de la Bonfrère se transforma petit à petit en quelque chose enclin à dégager une réelle curiosité. L’entourloupe était-elle en train de vaincre face au reste ? Si Norne avait voulu la voir faillir, voilà qu’il devait e délecter de ce spectacle d’où qu’il soit. A moins que… Son visage se figea sur le côté pour détailler les parcelles de celui de l’inconnu. Qu’importait ce qu’il était en train de lui raconter et ce qu’il recherchait, il y avait cette familiarité qui tendait à raviver des impressions étranges, voire même déstabilisantes. Tellement, que son corps ne donne plus lieu de se contrôler et que sans attendre plus long, elle s’empressa de dégainer sa lame avant de maintenir de sa main libre sur la nuque du capitaine tout en apposant le plat de cette dernière au niveau de sa gorge. « QUI ES TU ? » lâcha t-elle d’une voix tonitruante tout en exerçant une légère pression de sa main pour laisser croire en une quelconque menace. « Tes grands mots m’rappellent ceux d’Norne just’ment, pourquoi tu lui veux quelqu’chose ? T’es son bâtard ? T’as c’te même étincelle qu’lui dans ton regard, celle qui fait qu’on n’sait jamais c’qu’il pense réellement. » Ses deux déversaient autant d’incompréhension que de colère alors qu’ils osaient se confronter sans aucune barrière à ceux de l’étranger. « C’est quoi ton trésor ? D’puis toute à l’heure t’en parle et ç’doit surement valoir cher pour qu’tu t’en tires de c’te façon… Son héritage ? T’ fais pas d’idée, la seule chose que t’auras en l’demandant sera sur’ment une bonne claque au mieux, des coups d’fouet au pire. Et là t’vas t’demander comment j’le sais hein ? » Elle relâcha son emprise doucement et recula de quelques pas tout en jaugeant de la corpulence de l’homme devant elle. « J’suis Gysella Bonfrère et avant qu’tu puisses aller voir mon oncl » maint’nant qu’tas vu de quoi j’étais capable, va falloir que tu m’passes dessus. » Elle lui révélait son identité peut être à tort, pourtant il n’y avait qu’en agissant de cette manière qu’elle pourrait véritablement voir qui était cet inconnu.
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MessageSujet: Re: TREASURE ☽ ft. Gysella Bonfrère (fb).   Jeu 24 Aoû - 2:05

Treasure
Gysella & Gormond
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Norne, l’oncle disparu. « Tu lui ressembles », qu’on lui assène parfois, alors qu’il dérange ; s’écarte de la voie dictée, attendue. Lui aussi, une ombre du passé. Gormond songe souvent à cet homme lugubre, hanté par les liens de sang : fraternels et contraignants. Un Bonfrère prompt à la jalousie, à cet élan du cœur noir et teinté de convoitises amères. À son tour, a-t-il maudit son nom dans un ricanement sordide ? « Norne », rarement murmuré sinon d’un ton hargneux et réprobateur ; alors, au fil du temps, le Fer-Né a associé son esprit intrépide à ce vocable banni, exilé des bouches. Une sorte de… complicité tacite s’est instaurée avec l’image tutélaire et rebelle de l’oncle ; un inconnu qui suscite chez le jeune homme une étrange sympathie, en raison de leurs similarités. Il pourrait lui reprocher d’avoir emporté la seule présence féminine, la lueur d’or entourant deux perles irisées et glauques… Une sœur à qui il aurait pu se confier, sans ressentir le besoin de se comparer à elle ; ni rivale, ni double aliénant. Des traits proches, tout de même ; mais comme il faut, à bonne mesure. Se voir un peu dans le reflet de ce visage, dans l’éclat ocre de la chevelure, dans le bleu sibyllin de ses yeux ; assez pour se conforter et se lier. Il aurait pu explorer les rivages ondoyants et tourmentés en sa compagnie ; seuls à leur monde, fait de rires et d’invectives. Quel rêve doux et âcre… Il se plaît à imaginer leur vie ainsi, enlisée dans une harmonie édénique ; mais rien ne dit… Peut-être qu’elle lui aurait préféré son aîné, si maître de lui-même ; ou le cadet, plus mesuré. Et non pas le volage, l’impétueux Gormond. « Un jour, tu apporteras le déshonneur à ta famille ». Prononcée d’une voix gnomique et implacable, les mots martelés si clairement, le tout dans une indifférence froide… la phrase frappa de plein fouet le garçon. Encore dans la fleur de l’âge, enclin à s’écorcher les genoux sur quelques cailloux charbonneux bordant l’île, il resta frappé d’interdit. Lui qui excellait à esquiver les insultes et à minimiser l’irresponsabilité de ses actes puérils, il fut ébranlé, esclave d’un silence pesant. Son père possède le don d’énoncer les remarques les plus cassantes d’un ton si léger ; un badinage de velours incarnadin, où la glace hiémale gonfle les tissus chatoyants. Ce ne fut ni la première ni la dernière d’une longue série d’observations caustiques, mais Gormond garde les mots ; oraculaires, ils sont inscrits au fer rouge. Même l’inflexion de sa voix… l’expression à son visage… Le Bonfrère réalisa ce jour-là qu’il abandonnerait une quête bien vaine et inutile : recevoir la fierté paternelle. Qu’il se couvre d’ignominies, et alors ? Soit ! Qu'il se donne à autrui, dans l'ombre et dans la honte. D’un instant à l’autre, il devint nonchalant ; se contrefoutre du reste fut un acte libérateur. « Comme Norne », il s’exila en des plaines miroitantes et singulières ; creusant son propre sillon, de la terre morne jusqu’aux eaux tumultueuses, blanches d’écume et de promesses. Balayées de temps à autre par quelques aquilons impérieux.  

Qui est-il ? Excellente question. L’ombre de trois hommes. Le rejeton dévot et fervent du Dieu Noyé. Un guerrier, un navigateur. Gormond est quelque peu surpris face à tant de véhémence. Un rugissement qui vient d’un cœur balloté, tourmenté par une tempête de sentiments. Habitué aux débordements colériques, trahissant la nature primitive des hommes, le capitaine de la Méduse arque un sourcil. Puis l’ombre d’un sourire relève un pan de sa bouche ; une esquisse dévoilant une sorte de satisfaction. « Son bâtard ? Non pas cela… Mais je suis bien de son sang ». Il se délecte du courroux visible sur le visage de son interlocutrice ; orage des sens et du cœur, qui ondule les traits pour former une mare de vérité, limpide. « Ah, un vrai trésor… si je peux me permettre ». Mais le jeune homme s’interrompt, attentif aux mots qui lui sont adressés. Une réplique forgée dans la violence inquiète… Et Gormond s’immobilise. Il contemple, le visage blanc et stoïque, sa sœur. Sa sœur ! Là, devant lui ; elle se tient encore, l’inconnue. Mais elle porte son Nom ; maudit et pourtant chéri, nécessaire pour affronter les flots hasardeux de la vie. L’espace d’un instant, son cœur semble s’arrêter ; bras ballants, les vestiges du sourire disparaissant. Quel chaos en son esprit ! Est-ce les effets cruels du pampre ? A-t-il déjà sombré dans les abysses morphiniques et traîtresses ? Lentement, il cligne des yeux. Passe le bout de sa langue sur sa lèvre inférieure. D’une voix rauque, un peu rouée : « Vraiment ? », demande-t-il avec prudence. Mais ce simple vocable porte les marques d’un espoir, jusqu’à alors étouffé dans les ombres crépusculaires. « Gysella ». Il prononce le prénom avec douceur et précision : GY-SE-LLA. Il se racle la gorge et offre un sourire hésitant, sinon sincère à la jeune femme : « Enchanté. Je suis Gormond… Bonfrère. L’un de tes trois frères. Nous nous sommes connus par le passé… mais par la volonté du roc nous avons été éloignés, tenus à distance l’un de l’autre. En dépit des âges, écoulés sur les vagues de sel jusqu’aux bédières albâtres, j’ai toujours gardé une place pour toi… ». En son cœur. « J’espère pouvoir honorer mon nom et cesser d’être une ombre, un étranger oublié… Tu es mon trésor, Gysella Bonfrère ». Dont la valeur est inestimable. « Le Dieu Noyé se manifeste à nous en ce jour,  grand dans sa mansuétude ».

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MessageSujet: Re: TREASURE ☽ ft. Gysella Bonfrère (fb).   Mar 19 Sep - 15:03

Treasure
Gormond & Gysella
When that old river runs past your eyes ; to wash off the dirt on the riverside. Go to the water so every near, the river will be your eyes and ears.

Ainsi vont les malédictions mêlant aussi bien l’orgueil que l’amertume. Séparant violemment les liens d’une fratrie qui se jetait à la dérive d’une jalousie jamais assouvie. Affamé, l’œil du typhon n’avait aucune paupière, aucun instant laissant supposer d’une accalmie dans cette tourmente. Elle épouvantait les cœurs les plus sensibles et savait faire taire les espoirs les plus minimes. Son sein s’étendait par delà les nœuds, virevoltant aux travers les chants ancestraux de la tornade fluctuante. Il refermait des secrets inconnus pour la majorité et dont les protagonistes avaient fini par en oublier la teneur. Et pourtant ses variations ne se tarissaient pas. Elles perduraient désireuses de se renforcer, laissant alors l’éternité se charger de la nourrir. Les victimes se succédaient les unes après les autres. Impuissantes face aux dévastations engendrées par ce tumulte, elles restaient dans cette incertitude la plus totale quant à un avenir meilleur. Pourraient-elles y prétendre ? Parviendraient-elles à passer outre les plaies les plus profondes ? Les liens familiaux avaient été préétablis depuis des siècles. Sous les directions du Dieu Noyé, pour peut être punir le patronyme des Bonfrères d’un acte qui aurait pu faire chavirer leurs qualitatifs de Bon en Mal. Alors les nouvelles générations devaient trouver écho pour parfaire en cette désillusion et la contrer. S’unissant contre ce geste passé devant lequel tous s’était confronté. Impuissants, spectateurs. Les larmes et les cris n’avaient pas droit à une place pouvant laisser présager en quelques héroïsmes. Elles n’avaient été que faiblesse face à la main qui avait saisi le frêle. Ou plutôt la frêle. Prise entre les mailles d’un filet, la victime s’était avérée être une proie dont le regard farouche n’avait eu aucune résonance, sinon celle d’une déception marquée. Un père disparu, un autre retrouvé. Ainsi allait la vie sur les îles de sel, là où le roc s’aiguise à force de coup. Ainsi allait la témérité d’acier, affutée par les coups reçus. Enfin, ainsi allait la disparition de féminité au profit d’un revêtement aux allures masculines. Ce qui est mort ne saurait mourir. Peut être Gysella Bonfrère s’était-elle noyée dans les tourmentes de cette tempête fraternelle ? Mais renaît plus fort et plus vigoureux. La maxime donnait l’air de s’inscrire dans chacun des gestes qu’on lui avait inculqué, chacune des allures dont on lui avait appris à se fier. La noirceur des abysses était devenue une fidèle alliée devant les pertes de cette existence qu’on voulait lui contrôler. Les expériences lui apprenaient à se fier aux vents. A ces bourrasques, qui, réajustaient toujours les orientations des voiles pour que le voyage s’avère vertueux ou au contraire difficile. Le Dieu Noyé avait choisi les desseins de chacun, transportés dans des houles que leurs tempéraments fiers jaugeaient vaincus, soufflant à leurs oreilles qu’ils étaient maîtres de la Mer. Pourtant leur mère restait incontrôlable, insoumise, elle ne dépendait que d’elle-même et puisait son indépendance aux travers des courants dont personne ne pourrait jamais changer le cap. La manipulation n’avait aucune place en son sein, seule la survie était synonyme de sa suprématie. Le marin devenait capitaine dès lors que ses ordres glissaient en harmonie sur les caprices de la Mer. Était-elle un marin ? Non. Gysella Bonfrère serait ce capitaine qui comprendrait son maître, qui saurait remettre en question chacune de ses actions devant des houles déchaînées, elle deviendrait la sirène capable de régner, dont le chant mettrait en péril chacun de ses assaillants. Elle évoquerait la peur, saurait se décliner sous les formes les plus abruptes d’une renommée qu’elle construirait. Elle ne serait ni fille de Gorold Bonfrère, ni nièce de Norne Bonfrère, mais simplement une fidèle du Dieu Noyé. Elle paierait le prix du fer pour chacune de ses actions et sauraient être reconnaissante à la tempête de ce cadeau qu’elle lui ferait. Elle survivrait encore comme elle avait pu survivre jusqu’ici. Elle trouverait ses frères et leur conterait ses péripéties. Et si la divinité qu’elle servait jugeait de la rappeler avant son objectif atteint, alors elle veillerait à les attendre les uns après les autres pour pouvoir écouter les contes qu’ils auraient à lui rapporter. Les cors hurleraient, noirs, ils souffleraient des tempêtes sur les cieux et menaceraient le commun des mortels de sombrer.

Mais pour l’heure les brumes s’infiltraient dans les moindres recoins de la taverne. Voluptueuses, elles enivraient les quelques marins de l’espace dans l’espoir d’assouvir quelques uns de leurs fantasmes. Tantôt brutaux, tantôt calmés, la douceur était une faiblesse qu’ils tentaient de combler sous les impulsions de leurs coudes relevés. Le spectacle n’en devenait que plus pathétique à mesure que les râles succédaient à quelques tentatives vaines de reprise de soi. L’alcool était probablement la plus grande tare d’un homme. Aussi délicieux soit-il, aussi délectable puisse t-il être, il n’en restait pas moins qu’il amenait l’homme le plus habile à se décliner sous la forme d’une larve prête à embrocher. Bientôt tous dormiraient, certains en oublieraient probablement les péripéties nocturnes. Ils se réveilleraient le visage englué, la bouche corrompue, mais surtout la tête complètement retournée. Sauf eux. Lui, qui détenait des informations qui n’avaient de cesse de l’incommoder aux travers des remarques que beaucoup auraient jugées déplacées. Il la fixait de cet air nonchalant avec ce rictus qu’elle rassembla bien vite à celui de son bourreau.  Qui était-il ? Que désirait-il de cette bourgade ? Voilà qu’il lui tenait un discours dont les allures ne ressemblaient en rien au dialecte d’un fer-né. L’imposteur en était-il véritablement un ? Ce doute s’ôta bien vite de son esprit dès lors que ses yeux céruléens prenaient à nouveau conscience des hommes au sol. Eux l’étaient, il l’était également. Mais quelle île donnait une telle éducation à ses résidents ? Etait-il en contact direct avec le continent ? A moins qu’il ne soit un mercenaire avide de nouveaux trésors. La dernière option était la plus plausible à émettre. Tant elle faisait référence à ce butin dont il ne cessait de mettre en exergue depuis toute à l’heure. L’esprit vif de la fer-née ne tarda pas à élucider de nouvelles optiques, leur assénant des querelles à venir tant en raison de la surprise qui s’y échappait qu’en raison de cette arrogance devant laquelle elle se heurtait. L’homme ne craignait rien. Pas même une lame qui caressait sa pomme d’adam. « T’dis d’conneries ! » Sa voix n’en devenait que plus menaçante alors qu’elle pressait un peu plus le plat sur son cou. Océan contre océan, souffle contre souffle, la mâchoire de la guerrière se serra de manière à ce que son zygomatique se dévoile. Sa hargne n’en devenait que plus grande alors qu’elle se heurtait devant un regard qui lui rappelait des chimères d’un passé oublié. Sang. Ce terme résonnait encore dans ses oreilles et puisait des houles au niveau de son estomac. Qui était-il ? L’impatience la guettait derechef, l’incitant à adopter ce caractère que beaucoup qualifiait de violent. L’heure n’était pas à la réflexion mais bien aux révélations. Comment le dissuader ? Bientôt les mots quittèrent sa bouche, révélant son identité à l’inconnu. Gysella Bonfrère. Nièce du seigneur de cette île, guerrière mais surtout à même de protéger ce qui est sien. Sa poigne se serra de plus belle contre les lanières de cuir du poignard. Et puis…

L’incertitude gronda au dessus de leurs têtes. Pareille à la foudre qui s’abattait violemment dans la mer, voilà que le typhon commençait à tournoyer en un œil curieux. La jeune femme se heurta à la réaction suspecte du capitaine. Ses yeux se froncèrent en même temps qu’il la dévisageait. Voilà que le temps se figeait à son tour, jouant de ses victimes pour oser mettre en doute leurs intégrités. « T’pas compris la premièr’fois ? » Son repli exprimait son incertitude mais surtout l’incompréhension devant laquelle elle faisait face. Qu’avait-il entendu sur elle pour qu’il réagisse de cette manière à l’évocation de son nom ? Était-ce une entourloupe pour mieux s’en saisir et être le butin qu’il cherchait tant ? Un long soupir d’agacement lui échappa. Rester sur ses gardes était probablement la meilleure des défenses à tenir, tout comme maintenir sa dextre sur le cou de l’étranger. Pourtant, elle fut bien obligée de la lâcher sous le joug des révélations qui commençaient à s’échapper. Lâchant son emprise, elle se redressa et recula de quelques pas en arrière alors que le nom était semblable à la vision d’un fantôme. Gormond Bonfrère. Si la chimère avait été éloignée toute à l’heure, voilà qu’elle ajustait à présent le visage enfantin à celui de l’homme juste devant elle. Dire qu’elle entendait tout ce dont il lui racontait par la suite était un mensonge, tant sa surprise lui paraissait inaccessible. « Gormond ? » Le nom lui échappa dans sa douleur à laquelle se mêlait de la nostalgie. Son frère. La réalité s’inscrivait dans un impossible alors que l’admission prenait énormément de mal à se frayer une route entre le présent et l’inattendu. « C’pour moi qu’t’es là ? » Était-ce un leurre ? L’un des râles à leurs pieds, rompit le contact visuel qu’ils maintenaient pourtant avec attention. Les yeux de la fer-née exprimèrent, pendant cet intermède, les doutes dans lesquels elle se plongeait alors. Elle avait désiré cette rencontre, l’y avait scénarisé énormément de réactions variées mais jamais, celle qui était en train de se dérouler juste ici. « Qu’est-ce qui m’dit qu’t’es c’lui qu’tu prétends être Bonfrère ? » Ses aciers croisaient les siens, désireux de dévisager à son tour cette figure qu’elle n’avait pas vu depuis de très nombreuses années. Comment le reconnaître ? Comment le croire ? Alors qu’elle n’était pas assez âgée à l’époque pour que les souvenirs restent. Trop de blessures et trop d'étapes avaient eu raison de ces derniers. « Parlent tous comm’ça sur ton île ? On dirait qu’tu viens du cont’nent. » Si il lui parlait de ses autres frères peut-être qu’elle lui accorderait le bénéfice du doute, et encore. Il suffisait de se renseigner un peu sur la famille pour connaître la particularité qu’ils connaissaient, à savoir les triplets. Pourtant là encore, Gysella parvenait très bien à rassembler assez de ses souvenirs pour y accorder un réel intérêt. La question était de savoir pourquoi maintenant ? Pourquoi avoir autant attendu pour la revoir ?
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hurlent les cors noirs

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