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 Like fire and powder, which, as they kiss, consume | Daemon & Arianne

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Valar Dohaeris

MessageSujet: Like fire and powder, which, as they kiss, consume | Daemon & Arianne   Jeu 23 Fév - 17:12

Like fire and powder, which, as they kiss, consume

An 293, Lune 1 - Lancehélion



Daemon & Arianne

Lancehélion grouillait de vie. Dans les ruelles sales et encombrées, il était facile de s’imaginer des marchands aux étales colorées et vantant les mérites de leurs amandes, de leurs pistaches et de leurs fruits secs, des voyageurs venus d’Essos ou de plus loin encore pour proposer des objets tous plus extravagants les uns que les autres ou pour offrir des talismans protecteurs à l’acheteur le plus offrants. Dans le brouhaha incessant de la Ville Ombreuse, l’on pouvait tomber sur des trésors cachés, promesses de merveilles et d’aventure ou sur le pire des cauchemars, signant la fin d’une vie par une gorge tranchée à l’arrière d’une petite rue sordide, vers les hauts murs de la citée. Certains trouvaient cette inconstance et ces surprises inconvenantes non dignes d’une ville qui était le fief de la famille Martell, Princes et Princesses de Dorne.

Mais pas Arianne. Perchée dans la plus haute tour du Palais Vieux, la future dirigeante couvait du regard les habitants et leur environnement.  L’héritière voyait dans cette capitale fourmillante le comble de l’excitation et de la vie. Le comble des saveurs et de l’exotisme. Le comble des plus grands mystères aux allures de découvertes constantes. Elle ne s’était réellement rendue dans les entrailles de sables et de cris que peu de fois, mais chacune de ses expéditions restaient gravées au fer rouge dans sa mémoire. Elle ne comptait pas ses sorties officielles du Palais où, escortée par plus d’hommes que de raisons, elle n’avait fait qu’en traverser l’artère principale sans pouvoir glisser un œil à droite et à gauche.
La dornienne ne s’était glissée que deux fois hors des murs de la forteresse sans accompagnement. La première était un accident. Alors âgée de moins de huit ans, elle avait échappé à la surveillance de son père et avait faussé, sans réellement le faire exprès, le groupe princier. De cette fugace aventure, elle ne conservait que la peur mêlée d’incrédulité qui avait serré son cœur durant son escapade d’une heure, avant qu’un des soldats des Martell ne lui mette la main dessus alors qu’elle tentait de se faire offrir une orange sanguine par un primeur.
La deuxième fois, elle s’était enfuie du château en toute connaissance de cause. Accompagnée de Garin et alors qu’ils étaient à peine des adolescents, ils s’étaient mis en tête de trouver une échoppe lugubre dont leur avait parlée Oberyn. Un fourbi puant le purin aux allures d’apothicaire sordide où l’on pouvait, si l’on cherchait bien, dénicher les poisons les plus létaux de Dorne. À la faveur de la nuit, silhouettes drapées de noir, les deux jeunes gens n’avaient pas été étonnés de l’animation nocturne qui parcourait les ruelles étroites de la citée comme un sang sauvage, animal, pulsant dans les veines d’une bête fougueuse.  Evidemment, ils avaient été reconnus si vite qu’ils n’avaient jamais eu le temps de se présenter devant la boutique de celui qu’on prénommait le sorcier.

La jeune femme avait longtemps rêvé d’une troisième escapade. Mais cette fois, Garin ne l’accompagnerait pas et elle ne se perdrait pas seule dans le labyrinthe de sons et de couleurs de la capitale.
À son bras, elle aurait trouvé ser Daemon. Le visage dissimulé pour cacher leur identité à la face du monde, ils auraient profité d’un début de soirée encore chaud pour admirer les étoiles timides dans un ciel encore pâle et déambuler de stands en stands, goûtant sucreries et pâtisseries feuilletées en riant, sûrs de leur amour.

Avec un soupir, elle s’arracha à sa contemplation muette de l'agitation de Lancehélion pour revenir au silence feutré de la forteresse. Des rêves naïfs d’enfant dont elle se souvenait toujours avec nostalgie. Arianne n’avait pas le cœur à les enterrer et à les oublier. Pas encore.

On s’annonça à elle par trois coups nets et décidés sur sa lourde porte de bois. D’une voix chantante, elle invita l’inconnu à entrer. Un valet à la mine farouche s’avança dans ses appartements. Elle aurait pu le trouver beau si, derrière son visage affichant une certaine défiance, elle ne décelait pas une aura de servitude muette, mais pourtant bien présente. Et la soumission l’ennuyait.

« Princesse Arianne, votre père a fait mandé votre oncle pour les Jardins Aquatiques. »

Elle sourcilla tandis que ses yeux s’emplissaient d’une méfiance contenue. Depuis quelques lunes, les séjours du Prince de Dorne hors de la Citée Ombreuse se prolongeaient. Il affirmait que le climat plus léger et océanique de son palais plus au sud apaisait les souffrances de ses articulations grinçantes. Si son aînée avait pu y voir l’opportunité de gagner en responsabilité au Palais Vieux, elle avait vite déchanté.
Et moi ? hurlait-elle intérieurement. Il ne m’a donc pas appelée ? Suis-je sensée rouiller comme une vieille épée, m’oxyder et vieillir dans ma chambre comme une vieille fille incapable ?

« Oh, certes, » dit-elle. « Que diriez-vous de l’accompagner dans ce cas ? Il aurait besoin d’un homme sur lequel compter. »

La déception dans sa voix était palpable et elle avait bien du mal à la camoufler. Pourtant, elle avait décidé de ne pas se laisser abattre. Son ton un peu trop abrupt s’était donc mué en un chant plus chaleureux aux accents de flatterie. Mais le domestique semblait hésiter.

« Je compte sur vous pour l’escorter du mieux que vous pourrez. Il faudra ensuite me raconter comment s’est déroulé votre voyage. La route est sûre, mais cela ne m’empêche pas de m’inquiéter pour mon oncle. »

Les hommes aimaient se sentir importants. De leur donner l’illusion que l’on comptait sur eux les émouvait souvent et ils se sentaient alors investi d’une mission divine. D’ailleurs, elle ne lui donnait pas d’ordres. Il avait le choix.
L’héritière se pencha un peu en avant pour appuyer ses coudes sur ses genoux et son menton sur ses mains. Ses longues boucles d’oreilles et ses bracelets teintèrent musicalement alors qu’une boucle brune venait glisser le long de son décolleté.

« Très bien, » capitula-t-il avec un hochement de tête.

Un grand sourire vint ourler ses lèvres et elle se redressa lentement.

« Je vous remercie. Vous pouvez disposer. »

Elle aurait aimé l’appeler par son prénom, mais malheureusement il ne lui revenait pas en mémoire. L’avait-elle un jour su ? Elle se promit de le demander à une de ses suivantes une fois qu’il sera parti.
Mais il ne bougea pas d’un pouce.

« Je venais également vous annoncer que ser Daemon a demandé à vous voir. Il vous attend dans les jardins. »

Sa poitrine s’opprima et ses ongles laissèrent des traces en forme de demies lunes dans ses paumes. Que venait-il faire ici ? Ils ne s’étaient guère parlés depuis… l’incident. Et les rares fois où ils s’étaient revus, une tension gênante avait gangréné l’atmosphère.

« Très bien. »

Le valet prit congé, laissant Arianne un brin désœuvrée. Qu’allait-elle lui dire ? Pourquoi était-il là ? Elle pinça les lèvres en tripotant nerveusement sa boucle d’oreille.
Elle n’allait pas le faire attendre plus longtemps. Avec une profonde inspiration, elle bomba la poitrine et s’engagea dans les couloirs d’un pas décidé. Il n’avait qu’à lui dire ce qu’il aurait à dire. Voilà. Ensuite il rentrerait à la Grâcedieu tandis qu’elle demeurerait au Palais Vieux. Elle n’allait pas se laisser déstabilisée par si peu. Si peu.

La jeune femme n’eut pas besoin de regarder à deux fois avant de reconnaître la silhouette familière du bâtard de Ryon. Une nouvelle fois, son cœur se comprima, mais elle s’était promise de rester maîtresse d’elle même. La simple vue de son ancien amant avait cependant chassé bien loin ses préoccupations quant à son père.


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MessageSujet: Re: Like fire and powder, which, as they kiss, consume | Daemon & Arianne   Dim 26 Fév - 23:29

Like fire and powder, which, as they kiss, consume

An 293 | Lune 1 | Lancehélion



Arianne Martell & Daemon Sand

Dans le chuchotement familier des couloirs, la silhouette sombre du Sand s'avançait d'un pas sûr et à la cadence rapide. Son habit austère et ceinturé flottait contre ses jambes comme une ombre qui apparaissait et disparaissait au grès de sa marche. Portant sa main à son visage, il frotta ses yeux pour en chasser les dernières traces de fatigue, finissant son geste dans le réajustement quelque peu nerveux et maniaque de son col dont il ferma le dernier bouton. Entre ses doigts, l'argent sombre lui semblait presque glacé. Filant le long des murs du Palais Vieux, un groupe d'hirondelle fit entendre sa voix. Il expira lentement, et déglutit.
Sur son passage, quelque jeune homme s'écarta brusquement de sa route avec un juron, refusant visiblement de seulement frôler son épaule. Lorsqu'il tourna brièvement la tête, ce fut pour se voir baptisé d'un regard brun courroucé, ce à quoi il répondit de la même mine sévère à l'expression inébranlable qu'il affichait lorsqu'il était trop concentré pour daigner prêter attention à ce qui l'entourait. Finalement il se détourna sans même un haussement de sourcil, laissant derrière lui l'écuyer. Ce dernier fustigea son dos vêtu de noir de ses yeux sombres, et sembla hésiter un instant à venger la correction à laquelle le bâtard l'avait soumis quelques semaines auparavant avant de renoncer. Le Sand était désormais chevalier, hors de sa portée.
Continuant sa route d'un pas décidé, l'ombre du garçon revint à son souvenir. Mêlée à quelques autres tout aussi semblables, de jeunes dorniens qui n'avaient compris que trop tard qu'il n'était guère judicieux d'épancher sa lubricité en des traits d'esprits indignes dont la seule visée était de récolter les rires des autres chevaliers et peut-être celui du trop sérieux fils de Ryon, elle lui revenait désormais clairement. Ils pouvaient se jouer de l'honneur de toutes les femmes de Dorne si le cœur leur en disait. Mais de celle là, jamais. Pas devant lui. Les victimes de son caractère abrupt, prompt à la colère et à la patience facilement ébranlée, comptaient parfois parmi ses amis. Certains avaient tenté de raisonner son comportement, devenu trop visible, et de le prévenir contre les  railleries dont il s'accablait étant donné sa situation particulière; ce contre quoi Daemon s'était définitivement braqué. Près de deux ans étaient passés, et il devait encore lécher ses blessures. Aussi, chaque occasion de soulager sa fierté était saisie au vol et, le plus souvent, à la pointe  de son sabre.

Pourtant, alors qu'il tournait pour rejoindre la cour intérieure, le sentiment de son humiliation demeurait, vif et lointain tout à la fois. C'était une cour qui ouvrait sur une grande porte incrustée de mosaïques dont il avait autrefois traversé le pas avec la certitude qu'il faisait le bon choix. Quelques jours d'un bonheur parfait. C'était si cher payé de honte et d'un remord qui ne faisait aucun sens à ses yeux farouches. Il avait l'impression d'avoir vieilli de dix ans depuis. Cependant, le plus douloureux pour lui était de constater comme il s'était accommodé de cet âpreté devenue familière,  à la manière d'un caprice d'enfant qu'il avait finit par accepter de considérer comme tel à force de l'entendre ainsi conté autour de lui, se laissant presque persuader que son cœur qui ne mentait jamais l'avait alors trompé. Presque car il était trop borné se remettre en question. Presque car, malgré toute sa fougue et toute sa fierté, il s'était résigné.
D'ailleurs, ses chevaux n'étaient-ils pas déjà prêts? A dorne, il n'avait aucun avenir, ou, du moins, pas celui auquel il prétendait. Les chevaliers à battre étaient là, dehors, par delà les frontières.

Aussitôt qu'il pénétra les vergers, l'encens et l'odeur de sellerie qui imprégnaient encore le tissus de son vêtement furent recouverts par la vague de senteurs qui embaumait l'air chaud des jardins. Partout des roses, du jasmin, et surtout, parfum souverain de Lancehélion, il y avait les orangers. Son regard reposait devant lui tandis qu'il fendait plus sereinement les allées ceintes de bosquets fleuris. Ce fut non sans un certain soulagement qu'il constata que la chaleur brûlante de l'après midi avait dissuadé les promeneurs d'être trop nombreux dans le labyrinthe de plantes, la plupart ayant certainement préféré la fraicheur et l'obscurité des appartements du Palais. Le soir tomberait pourtant bientôt et déjà l'air se faisait pesant, presque comme deux mains chaudes posées contre son visage, semblable aux prémices d'un orage d'été  bien que cela n'annonça rien d'autre que la fin du jour.
Il avait harponné un peu plus tôt un jeune domestique croisé au détour d'un couloir. Il ne lui restait plus désormais qu'à attendre, dans l'espoir de pouvoir offrir les seuls adieux qu'il avait décidé de présenter en ce jour. La main posée sur la garde de son sabre, la tristesse qu'il s'attendait à ressentir de contempler ainsi un paysage dont il se priverait lui même bientot, et les Sept seuls savaient pour combien de temps, ne vint pas. Déjà, son regard s'obscurcissait et l'ombre parsemée de crevées lumineuses des feuillages au dessus de lui n'en était pas responsable.

Il l'attendait auprès d'un vieil olivier au tronc noueux comme les doigts d'une vieille femme lorsqu'il entendit ses pas s'approcher, ne réalisant que trop tard qu'il l'avait reconnue à ce seul détail. Il se détourna de sa contemplation pour poser ses yeux sur elle. Son serment prononcé la veille réchauffait encore sa poitrine d'une douceur particulière, frémissant quelque part entre l'orgueil et la sincérité presque naïve dont il était affligé; et de la voir ainsi raffermit encore davantage ce sentiment. Elle n'était pas présente, et ne pouvait savoir. Si seulement elle avait su, alors sans doute aurait-elle pu voir autre chose que de l'arrogance dans le sourire fin qu'il afficha tandis qu'elle s'approchait de lui.
Solennel et froid, son attitude ne laissa transparaître aucun trouble, si ce n'était la lueur amusée teintée d'amertume qui vint éclairer ses yeux lorsqu'il avisa l'éclat contrarié que projetait Arianne. A presque seize ans, l'enfance avait définitivement quitté ses traits qu'ils connaissait si bien, laissant deviner la femme qu'elle était destinée à devenir. Quant à l'attitude revêche qu'elle lui présentait, le brun ne chercha pas à savoir ce qu'il avait pu faire pour la provoquer. L'hypothèse que ce fut parce qu'il l'avait fait mandée au lieu de suivre le protocole ne lui caressa pas même l'esprit tant il l'avait fait avec la nonchalance propre à son insolence naturelle. On semblait d'ailleurs ne pas en attendre moins de lui vu la promptitude que le jeune page avait eu à faire passer son message. Il se doutait néanmoins que la froideur et la distance qu'il avait imposé entre eux depuis ce jour fatidique devait être sur la liste de ce que ses yeux noirs pourraient lui reprocher.  Le silence ne l'avait jamais dérangé pour sa part, mais il ne seyait guère à la nature flamboyante de la fille de Doran.

"Princesse" souffla-t-il sobrement tout en inclinant le buste dans une gestuelle naturelle et pourtant cérémonielle, tout insufflée de la raideur militaire de son entrainement. A quelques pas l'un de l'autre, ils étaient plus près qu'ils ne l'avaient jamais été ces dernières lunes. Mais ils n'avaient jamais été tant séparés que par le regard fataliste et discipliné, presque condescendant malgré sa douceur, que le bâtard de la Grâcedieu posait sur la jeune femme.








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MessageSujet: Re: Like fire and powder, which, as they kiss, consume | Daemon & Arianne   Jeu 9 Mar - 11:54

Like fire and powder, which, as they kiss, consume

An 293, Lune 1 - Lancehélion



Daemon & Arianne

Daemon Sand ne s’était jamais mêlé jusqu’à disparaître dans la masse informe et trop colorée de Dorne. Trop sobre. Trop sombre. Trop austère. Trop silencieux. Il apparaissait comme un soleil noir au milieu du désert, attirant les regards autant qu’il les faisait fuir. Arianne avait su, à l’instant même où ses yeux s’étaient posés la première fois sur lui, qu’il serait différent. Différent de tous les autres. Il y avait en lui cette rage froide et sauvage, dissimulé par des iris trop bleues pour le désert, cette aspiration à la grandeur et ce désir ardent de bien faire, habilement drapé de nonchalance qui l’avait immédiatement fascinée. Dans son regard, il était beau. Bien plus beau que n’importe quel prince exotique d’Essos ou de promis auxquels elle avait un temps songé.
Aujourd’hui encore, il ne prenait pas la peine de se fondre, appréciant probablement secrètement ce charisme naturel qu’il semblait dégager sans trop d’efforts. Dans les jardins aux couleurs vives et chatoyantes, aux oranges sanguines rouges et dégoulinantes de soleil, entre les arbres fruitiers lourds de citrons mordorés, de dates cacaotées et de pistaches au vert éclatant, il n’était qu’une ombre vêtue de noir, à la mine revêche bien qu’habité d’une résolution étrange que la princesse ne lui connaissait pas. Certains aurait pu le trouver lugubre et sinistre. Mais il n’en était rien pour la jeune femme. Au mieux était-elle troublée de sa présence, malgré son air qui se voulait confiant. Au pire le trouvait-elle terriblement attirant. Malheureusement, sa passion et ses ardeurs avaient été écrasées, enterrées sous des cendres brûlantes et condamnées par la voix paternelle autoritaire et sans appel. Il n’est qu’une blague. La phrase résonnait encore dans son esprit comme le glas funèbre de la pire des insultes. Comme le glas funèbre d'un amour piétiné, tué dans l'oeuf. Mais elle n’avait rien pu dire et s’était murée dans un silence fataliste en dépit du cri intérieur courroucé qu’avait poussé son cœur.

Entendant ses pas, il finit par se détourner de l’olivier centenaire qui avait son attention jusqu’alors. Le maigre sourire un peu sec dont il la gratifia la refroidit presque immédiatement. Elle s’était, une fois encore, laissée entraîner par la valse langoureuse de l’interdit sans en avoir conscience. Les beaux garçons étaient son plus grand point faible. Ses bons sentiments et ses efforts dont elle redoublait chaque jour ne semblaient rien y faire. Cette marque de faiblesse l’agaçait. Et de se sentir encore prisonnière des doigts de Daemon la rendait furieuse contre elle même. Deux ans. Deux ans et voilà où elle en était encore. N’avait-elle pas grandi ? N’avait-elle pas mûri ? Son ancien amant, lui, semblait avoir tout oublié de leurs nuits échauffées et pressantes. Vraiment ? N’avait-il plus aucun souvenir de son avidité à découvrir son corps, de ses mains tremblantes alors que ses paumes parcouraient sa poitrine, sa taille et ses cuisses, alors qu’il l’observait ainsi de cet œil respectueux et bien trop solennel ? Arianne, elle, se rappelait. Et peut-être que dans ce silencieux jeu de regard, elle avait l’avantage de ne pas se voiler la face.
Il m’en veut encore, pensa-t-elle. À moi et à mon père. Je ne peux pas le blâmer pour ça. La fierté blessée d’un homme est difficile à soigner. Celle d'une femme aussi.

Un trouble délicat s’empara du verger avant qu’il ne soit brisé par le murmure tranquille du jeune homme.
L’héritière considérait le bâtard comme un ami, au même titre que Garin ou encore Drey. Pourtant, il était le seul à encore l’appeler « Princesse ». Titre pompeux dont elle se plaisait à l’entendre raisonner à son oreille lorsqu’il était prononcé par des inconnus sur lesquels elle se savait avoir l’ascendant. En revanche, cela l’aurait dérangé d’entendre l’orphelin de la sang-vert ou encore le Dalt le dire autrement que sur le ton de la plaisanterie. Mais les choses étaient différentes pour l’aîné de Ryon Allyrion. Elle ne savait pas encore réellement pourquoi et peut-être ne cherchait-elle pas à le savoir. Mais lorsqu’il la saluait, l’appelait ainsi, elle se sentait spéciale. Ce n’était pas son égo qui se trouvait flatté, mais bien autre chose. Ce simple détail était important à ses yeux.

« Ser Daemon, » répondit-elle sur le même ton, bien qu’il demeura trop joueur à son goût.

Elle avala la distance physique qui les séparait pour se planter devant lui. Il était grand. Bien plus grand qu’elle. La jeune femme dû légèrement lever le nez pour accrocher son regard azur. Malheureusement, l’espace qu’elle avait détruit en se rapprochant ainsi demeurait toujours entre les deux âmes. L’adolescente laissa un doigt courir le long de sa boucle d’oreille, sans détourner le regard du visage du chevalier. Il voulait jouer à cela ? Parfait.

« Vous êtes un cas à part, » reprit-elle. « Vous me faites appeler comme un chien auquel on aurait promis une récompense pour finalement m’accueillir d’un ton révérencieux et obséquieux. Vous n’avez donc pas oublié le protocole sur ce dernier point. »

Le vouvoiement n’était certainement pas de mise. D’ailleurs, elle le tutoyait depuis des années et l’exercice était bien étrange aujourd’hui. Pourtant, il la connaissait assez pour percevoir les intonations amusées dans ces paroles. Amusées, certes. Mais également terriblement tristes.

« Pourquoi es-tu venu ? »

Cette fois, son sourire n’avait plus rien de feint ni de sarcastique. Presque tendre, un brin embarrassé, il n’était apparu que peu de fois sur le visage de l’héritière de Dorne. Et Daemon Sand en avait probablement été l’unique témoin.



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MessageSujet: Re: Like fire and powder, which, as they kiss, consume | Daemon & Arianne   Sam 18 Mar - 22:50

Like fire and powder, which, as they kiss, consume

An 293 | Lune 1 | Lancehélion



Arianne Martell & Daemon Sand

Le Sand se tenait tranquille, d'une tranquillité froide et rigide qui contrastait avec la flamme caressante qui persistait à briller, lovée au fond de ses prunelles, tandis qu'il regardait la jeune femme.  Parcourant son visage de son regard, redécouvrant avec plaisir les traits affinés par le temps et l'éclat noir de ses yeux, il sentit sa main se refermer un peu plus sur la garde de son sabre.  Les années étaient passées. Mais, malgré toute la nonchalance qu'il affichait, il se sentait toujours comme un étranger, un inadapté, au creux des luxueux jardins florissants. S'il n'en éprouvait ni gène ni honte, le sentiment n'en était pas moins réel.
Elle ne se souvenait sans doute pas de ses premiers pas à la cours. Lui ne les oublierai jamais. Après toute une enfance de rigidité et de discipline, des années de sévérité, de dunes inhospitalières, de murs blancs et de vieilles pages il y avait soudain eu les couleurs de Lancehélion et du Palais Vieux. Ahurissantes, étouffantes, une explosion de charmes et de brillance d'une douceur telle qu'il s'en était senti agressé tant ses habitudes rustiques avaient été désarçonnées par le spectacle nouveau. C'était presque accroché au bras du Prince, transi d'effroi, qu'il avait traversé le bâtiment, posant autour de lui le regard d'une bête effarouché et sauvage que l'on aurait soudain posé dans un salon; et qu'il l'avait vue pour la première fois. Des rires brillants, puis la rumeur pressée d'une course légère et acharnée. Au détour d'un couloir, le chevalier et son écuyer s'étaient presque faits bousculer par deux petites furies, qui, non contentes d'avoir décroché un regard furieux de la part du jeune bâtard, avaient aussitôt échappé aux présentations que le frère de Doran aurait pourtant souhaité faire, déguerpissant en riant sans même paraître les avoir aperçus.  En avisant le jeune fillette aux cheveux pâles, il avait levé la main vers elle et s'était exclamé avec une affection amusée dans sa voix chantante: "Ma fille, Tyerne. Ah, vois comme elle court sans regarder son père! " Et, lorsque Daemon l'avait interrogé sur l'identité de la petite fille replète avec qui elle jouait, de lui répondre avec une lueur malicieuse fleurissant dans son regard de vipère alors que les deux enfants disparaissaient dans le dédale de mosaïques. "Elle?" Avait-il dit, "C'est la Princesse." La simplicité de ses mots et la limpidité tranquille avec laquelle il les avait prononcé avaient marqué le Sand plus que de raison. Ainsi, jamais il n'avait prononcé son prénom à haute voix, pas avant, du moins, de se perdre dans la chaleur de ses bras satinés.
Désormais, les choses étaient bien différentes. De l'image furtive d'une fillette brune et de la fascination immédiate que son titre avait provoqué chez lui, le clouant alors sur place, il ne subsistait plus aujourd'hui que des souvenirs. La petite fille enrobée était devenue une jeune femme. La fascination s'était muée en une adoration muette et sobre. Tout chez elle lui semblait si douloureusement familier. De la manière dont ses boucles noires tombaient sur ses épaules à sa manie d'effleurer l'or de ses boucles d'oreille. Doran avait jeté à bas sa fierté. Le jour viendrait peut être où Oberyn ne ferait plus partie de sa vie. Mais elle serait toujours sa Princesse.

En l'entendant l'appeler "Ser", un rictus souleva un coin de sa bouche. Elle l'avait fait chevalier deux ans auparavant déjà, la nuit même où ils s'étaient tous deux persuadés qu'elle serait sa princesse et qu'il serait son prince sans que rien ni personne n'y put rien changer. Elle n'était pas la fille de Doran Martell, elle n'était pas la nièce de la Vipère Rouge, elle était Arianne,  Princesse de Dorne. Plus que tout au monde. Sa Princesse.
Récemment, d'ailleurs, certaines mauvaises langues s'étaient mises à susurrer qu'il avait moins été l'écuyer d'Oberyn que le valet de la Princesse. Et le silence de cette dernière quant à sa demande en mariage pour laquelle il ne l'avait nullement consultée empoisonnait son coeur d'une contrariété bien hypocrite quand on savait que lui-même avait renoncé à rechercher l'avis d'Arianne sur cette affaire. Par résignation, par fierté, mais aussi par peur. Daemon craignait ce qu'il pourrait entendre. Le père avait ri, imité par la cours qui se trouvait là. Un éclat de joie qui ne portait en lui pas une once de méchanceté, comme le rire que l'on offrait aux enfants qui ne comprenaient pas la portée d'une bêtise. Une allégresse insouciante qui avait laissé le bâtard silencieux, la bouche entrouverte et le visage blême, la gorge irritée par l'incompréhension puis serrée par le chagrin qu'il se refuserait de montrer, le coeur lourd et froid, fermé comme un tombeau.

Lorsqu'elle s'approcha de lui, il demeura parfaitement immobile, résistant aux impulsions contraires qui crispèrent un bref instant sa mâchoire. Il aurait voulu faire un pas en arrière. Il aurait aimé avancer la main pour imiter le geste de l'infante et frôler lui aussi le métal qui courait le long de son cou. Il y renonça. A l'image de ces deux années qui s'étaient écoulées, rien ne se tenait entre eux si ce n'était l'immense orgueil de Daemon. Rien n'aurait été plus difficile pour lui que de reconnaitre qu'il n'y avait pas une âme dans tout Dorne qui l'aurait empêché de retrouver le lit d'Arianne. Pas une, sauf la sienne. Emplie de doutes et de certitudes. Et sans doute aussi celle de la jeune femme, dont il percevait le malaise. Il se contenta de laisser son sourire se faire plus franc, découvrant finalement ses dents, devant l'attitude taquine de la brune, accusant tristement le coup sans le montrer alors que les paroles d'Arianne résonnaient dans son esprit d'un écho étrange. Il se rappelait de la moindre de ses intonations sans en reconnaître aucune. A ce moment là, il refoula au fond de lui l'impression glaçante d'être séparé d'elle par une vitre par quelques mots qui, il l'espérait, chasseraient vite cette sensation désagréable.

"Je t'ai fait appeler. Quant a rappliquer comme un chien, c'était ton initiative, pas la mienne. " sourit-il d'une voix chaude et posée.

Arianne n'avait pas tord. Mais cet échange étrange, entre familiarité excessive et protocole rigide, était si parfaitement assorti à leur incohérente relation qu'il y trouva malgré tout une maigre satisfaction. "Un cas à part". Ils l'étaient tous deux. Ces quelques mots qui auraient pu facilement l'offenser dans la bouche d'un autre réchauffèrent son coeur. Seulement, il ne put prétendre bien longtemps. Dans le sourire qu'elle lui adressa, il vit le douloureux reflet de sa propre solitude. Et les commissures de ses lèvres s’effondrèrent lentement. Son menton se baissa quelque peu. Son regard se ternit soudain.

"Je m'en vais. " souffla-t-il d'une voix plate. Il baissa les yeux. L'imminence de son départ semblait rendre Arianne plus belle encore à ses yeux et, déjà, son absence se dessinait dans sa conscience, replongeant le bâtard dans une humeur sombre et ombrageuse qui marqua instantanément son visage, durcissant ses traits auréolés de cheveux sombres.

"Ton oncle est prévenu. Ce soir, je ferai route avec lui jusqu'aux Jardins Aquatiques.  Puis je quitterai Dorne. " Il avait beau s'être convaincu qu'il arriverait à brider sa nature rustre, lorsqu'il releva les yeux vers elle, ce fut pour planter dans ses prunelles d'onyx un regard ardent et pugnace. Comme pour la défier. Bien qu'il fut envahi d'un grand calme, ses mots sonnaient sans doute plus durement qu'il ne l'aurait réellement souhaité, comme bien souvent avec lui.
Son refus comme son approbation heurterait son orgueil d'une égale manière, Daemon le savait d'avance, et sans doute était-ce pour cette raison qu'il se cabrait sans raison apparente à ce moment précis.  Il se redressa, et porta son poids sur sa jambe gauche, ce qui le fit se déhancher légèrement dans l'attitude nonchalante qu'il offrait généralement à ceux qu'il souhaitait contrarier, attendant sa réaction, le coeur serré de crainte et de détermination.  



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MessageSujet: Re: Like fire and powder, which, as they kiss, consume | Daemon & Arianne   Mar 21 Mar - 13:37

Like fire and powder, which, as they kiss, consume

An 293, Lune 1 - Lancehélion



Daemon & Arianne

Le ton sardonique aux accents irrités de la princesse de Dorne eut le mérite d’arracher un sourire contrit qui ressemblait presque à une grimace au jeune homme qui se tenait en face d’elle. Arianne ne sut pas vraiment comment l’interpréter. Se moquait-il ? Son beau visage avait toujours cet air las et nonchalant que seule la perspective d’ironiser parvenait à éclairer d’un sourire. Et elle détestait lorsqu’il s’amusait à la ridiculiser. Peut-être parce qu’il était le seul à oser le faire ouvertement. Il était spécial en bien des points. Mais finalement, elle l’aimait probablement également pour cette honnêteté froide qui ne la berçait pas d’illusions. Qui lui faisait ouvrir les yeux, quelques fois, bien que sa mauvaise foi ne lui faisait jamais admettre qu’il puisse avoir raison. L’héritière n’était encore qu’une adolescente tempétueuse qui n’appréciait pas d’être remise à sa place.

Alors que le jeune homme l’observait, chérissant ce silence dont il portait si souvent l’aura noble sur les épaules, son ancienne amante en fit de même. Le garçon mince et maladroit qui s’était empressé de la déshabiller pour partager pour la première fois sa couche il y avait des années était devenu un chevalier. Formé par son oncle, Oberyn Martell, il s’était évidemment mué en une des plus fines lames de Dorne. Après tout, il avait été l’écuyer de la Vipère Rouge. Bien sûr, des rumeurs avaient été chuchotées à ses oreilles. Il aurait été l’amant du frère du Prince. Les couloirs bruissaient partout de ces bruits et bien que l’adolescente ait tenté de ne pas y prêter attention, l’exercice s’était révélé impossible. Était-ce vrai ? Ou les gens se plaisaient-ils à se divertir avec des mensonges ? Elle l’ignorait. Mais personne ne pourrait jamais lui enlever qu’elle avait été la première à faire de lui un homme et qu’ils avaient été passionnés.
Elle aimait ses yeux bleus comme le ciel du désert et ses cheveux tantôt bruns tantôt châtains selon l’humeur du soleil qui venait jouer dans ses mèches. Depuis peu, il se laissait pousser une fine barbe qui suivait la ligne carrée et bien définie de ses mâchoires. Cependant, le creux de ses fossettes transparaissait encore derrière l’attribut masculin, réminiscence d’une enfance révolue dont Arianne se souvenait avec nostalgie.

Malgré la présence si proche de l’héritière, si proche qu’il pouvait sentir la chaleur de son corps et du soleil sur sa peau, il demeura de marbre, comme statufié. Ses sourcils se froncèrent légèrement, contrariés. En dépit de son jeune âge, la jeune femme était déjà familière à l’art de séduire un homme. Ses mains savaient se poser là où il fallait, à l’instant propice. Les Sept avaient entendu ses prières puériles et avaient troqué ses rondeurs disgracieuses pour un corps sensuel aux attributs foncièrement féminins. Une poitrine voluptueuse, des hanches larges et un sourire enjôleur. Il ne restait plus rien de la fillette potelée. Comme il ne restait plus rien du garçon gauche en face d’elle.

Finalement, son rictus se transforma en un sourire plus sincère et la princesse y répondit bien vite. Mais les mots qui sortirent de sa bouche fanèrent bien vite le ravissement sur le visage brun de la jeune femme.

« Je ne me rappelle plus si je t’aime ou te déteste pour ton impertinence, » soupira-t-elle, feignant l’ennui.

Pourtant, il la connaissait assez pour deviner qu’elle avait été vexée. Certes. Mais encore une fois, elle luttait contre ce sentiment tout particulier qu’elle éprouvait lorsqu’il se permettait de dépasser les limites invisibles que son titre avait tracé pour elle dès sa naissance. Personne n’osait jamais. Personne sauf lui. Elle ne comprenait pas encore ce paradoxe qui la saisissait et elle en était agacée.

L’échange joueur où se mêlaient habilement fierté, embarras et moqueries prit pourtant fin avec l’effondrement du visage du Bâtard de la Grâcedieu. Le rare et léger sourire qui s’était installé sur ses lèvres s’envola en un clignement de cils et Arianne se demanda un instant si elle ne l’avait pas rêvé. Inconsciemment, elle avait tellement souhaité revoir ses fossettes qu’elle s’était imaginée ce mirage chaleureux.

Je m’en vais. Ses épais sourcils se froissèrent d’incompréhension. L’avait-elle offensé par ses mots pour qu’il décide de quitter le Palais Vieux ainsi ? N’était-il pas venu pour lui dire quelque chose ? Cela avait-il si peu d’importance ?
Mais il ne tournait pas les talons pour quitter les jardins dont les orangers aux branches lourdes d’agrumes répandaient un parfum doucereux et amer.

La fille de Mellario ouvrit la bouche, mais fut coupée dans son élan par les explications laconiques de son premier amour qui eurent l’effet d’un pieu qu’on lui aurait planté dans le dos.

« Quitter Dorne ? » s’étonna-t-elle d’une voix brusque. « Mais enfin, pourquoi ? »

Elle ne parvenait pas à saisir le concept. Il était né, avait grandi et était devenu chevalier dans le désert. Sa vie était ici. Se moquait-il encore ? Mais la détermination et la lueur ardente qui faisait briller ses prunelles d’une lueur inconnue encore lui prouvait le contraire.
Une peur sourde et confuse l’envahit soudain. Je m’en vais. Il partait loin de Dorne, loin de la Grâcedieu, loin de sa famille. Loin d’elle.

« Pour aller où ? Goûter les mensonges de l’Ouest ? La luxure et les catins du Bief ? Les terres pluvieuses de l’Orage ? Les paysages désolés du Val ? À moins que cela ne soit pour voir les éléphants d’Essos ? »

Ses joues s’étaient empourprées d’une vive couleur rouge. D’ailleurs, elle sentait sa peau brûler sous l’afflux soudain de sang, agrégation plaquettaire symbole autant de sa surprise que de son esprit abasourdi.
Il y avait un certain dédain dans sa voix, une condescendance dont elle n’avait jamais fait preuve face au fils de Ryon. C’était une lubie. Rien de plus. Un caprice d’enfant qui souhaitait vivre de palpitantes aventures comme pour ne pas faire mentir les histoires chantées par les bardes à propos des chevaliers. Était-ce à cause de ça ? Car il était devenu chevalier ? Daemon n’était pas si sentimental ni si romantique. Il n’avait que faire de tout cela. Arianne le connaissait assez pour savoir qu’il n’y avait plus une once de rêverie dans ses yeux pâles et incroyablement durs. Du moins, pensait-elle le connaître.
Ou alors, voulait-il prouver sa valeur ? Pouvoir décoré son pourpoint de nouveaux galons ? Avait-il tant soif de gloire ? Avait-elle été aveugle ?
À cause d’elle, dans ce cas ? D’elle et de Doran ? Son père avait-il tant piétiné son orgueil ? C’est un bâtard, il aurait dû savoir, il aurait dû savoir… Mais elle était bien une princesse, elle, et elle y avait cru. Les interrogations se multipliaient, mais tout la ramenait pourtant à la même question.

« Pourquoi ? » répéta-t-elle.

Les consonnes résonnèrent dans la quiétude des jardins alors que l’héritière en détachait bien chaque syllabe.
Enfin, elle avala le dernier espace entre lui et elle pour venir serrer sa main droite sur son avant-bras. Depuis quand ne s’étaient-ils pas touchés ? À travers le cuir rugueux de son manteau gorgé des rayons de l’astre solaire, elle s’imaginait sentir sa peau, sa chaleur et la chaire contre laquelle sa bouche s’était autrefois posée.

« C’est à cause de moi ? »

Les mots manquèrent de rester au travers de sa gorge serrée, entonnoir déconcertant qui l’étouffait. Sa langue demeurait lourde, spatule de bois rigide qui manquait de l’étrangler.

Son âme égocentrique voyait cette explication comme la plus plausible. Et elle priait pour que la réponse à cette question soit autant « oui » que « non ». Non, car elle ne voulait pas être la source de ce départ inopiné qui la terrifiait soudain. Le plus de la culpabilité serait trop lourd pour elle. Oui, car elle voulait encore avoir cette importance, cette place particulière dans le cœur du bâtard. Être la femme qui motivait l’éloignement. Elle voulait qu’il la regarde encore avec ces yeux voilés de plaisir, comme le jeune garçon qu’il avait été. Elle ne voulait plus de cette froideur qu’elle repoussait et qui l’attirait cependant.
Arianne voulait encore se rassurer de cette emprise qu’elle avait eue sur lui. Et elle voulait se rassurer de l’emprise qu’il avait toujours sur elle. Marionnettes fantoches dont tous les deux pensaient diriger les fils.




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MessageSujet: Re: Like fire and powder, which, as they kiss, consume | Daemon & Arianne   Jeu 6 Avr - 14:47

Like fire and powder, which, as they kiss, consume

An 293 | Lune 1 | Lancehélion



Arianne Martell & Daemon Sand

Le ton brusque, la mine sombre, et l'insulte au bout de la langue, sa princesse était vexée. Et elle le fut doublement en comprenant ce qui l'avait encouragé à la retrouver au milieu des jardins. Ses sourcils noirs étaient froissés de contrariété, peignant sur son visage l'expression fâchée qu'il lui connaissait tandis qu'il se contentait d'afficher un air renfrogné qui masqua le sourire que la malice lui inspirait. Sous ses yeux, l'attitude de la brune changea du tout au tout, révélant une nouvelle fois à son coeur la nature changeante de son ancienne amante. Aussi chaleureuse que le soleil qui se pavanait paresseusement sur ses armoiries l'instant d'avant, elle dardait désormais sur lui des prunelles noires aussi tranchantes que la lance dont il était percé.  Drapée dans ses soieries chatoyantes, la jeune femme ne chercha même pas à camoufler sa déception ou sa surprise, ce dont le bâtard eut pourtant du mal à se réjouir ainsi qu'il pensait devoir le faire.   Daemon la regardait sans dire un mot. Il ne répondit pas à ses premières interrogations, ni aux accusations fielleuses qui suivirent et qui coulèrent de ses lèvres comme du venin. Son poing se resserra. Bien qu'il devina clairement que ces mots étaient ceux du dépit, Arianne semblait si convaincue de son propre dédain que le Sand en sentit son orgueil éraflé. Ses traits l'accusaient d'une expression sévère et hautaine, conforté dans les reproches silencieux qu'il lui faisait depuis plusieurs mois maintenant. En voilà un caprice, se laissa-t-il penser, égoïste et ironique, en se rappelant l'indifférence dont la Princesse l'avait gratifié deux ans auparavant, sentant aussi sa poitrine s'alourdir de tristesse malgré son application à l'ignorer.
Le comportement d'Arianne le décevait au moins autant qu'il le rassurait. Il y retrouvait la beauté puérile qu'il avait aimé en elle lorsqu'il l'avait vue les premières fois, et y rencontrait aussi l'inconstance infestée de manipulation qui le poussait à la méfiance alors qu'il contemplait le moindre de ses gestes. Pour ce qu'il en savait, la fille de Doran pouvait aussi bien lui reprocher sincèrement son départ comme elle pouvait lui faire comprendre qu'elle était vexé qu'il ne fut pas simplement venu pour ses beaux yeux. Et dans la main qu'elle posa doucement sur son bras, il espérait secrètement que ce ne fut pas là un autre zeste de ce jeu qu'elle se plaisait à user sur tout son entourage, encourageant les sentiments à son égard, flattant sans jamais rien dire de sincère, accordant plus qu'elle ne donnait jamais vraiment. S'il resta de marbre, le contact de ses doigts lui laissa un drôle d'engourdissement dans son avant bras. Il s'en serait bien débarrassé en le frottant de sa main mais il s'aperçut soudain qu'il craignait de toucher la peau de la jeune fille. Un court instant, le trouble qui l'avait saisi en apercevant lors de ses débuts à la cour la Princesse et ses cousines jouer nues dans les bassins retrouva le chemin de ses souvenirs. Lui aussi, alors, venait de Dorne; mais il venait d'un endroit où les femmes ne se baignaient pas ou alors toutes habillées de robes noires. A l'image des aspics, elle s'était sans doute moquée de sa pudeur, dépourvue ou non de la méchanceté qui caractérisait les enfants et dont le bâtard avait si souvent pris ombrage par le passé. Depuis, il s'était fait à la vue des corps nus des jeunes femmes qui batifolaient aux jardins aquatiques dans l'eau fraîche des fontaines. Cependant, comme elle venait de le prouver à l'instant, Arianne n'avait jamais eu besoin de se déshabiller pour le mettre mal à l'aise. Sa voix avait été vibrante. Il avait vu les aveux trembler sur ses lèvres.
Dans le silence qui suivit ce simple mot presque suppliant, la glace de son regard fondit quelque peu. C'était à son tour d'être surpris par cette sincérité rare qui transparaissait derrière la question qu'elle lui posait. Le brun déglutit. Soudain hésitant sur la réponse qu'il devait lui donner, il se concentrait autant sur la chaleur que faisait naître dans sa gorge l'authenticité de la Princesse à son égard que sur celle qu'il ressentait au travers de son vêtement, là où la main de cette dernière s'était posée. Puis vinrent les quelques mots qu'il craignait d'entendre, et qu'il attendait pourtant avec une patience résignée. Aussitôt, il se maudit d'avoir failli céder au caprice de la jeune femme tout en se félicitant de n'en avoir rien montré, ou du moins, rien qui fut trop évident à son goût. Il se renfrogna de plus belle, et ses yeux pâles semblèrent devenir plus sombres encore que le tissus dont il était vêtu, perdus au milieu de sa mine fermée. Ses épaules s'affaissèrent dans un  soupir exaspéré qu'il retint de passer ses lèvres; et son regard jusque là froid se mua en une cascade bleue de désapprobation.

" Si j'avais su que tu allais pleurer mon départ, j'aurai attendu que la court soit là pour nous voir." lâcha-t-il d'un ton dur et cynique qui accusait la Princesse de son égocentrisme autant que le mélodrame dont elle souhaitait visiblement marquer cet instant. Un autre jour, peut-être, en d'autres circonstances aussi, cette remarque aurait-elle été ourlée d'un sourire et ils auraient ri ensemble comme autrefois. Mais c'était un jour différent. Il avait décidé qu'il ne flancherait pas. Ses mots, même  effrontés, sonnaient faux sur sa langue. Ils avaient le goût âcre des paroles dictés par un étranger.  
 S'il se persuadait facilement qu'en deux ans il avait mûri, il constatait que la brune n'avait guère changé. Et cette idée ne le porta pas à la colère, mais vers une tendresse qu'il choisit de ne pas révéler. Presque frère et soeur, ils n'avaient pas eu besoin de se parler beaucoup pour se connaitre. Il ne se souvenait pas lui avoir fait la court d'une quelconque manière que ce fut. Daemon l'avait aimée timidement, de loin, sans oser le dire. Il était né sur un chemin soulevé de poussière rouge à la lisière des montagnes, quelque part à Dorne. Elle était née dans un palais serti de mosaïques, entourée du parfum du jasmin et des orangers. Et, pourtant, il se sentait plus proche d'elle qu'aucun autre de ses amis. Il la comprenait, et savait prédire ou interpréter la plupart de ses attitudes comme il l'aurait fait d'une soeur, se moquant d'elle et de ses caprices sans la juger mais sans se priver non plus de le lui faire comprendre.
Rien n'était plus frustrant pour sa fierté que de constater comme il se sentait complet en se tenant à ses côtés, malgré l’égoïste petite fille trop gatée qu'elle lui semblait être à cet instant. Jamais il n'avait mieux eu  la sensation d'être là où il devait être qu'en partageant son lit et en la regardant simplement dormir, sa chevelure corbeau étalée sur les oreillers.

" Tu en fais un peu trop, tu ne crois pas?" Poursuivit-il après avoir laissé planer un silence pesant et bref. Son ton était sévère, mais chaud d'une moquerie bienveillante.

Trop de questions pour quelqu'un qui n'a pas levé le petit doigt lorsque Doran m'a tourné en ridicule devant toute la court, ne put-il s'empécher de penser, quelque peu amer. Que voulait-elle réellement? Qu'il resta purement et simplement, avec elle? Qu'il tomba à genoux pour qu'il avoue à quel point son amour inaccessible lui faisait perdre l'esprit tandis que ses mains agripperaient férocement aux voiles de soies de sa robe? Sans doute les deux à la fois, il le devinait bien. Le ton de sa voix, sa main posée sur son bras comme un oiseau, sa mine déconfite, tout en elle lui réclamait cette dévotion ridicule et trop démonstrative. Elle aurait du savoir pourtant qu'il était incapable de s'abaisser au jeu de flagornerie que livraient ses autres prétendants qui s'étaient multipliés ces dernières années, et il la soupçonnait de le savoir mais d'espérer que, pour elle, il le ferait.  Tu exiges, tu obtiens. Mais pas de moi, Princesse. l'assura-t-il d'un regard calme avant de détacher ses yeux d'elle.

" Et pourquoi pas quitter Dorne? " lança-t-il d'une voix claire et plate tandis qu'il se mettait en mouvement, choisissant de poursuivre cette discussion en marchant, échappant par là même à la main de la Princesse dont il se dégagea comme si elle lui était importune." Je l'ai déjà fait, à plusieurs reprises! Et tu n'as jamais fait un caprice comme celui-ci." Ce constat le laissait dubitatif.

Tandis qu'il se dirigeait vers un oranger d'un pas lent et décidé, il lui jetait un unique coup d'oeil interrogatif et froid, ne s'attendant pas réellement à ce qu'elle lui répondit. A dire vrai, il était fatigué du parfum entêtant des parterres fleuris du fief Princier. Il aurait voulu respirer l'odeur légère et boisée des vergers de la Grâcedieu, les relents humides de la Sang-ver, et celle des sables brûlants, et il aurait souhaité les humer à nouveau avant de partir mais le bâteau qui devait lui faire traverser la mer de Dorne l'attendait sous deux jours ce qui lui interdisait tout détour. Cela ne l'empécha pas de lever le bras pour cueillir une orange sanguine qui lui semblait mûre. Il l'emporterait pour son voyage, bien qu'il ne douta pas qu'Oberyn aurait déjà prévu de le charger de victuailles quand il partirait. Ill reprit d'un ton bourru et sans la regarder:

"Certes j'accompagnais ton oncle, mais je crois pouvoir suivre seul une route pendant quelques temps sans crever sur le bord du fossé." Ses lèvres se pincèrent tandis que son visage rembruni trahissait enfin ses émotions d'une mine maussade. Depuis quelques temps, on disait avec de plus en plus d'assurance que le bâtard de la Grâcedieu vivait suspendu aux richesses et aux largesses des Martell. Cette rumeur était loin de lui plaire, et entendre Arianne réprimander sa décision comme elle l'aurait fait d'un gamin qui voulait partir seul dans le désert l'inquiétait d'autant plus. Il craignait en effet que les piques de la princesses ne furent rien d'autre qu'un reflet de ce que tous pensaient sans oser lui dire en face. De la méfiance de tels on-dit était né un désir, et du désir une volonté de fer avait fleuri lui soufflant avec assurance qu'il devait faire un bout de chemin sans eux pour le chaperonner ou l'auréoler de leur nom Princier. Il ignorait combien de temps, combien d'années, il passerait loin de sa contrée natale. Cette idée, bien qu'il ne l'avouerait pas facilement, serrait sa poitrine d'une angoisse glaciale. Et s'il ne cédait pas à ses craintes c'était car il avait l'intime conviction qu'il y retournerait un jour, en étant -il l'espérait- un peu plus que ce qu'il était aujourd'hui.




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