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La Gazette pour les lunes 7 & 8 est disponible par ici Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion) 3725701551
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 Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion)

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MessageSujet: Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion)   Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion) EmptyJeu 25 Aoû - 12:54

Le Rouge et le Noir

An 300 Lune 7 semaine 2



Valena&Daemon

La jument renâclait devant le courant qui faisait rouler les galets au fond du torrent, secouant sa lourde tête et ouvrant de grands yeux butés sous sa crinière noire.
"Shh shhh, ma belle. Reste tranquille". La voix douce de son cavalier parût résigner un instant le cheval qui se tint dès lors plus calmement. Malgré l'obscurité, Daemon pouvait voir le givre qui commençait à s'installer sur l'herbe humide alors que les ronflements de la jument troublaient la quiétude relative des sous-bois. Ses jambes baignaient dans le courant glacé. Régulièrement, l'animal ornait le soir de sa propre symphonie lorsque son lourd sabot faisait cogner et dégringoler des pierres sous elle, ou que simplement l'envie de donner un coup dans l'eau avec un antérieur lui prenait.
Imperturbable malgré la taille du palefroi, le Sand nettoyait sa robe sombre avec des gestes vigoureux et à l'aide d'une brosse improvisée constituée d'une poignée de paille sèche. Une brise charriant l'air froid du Nord secouait les hautes frondaisons des arbres du Bois. Le feuillage qui frémissait avait depuis longtemps déjà cédé sa couleur verte aux cramoisis et à l'ocre de l'automne, et les feuilles jonchaient les chemins ainsi que les prairies boueuses qui entouraient l'auberge. Quelque part derrière lui, un panache de fumée grise s'échappait de la cheminée de cette dernière, se mêlant paresseusement à la brume du soir qui remontait le long de rives sur les troncs. Bien que relativement grande, l'auberge était pleine à craquer et dans sa grande salle on  pouvait voir se méler  de grands seigneurs et de vulgaires marchands, des chevaliers errants et des Ladies de haute naissance. Pour la plus grande joie des uns, et le grand déplaisir des autres. On aurait dit que tout le Sud allait au Nord. Cet exode cependant n'avait qu'une seule raison d'être et tous les voyageurs avaient une même destination: le grand tournoi de Harrenhall. Cependant, si cette soudaine et impromptue mixité avait quelque chose de joyeux, elle ne durerait qu'un temps. Car si jongleurs et Lord avaient la chance-ou la consternation- de devoir se côtoyer l'espace d'une soirée, les moins vernis passeraient la nuit au-dehors, là, sur les berges de la rivière où il baignait son palefroi, puisque les chambres avaient été réservées aux clients les plus nobles. Certains de ces pauvres ères ronflaient déjà près du dornien et quelques uns posaient un regard envieux sur la jument qu'il brossait. C'était une bête splendide, à la robe rouge si sombre qu'elle en paraissait noire. Elle avait une encolure épaisse et des épaules fortes, son arrière main brillante d'eau laissait voir une musculature taillée pour les joutes. Bien qu'elle fut issue des écuries de la Grâcedieu, elle était le fruit de croisement entre une fine jument  de feu Lord Ryon Allyrion et d'un solide destrier des terres de l'orage; sa naissance n'ayant été appelée que par les seuls besoins du bâtard, puisqu'il avait longtemps été le seul homme de sa famille à courir les tournois. La baie n'avait gardé comme héritage du désert que ses jambes légère et agiles et sa queue, un panache de crin argentés qu'elle tenait le plus souvent relevée comme une bannière qui flottait derrière elle. Daemon ne la préparait pourtant pas pour lui étant donné que l'honneur de concourir pour la maison Allyrion était revenu à son cadet. Bien qu'il n'eut pas caché sa jalousie, ne pas jouter et ainsi éviter de prendre le risque de s'empaler sur une lance en l'honneur de la Reine du Sud lui convenait. Mourir pour elle était bien la dernière chose qu'il entendait jamais faire.

L'eau froide glissait entre ses doigts, claire comme du verre elle paraissait noire alors qu'elle courrait sur les pierres qui tapissaient le fond de la rivière. C'était une sensation presque nouvelle pour lui qui avait du porter des gants durant près d'une année, alors que les plaies de ses doigts lui avait retiré toute sensation de toucher. Le luxe de cette peau nue qui caressait le pelage tiède de la jument il le devait à la même magie que celle qu'adoraient ceux qui avaient voulu le brûler vif, mais aussi -et surtout- au dernier homme auquel il pensait un jour être redevable: Cletus.
Daemon était bien des choses. Capricieux, ombrageux, fier, rancunier. Mais il n'était pas ingrat -bien que son attitude eut souvent le tord de prétendre le contraire. Or, c'était bien grâce à cet étrange don de son cadet qu'il pouvait à nouveau marcher d'un pas altier, et tenir une lance aussi bien qu'une épée sans grimacer de ses muscles qui étaient crispés, fanés par les flammes qui les avaient dévorés. Seules une cicatrice qui s'étalait sur son oeil gauche ainsi que les vestiges de la blessure de lame qui lui ceignait le flanc demeuraient. De cette guérison miraculeuse et mystique, l'empreinte de la magie avait dessiné sur son corps de fines lignes sombres qui s’épanouissaient en une arborescence de veinules semblables aux squelettes des feuilles sur ses bras, son torse et sa jambe. Alors qu'il débarassait la jument des dernières traces de poussière, son regard s'arrêta quelques instants sur le dos de sa main. Ainsi observée à l'orée du bois en cette soirée d'automne, on aurait pu croire qu'il avait simplement une peau diaphane ou encore des veines très marquées. Cletus avait fait cela. Comment? Il n'en savait trop rien, et n'avait rien voulu savoir. Malgré le mysticisme souillé de la marque du Dieu Rouge, le bâtard s'était enfermé dans son entêtement, préférant voir dans les pouvoirs de son demi-frère des capacités innées. Plutôt avoir un frère sorcier qu'être d'une quelconque manière que ce soit redevable à ce démon des flammes. Si cette guérison miraculeuse l'avait laissé coi, elle semblait pourtant n'avoir rien changé à sa relation avec le benjamin aux cheveux blonds. Mais un oeil plus avisé aurait décelé la lueur curieuse dans le regard du Sand lorsqu'il baptisait son frère de ce même regard froid dont il l'avait toujours gratifié, témoin discret d'un intérêt nouveau pour celui qui semblait ne s'être aperçu de l'existence de ce petit frère que très récemment. Le chemin vers l'entente était encore long malgré le miracle mais en cette fraîche soirée d'automne, il paraissait au Sand moins ardu que celui qui le mènerait vers la réconciliation avec sa sœur. Si seulement ce dernier existait.

Après avoir ramené la jument aux écuries -où elle demeurerait sous la bonne garde des soldats à la main d'or- le jeune homme rejoignit l'intérieur de l'auberge. Il ne s'arréta pas au rez-de-chaussée, qui pullulait de monde dans une véritable cacophonie de discussions et de fumée de cuisines et entreprit de rejoindre l'étage. Au même titre que tous les autres Lords qui logeaient ici ce soir, Valena avait eu droit à une chambre où elle dormirait, gardée elle aussi par un couple de soldats. Daemon qui, contrairement à sa cadette, n'avait pas la chance de devenir sous peu une princesse de Dorne, devrait partager une plus modeste chambrée avec son jeune demi-frère. A cette annonce, le brun avait fait le dos rond et avait ravalé ses caprices, puis était allé noyé sa contrariété dans l'eau froide de la rivière du domaine de Bourgfaon. L'aubergiste lui jeta un regard biaiseux en remarquant ses hautes bottes grises et détrempées qui souillaient le parquet mais se retint de tout commentaire, empêchée sans doute par un petit Lord du Bief qui agrippa la plantureuse rousse par la manche pour lui demander de façon virulente pourquoi "ces saletés de Dorniens avaient une chambre et pas lui ni ses chevaliers". Ignorant les velléités de l'hargneux bieffois, il grimpa les escaliers quatre à quatre, avant de s'introduire dans une pièce d'assez belle taille, assurément une des chambres les moins pouilleuses de l'endroit. Pourtant, il retiendrait cette pique et ne la servirait pas à la silhouette qui se tenait là, devant lui, ainsi qu'il l'aurait fait quelques lunes auparavant.
Quelques pas félins supplémentaires lui permirent de mieux jauger l'appartement, mais il n'aurait su dire pourtant si en faisant cela il lorgnait plus les meubles que la jeune femme sur laquelle il évita pendant quelques instants de poser son regard.

Sur son visage s'épanouissait un étrange mélange de fragilité et de dureté lorsqu'il se tourna enfin vers elle et qu'il se forçait à constater une nouvelle fois qu'il n'arrivait pas à reconnaître la personne qui lui faisait face. Une constatation étrange, et frustrante, pour lui qui l'avait pris de haut si souvent jouissant de sa liberté en s'imaginant qu'elle serait à jamais inchangée.
Avait-il jamais réellement été présent face à elle? Son esprit vagabondait toujours ailleurs, vers la gloire souvent, vers l'extérieur des murs de la Grâcedieu, toujours. Il passait en coup de vent. A chacune de leurs rencontre lors de son écolage, Valena avait du découvrir les changements de ce frère qui allait et venait tandis qu'elle, demeurait. Mais ce soir, c'était lui qui la découvrait. Encore. Cette femme qu'il contemplait avec une froideur quelque peu gênée comme seule celle dont il savait gratifiait les personnes qui lui était étrangères. Depuis la veille funèbre, ils n'avaient rien partagé. Les conversations avaient été succinctes et avortées, les repas, silencieux. Le Sand avait été franc avec elle, maintenant le temps était venu pour lui d'être honnête. Pourtant rien ne lui semblait plus difficile devant cette Lady qui portait les traits de sa soeur sans plus dégager l'aura fougueuse dans laquelle il l'avait toujours connue. La Lady de la Grâcedieu était à quelques pas de lui. Il n'y avait aucune trace de sa soeur.
Ne s'inquiétant pas plus que nécessaire de son intrusion dans l'antre de la Lady, il décida de rompre le silence."Tu n'es pas descendue pour le diner" devina-t-il sur un ton qui flirtait entre le reproche et la moquerie en avisant un plateau garni. Il piocha un fruit dans une coupelle posée sur le guéridon et croqua nonchalamment le raisin tout en posant son autre main contre sa hanche drapée du sombre cramoisi des Allyrion. Il n'était évidemment pas venue s'enquérir du repas de l'héritière de Ryon. Comme tout esprit impetueux, il se mefiait de ceux qui se taisaient trop, aussi le nouveau comportement de sa soeur ne lui plaisait guère et le rendait mal à l'aise ce qui avait tendance à tuer sa spontanéité dans l'oeuf et à le braquer. Parfois, il avait l'impression qu'ils ne parlaient même plus la même langue. "Les charmes de l'orage ne t'ont pas séduite, on dirait. Comptes-tu t'isoler ainsi jusqu'à Harrenhall?" Il avait passé son adolescence sur les routes en compagnie du Prince mais ce voyage ne ressemblait en rien à ces pérégrinations passées. Entre son frère qui s'isolait de plus en plus souvent, et Valena qui s'était refermée comme un huitre... Le Sand était parfaitement indépendant, mais après presque trois semaines de chemins parcourus à cheval dans un silence presque parfait, sa patience était poussée à bout. Il avait conversé avec des chevaliers errants, avait retrouvé des hommes qu'il avait connu écuyers et avec qui il avait partagé son repas de ce soir, il pouvait parler à des étrangers, aux soldats de sa soeur, mais le mutisme de sa fratrie avait fini par lui peser plus qu'il n'aurait pu s'y attendre. Pourtant, l'ennui n'était pas le premier facteur qui l'avait poussé à rendre une visite impromptue à la brune vêtue de noir.

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Valar Dohaeris

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MessageSujet: Re: Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion)   Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion) EmptyVen 26 Aoû - 12:39

Le Rouge et le Noir

An 300 Lune 7 semaine 2



Valena&Daemon

« On raconte que la neige poisse déjà le sol jusqu’à Beaumarché, m’lady. »

L’homme impassible se tenait bien droit devant elle. Il tapota du doigt le nom du fief des Desdaings. Les yeux couleur de cendre de Valena ne se levèrent pas vers lui et demeuraient fixés sur la grande carte de Westeros. Elle réprima un frisson alors qu’elle contempla la proximité de ladite neige avec Harrenhal.  Peut-être verrait-elle ce tapis immaculé pour la première fois lors des festivités. Le lac de l’Oeildieu aura probablement eu le temps d’être recouvert d’une croute glacée. Cela signifierait qu’il ferait alors encore plus froid qu’ici, au cœur des Terres de l’Orage. Cette fois, elle tressaillit et les cheveux noirs de sa nuque se dressèrent. Pouvait-il réellement faire plus froid ? En quittant le désert baigné de soleil et de chaleur de Dorne, jamais elle n’avait imaginé que l’hiver était venu si vite et frappait si durement le Nord. Lorsqu’elle avait reçu le corbeau blanc tout droit venu de la Citadelle, annonciateur de la saison des morts, elle avait eu un petit rictus. Qu’ils grelottent tous par-delà les Montagnes Rouges. Qu’ils meurent de faim. Qu’ils se rongent les doigts et les chaires. Qu’ils manquent de bois. Qu’ils grelottent dans leurs grands châteaux gris où les feux de cheminée mourraient. Qu’ils se serrent les uns contre les autres en quête de tiédeur. Cela n’était pas son problème.

Mais finalement, cela l’était devenu lorsqu’elle avait reçu cette invitation à fêter naissance et anniversaire dans le Conflans. Convier tout Dorne, alors que la région était indépendante, à célébrer un prince et une princesse Targaryen restait une bien étrange manœuvre politique pour la jeune femme. Cependant, elle y voyait une volonté de Rhaenys Targaryen à renouer avec le Sud de Westeros. Que ce soit pour une simple raison sentimentale expliquée par ses origines maternelles ou une finesse diplomatique, la Lady ne s’y rendait certainement pas pour se faire voir ou pour les beaux yeux des dragons. Elle n’avait accepté l’idée que pour pouvoir parler une dernière fois de son père avec la souveraine et lever le voile sur ses dernières machinations ainsi que sur les circonstances exactes et détaillées de sa mort. Peut-être en profiterait-elle pour aborder le sujet du Bief et de son indépendance ainsi que des relations avec Dorne. Rien de plus, rien de moins.
Après un instant silencieux de réflexion, elle ferma les yeux en expirant.

« Il semble donc que nous ayons bien fait de prendre autant de provisions. La dernière chose souhaitée serait que nous restions bloqués à cause de l’hiver. »

L’intendant compris avec cette phrase qu’il pouvait s’éclipser. Avec un hochement de tête respectueux, il se retira, laissant Valena en tête à tête avec sa carte, les comptes rendus des éclaireurs et sur les documents recensant les stocks de vivres. Le feu brûlant dans son dos n’arrivait pas à pleinement la réchauffer. Elle avait soif du soleil du désert.
Chaque soir, elle remplissait des pages et des pages répertoriant les dépenses de la journée et les imprévus lui ayant coûté, tout en calculant le temps de trajet restant. Pour l’instant, les choses coïncidaient. Ils ne manqueraient de rien. Satisfaite, elle ne leva pourtant pas le nez des dossiers et pris à bras le corps les problématiques du retour. Il fallait bien commencer et elle ne comptait pas s’y mettre à Harrenhal où elle aurait probablement d’autres chats à fouetter.
Le voyage du Conflans jusqu’à la Grâcedieu serait autrement plus périlleux. La neige aurait gagné du terrain, rendant certaines routes et certains chemins impraticables. Le trajet devrait s’avérer aisé jusqu’à Port-Réal puisqu’ils bénéficierait de l’entretient de la Route Royale, mais une fois les Terres de la Couronne dépassées…

Avec un long soupir, elle s’étira de tout son long. Ses vertèbres craquèrent et son dos engourdi gémit. Elle grimaça en se massant les épaules. Rester percher des heures sur une selle l’avait épuisée et cassée en deux. En devenant Lady, elle n’avait pas appris à aimer les équidés. Dangereux aux deux extrémités et inconfortables sur le dessus, comme elle le disait si bien.

Un toc-toc pressé lui fit paresseusement lever les yeux de ses comptes. Une petite domestique replète pénétra dans la pièce, apportant avec elle les exclamations joyeuses et bruyantes de la grande salle de repas de l’auberge. Au froncement de sourcils de la fille de Ryon, elle s’empressa de refermer la porte derrière elle. Valena avait besoin de calme pour réfléchir et ne souhaitait certainement pas se mêler avec la plèbe qui avait envahi les lieux. Lorsqu’elle était rentrée pour la première fois dans la taverne, il lui avait semblé avec donné un coup de pied dans une fourmilière grouillante et dépareillée. Roturiers, marchands et nobles se mêlaient dans une harmonie toute particulière. Autrefois, elle aurait été tentée de s’y inviter et de discuter avec des voyageurs ou des étrangers, avides de connaître leurs aventures et leurs vies. Peut-être même s’y serait-elle projetée quelques instants. Elle aurait probablement dansé au son des instruments bruyants et serait descendue pour dîner en charmante compagnie. Pendant ce temps là, son père se serait isolé, la tête dans ses papiers et elle n’aurait pas compris pourquoi il ne venait pas profiter de l’ambiance festive de l’auberge.
Mais aujourd’hui, Ryon Allyrion n’était plus là et elle occupait sa place sans se plaindre. La jeune femme comprenait aujourd’hui les soucis que traînait son géniteur à chaque départ et pourquoi il préférait rester dans son fief plutôt que de courir le monde. Elle avait plusieurs dizaines de vie sur les bras et elle ne se pardonnerait pas de faire la moindre erreur.
Un raclement de gorge la fit revenir à elle. Elle avait complètement oublié la présence de la servante.

« Lady Allyrion, vous n’êtes pas venue dîner… Voilà donc de quoi vous sustentez si la faim venait à tenailler votre estomac… »

La pauvre fille était d’une timidité rougissante alors qu’elle présenta devant elle quelques coupes de fruits et une assiette d’un gruau étrange sur un plateau. Valena sourcilla.

« Si je ne suis pas descendue, peut-être est-ce simplement car je n’ai pas d’appétit. »

La domestique blêmit et entreprit d’ouvrir la bouche, mais la Lady leva la main pour lui signifier de se taire.

« Pose donc ça là, » dit-elle en montrant un coin de table. « Tu remercieras l’aubergiste pour moi. »

Elle s’exécuta sans demander son reste et disparut comme une ombre dans le couloir, accompagnée des cris et du brouhaha.

Sans envie, l’unique fille des Allyrion toisa la nourriture avant de secouer la tête. Des oranges, du raisin et des pêches dans les Terres de l’Orage au beau milieu de l’automne ? Ils venaient certainement de Dorne. Elle se ressaisit de sa plume et traça d’une écriture rapide et nerveuse les dépenses de la journée.

Le son du chahut emplissant ses appartements lui signifia que l’on ouvrait encore la porte, cette fois sans s’être annoncé. Prête à rabrouer la serveuse, elle leva les yeux, exaspérée.

Daemon, de sa démarche féline et élégante, était entré sans un bruit. La mâchoire de sa sœur se crispa. Ses bottes crottées et puantes, pleines de boue et de foin, laissaient de grandes traces noires sur le parquet déjà mal en point. Valena l’ignora et replongea dans ses documents. Elle n’avait pas envie de voir ce visage redevenu familier et dont la peau était désormais débarrassée des meurtrissures laissées par les flammes. Elle ne voulait pas voir les veines noires et grotesques qui zébraient sa peau redevenue blanche et saine. Elle ne voulait pas voir les dons de Cletus, ces dons qu’il lui avait cachés. D’ailleurs, ni l’un ni l’autre ne s’était présenté auprès d’elle pour l’informer d’une tentative de guérison. Enfin, elle n’en était même plus étonnée. Comme d’habitude, ils préféraient garder les choses pour eux, s’imaginant que cela n’aurait aucune répercussion. Ils voulaient jouer aux apprentis sorciers ? Qu’ils s’amusent. La Lady quant à elle devait réfléchir à comment elle expliquerait la guérison miraculeuse de son ainé auprès de Dorne. Car d’homme masqué, brisé et brûlé, son demi-frère était redevenu le chevalier élancé et fort d’autrefois. Loin de s’en cacher, il cherchait au contraire à l’afficher devant le plus grand nombre, en s’invitant au tournoi d’Harrenhal avec les Allyrion. Cela ne lui posait aucun problème. Se demandait-il comment Dorne et les Martell réagiraient lorsqu’elle annoncerait que son petit frère était allé à Volantis pour apprendre auprès des prêtres rouges ? Elle ne portait pas cette religion sanglante dans son cœur et son sentiment était partagé par la plupart des nobles de la région.
Mais elle était encore plus déçue par son jeune frère qui d’ordinaire était si méthodique et réfléchit. Voilà qu’il agissait maintenant sur des coups de tête, testant son pouvoir comme s’il ne s’agissait que d’un simple amusement. Que se serait-il passé s’il avait échoué ? Elle n’en savait rien et soupçonnait son cadet de l’ignorer également. Aurait-elle perdu ses deux frères dans le processus ? Seraient-ils devenus des monstres ? Un pas de travers et cela aurait viré au désastre. Deria en serait probablement morte. Mais d’ailleurs, en récoltant certaines plaies et cicatrices appartenant à Daemon, ne s’était-il pas en un sens trompé ? De telles répercussions étaient sûrement loin d’être les plus lourdes. Or, elle n’arrivait pas à digérer autant d’inconscience.
Elle qui n’avait jamais vraiment cru à la magie, voilà qu’elle devait avaler coup sur coup l’existence d’un dragon et d’un prêtre rouge dans sa famille. Les choses ne pouvaient aller mieux. Vraiment, elle était arrivée à un point où sa propre mère pouvait bien lui annoncer qu’elle était en réalité une dothraki que cela ne l’aurait même pas surprise. De ressasser tout cela lui laissa un goût de bile amère dans la gorge.

Elle sentait le regard bleu du bâtard l’observer. La jeune femme serrait les dents, luttant contre son agacement. Était-il venu ici pour parader ? Pour faire le beau ? S’entraîner à montrer son nouveau visage avant Harrenhal ?
Faisant mine de rien, elle continuait d’écrire les chiffres avec application, tournant page après page. Elle s’obligeait à se moquer de sa présence, prétendre qu’il n’était pas là, mais le bruit de ses bottes sur le sol et le poids de ses yeux sur elle étaient à deux doigts de la faire aboyer. Peu à peu, elle perdait sa concentration et elle ressentait poindre les fureurs légendaires de l’adolescente qu’elle avait été. Mais elle avait gagné en contrôle et s’obligeait à faire taire le volcan.
Il rompit le silence par une remarque banale et ridicule avant de se servir sans une once de gêne dans le dîner frugal de Valena. Ses doigts se serrèrent autour de sa plume et l’encre bava.

« Quelle sens aigu de l'observation, » lâcha-t-elle d’un ton détaché en tentant de rattraper ses ratures.

Il était certain que Daemon n’avait pas perdu ses yeux. Peut-être s’attendait-il à ce qu’elle lui discerne une médaille ou le félicite pour cela. Il sortit alors une énième banalité qui aurait pu la faire pleurer. Mais après tout, depuis la veillée funèbre, ils n’échangeaient que cela, des banalités. La Lady ne voulait plus rien avoir à faire avec lui. Avec lui ou avec Cletus. Elle ne se contentait que d’échanges minimes et obligatoires.

« Tu t’es amusé avec tes chevaux et tu viens désormais tromper l’ennui avec ta sœur. »

Ce n’était pas une question. Il ne faisait aucun doute que Daemon n’était dans ses pattes que pour la troubler dans son travail. Et vraiment, elle n’avait pas besoin de cela.

« Es-tu ici pour faire la conversation ? Tu m’ennuies. Va donc chercher quelqu’un d’autre pour t’occuper. Si tu n’as rien à me dire et que tu comptes rôder ici sans réel but, je t’invite à sortir, » trancha-t-elle d’une voix sans émotion.

Depuis ces neuf dernières lunes, elle ne lui avait jamais autant parlé qu’en ces deux petites minutes. Et cela était beaucoup trop à son goût. S’il n’avait rien à lui dire, l’inverse était également vrai. Il y avait bien longtemps qu’elle avait arrêté d’espérer échanger quoique ce soit avec sa fratrie.

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MessageSujet: Re: Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion)   Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion) EmptySam 10 Sep - 14:17

Le Rouge et le Noir

An 300 Lune 7 semaine 2



Valena&Daemon


Arpentant la chambre éclairée de bougies, le bâtard joignit ses mains dans son dos. Il ne lâchait pas des yeux celle-là même qui lui préférait une feuille de papier et un amoncellement de chiffres, et dont la voix ne reflétait rien d'autre qu'un mépris des plus soigné à son encontre. Les flammes qui crépitaient dans le dos de l'héritière projetaient des ombres sur le sol abîmé, dessinant dans le bois des reliefs et des ombres qui dansaient ensemble.
Lentement, un fin sourire froid se dessina sur les lèvres du Sand.
Le brun savait que son comportement irritait Valena, quand bien même elle s'efforçait de le dissimuler derrière cette façade de statue dont elle avait habillé son visage depuis quelques lunes. Un seul éclat dans son regard noir, un seul, lui avait permis de deviner qu'elle réprouvait le moindre des choix qu'il avait fait à son retour de Volantis. Il y avait lu la contrariété, cela il ne pouvait en douter. Quand à savoir si c'était encore les secrets ou sa guérison qui l'indisposait ainsi, il l'ignorait. Ce qui était certain en revanche, c'était qu'elle n'était guère emballée à l'idée de devoir supporter sa présence à ce tournoi. Le contraire l'eut étonné. Malgré cela, l'amertume de devoir subir la présence froide de sa cadette et imposer la sienne auprès d'elle demeurait supportable car depuis longtemps habituelle. Il s'était accoutumé au clivage qui les séparait désormais. Une bien triste vérité, à vrai dire, mais pas moins réelle. De l'indifférence appliquée, une absence plutôt qu'une présence, voilà tout ce qu'ils s'offraient l'un à l'autre.

Qu'est-ce qui l'avait empêchée de faire appeler son garde pour qu'il l'invita à sortir sur le champs et lui laisser la paix qu'elle désirait tant? La solitude devait lui peser, ou alors aimait-elle suffisamment le dédaigner qu'elle supporta sa présence quelques instants de plus. Alors plutôt que de s’éloigner sur son injonction, il s'approcha davantage de la table, s'amusant de sentir mieux l'énervement tapi dans la voix trop calme de la brune. D'une main nonchalante il se saisit d'une des feuilles qu'elle avait fini de barbouiller d'encre et se mit à en parcourir les lignes sans grand intérêt. Le venin dans les paroles qu'elle lui adressa ne faisait aucun doute. Malgré cela, il sourit sans que l'aigue-marine de son regard ne vint apporter la chaleur malicieuse qui habillait habituellement d'une lueur brillante son expression.

"Tu me détestes, n'est-ce pas?" sourit-il sans lâcher des yeux les chiffres et autres annotations ennuyeuses  écrites par la Lady.
Qu'elle le détesta désormais semblait communément admis parmi les gardes. Même Asmar n'avait osé s'interroger à haute voix sur le froid glacial qui régnait entre les deux ainés. Après tout, ce dernier avait assisté à la catastrophique veillée funèbre qui avait mené à cette scission. L'attitude du Sand avait fini de convaincre la Grâcedieu que ce sentiment était réciproque.
Il avait chevauché seul. Loin devant, loin derrière le convoi dornien, toujours de manière à retrouver leur trace, mais seul. Jamais il n'avait fait un étalage aussi excessif de cette liberté dont sa sœur était désormais dépourvue. Le but recherché n'était pas tant de la provoquer mais d'y trouver son propre plaisir et trotter derrière elle et ses soldats ne lui en procurait aucun. Les bois de la région étaient sombres et magnifiques. L'idée d'y chasser lui avait traversé l'esprit mais il n'avait pas concrétisé ce désir car les seigneurs de l'orage n'octroyaient guère le droit de donner la mort aux animaux de leur terre aux dorniens, à plus forte raison à leurs bâtards. Lors de ses pérégrinations un jeune  garde l'avait suivi. Par amitié, pour le protéger ou pour le surveiller, il n'avait pas réussi à le déterminer mais il soupçonnait que ce fût la main de sa sœur qui guida le soldat jusqu'à ses côtés. Le chevalier était trop fier pour admettre que l'omnipotence de l'héritière sur les terres de la famille Allyrion l'exaspérait d'autant plus qu'elle ne l'avait pour le moment pas invité à occuper la moindre fonction au sein de leur maison et ne semblait pas prête de le faire. Son propre comportement y était pour beaucoup, il le savait, et ne lui rendait pas la tâche plus facile. Puisqu'elle entendait gouverner seule, il lui laisserait tout loisir de le faire.

"Qu'est-ce que je dis, évidemment que tu me détestes..." reprit-il d'un ton trainant, comme s'il se parlait à lui-même, tout en rejetant négligemment le bout de papier sur la pile sur laquelle il l'avait pris.

Elle le détestait, et il savait très bien pourquoi. Hélàs, il n'était pas près de s'abaisser à lui donner des explications. Il ne lui demanderait pas de le pardonner. Jamais. Trop fier pour courber l'échine, et trop orgueilleux pour admettre ses tords, jamais il ne céderait à la facilité de tout laver par une supplication. Cependant, rien ne le retenait plus d'avouer, surtout pas maintenant que l'heure tant attendue de la confrontation avec la Reine du Sud approchait inexorablement comme l'ombre du soir. L'excitation presque agressive que cette perspective avait fait pousser dans le coeur de Daemon n'avait pas manqué d'inquiéter Harian, qui doutait des intentions du fils illégitime mais avait confiance en les capacités de Valena à contenir son encombrant demi-fère.
Il n'y avait eu qu'au passage de la voie qui parcourait les Montagnes Rouges que le bâtard avait soudain fait silence et s'était montré inhabituellement sage et calme. On cru sûrement qu'il s'enfermait dans le souvenir douloureux de sa mésaventure avec les adorateurs de R'hollor, mais en vérité c'était une tout autre affaire à laquelle il pensait et qui assombrissait son humeur. La gorge serrée, il n'avait pas lâché le moindre mot à la table des Ferboys.

Tournant finalement le dos à sa soeur il traversa la pièce pour rejoindre le guéridon où trônait le plateau repas laissé intact. Il se saisit de la anse de la carafe de vin, puis d'un verre pour se servir du liquide dont la robe était d'une teinte semblable à celle de son vêtement. "Entre mes chevaux et ma soeur, j'ai toujours eu le don pour passer le temps avec des bourriques. Tu devrais le savoir maintenant." Sa voix était neutre malgré l'insolence que l'on pouvait entendre chanter dans ses paroles. Il reposa délicatement la carafe sur le plateau.

Tout était en bois ici. Les orageois craignaient si peu le feu, ils aimaient tant leur pluie. L'odeur rance et piquante du vieux parquet, des poutres, lui prenait le nez à plus forte raison que les relents de cuisine qui provenaient d'en dessous, où les beuglements des clients résonnaient contre les murs, étouffés comme par de l'eau. Il avala une longue gorgée de vin avant de calmement se détourner du guéridon.
"Ne me congédies pas si vite, petite soeur." Il se dirigeait maintenant vers le lit de cette dernière, sentant le parquet crisser et craquer sous ses bottes. "Il se trouve, en effet, que j'ai quelque chose à te dire. Et ce quelque chose devrait t’intéresser même si je sens que cela ne va pas te plaire, je le crains.  Pas te plaire du tout, même!" Lâcha-t-il dans un souffle tout en s'allongeant à demi sur la couche de la Lady. Le baldaquin du lit était nu, la tenture ayant dû être dévoré par les mites et l'humidité depuis longtemps, laissant les colonnes de bois sombres sans aucun ornement. Il appuya son dos contre l'une d'entre elles, laissant sa jambe droite pendre sur le côté du lit. Son regard se tourna à nouveau vers la fille du Soleil Noir. Il haussa un sourcil et s'enquit d'un ton qui feignait la sincérité la plus innocente pour mieux appuyer sa moquerie:
"J'espère qu'il te reste encore un peu de bile à me cracher à la figure." Il fit jouer ses doigts sur la coupe qu'il tenait entre ses mains, réfléchissant à la manière dont il allait lui présenter la chose. Sa bouche se pinça un court instant dans une moue pensive et son regard se perdit dans la contemplation de la colonne qui lui faisait face ainsi que de la fenêtre qui se trouvait juste derrière.
"Te souviens-tu du pamphlet? Tu sais, celui sur ta Reine..." Son ton était détaché, presque ennuyé jusqu'à la prononciation dédaigneuse des deux derniers mots qu'il avait appuyé d'un mépris bien senti. A l'étage en dessous un choc retentit, suivit par le raclement hasardeux de chaises violemment déplacées alors qu'une rixe venait manifestement d'éclater dans la salle commune.

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MessageSujet: Re: Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion)   Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion) EmptyMar 4 Oct - 22:59

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Valena&Daemon

Le cuir de ses bottes boueuses faisait grincer le parquer humide sous ses pas. Les yeux rivés sur la silhouette tranquille de son frère, Valena était résolue à ne pas baisser les yeux. Il avait cette manière de marcher, comme si tout lui appartenait, qui la mettait hors d’elle. Ces derniers temps, les contacts physiques avec la Lady de la Grâcedieu s’étaient limités, probablement en raison de son rang. Les domestiques osaient à peine l’effleurer lorsqu’elles l’assistaient dans la tâche matinale ô combien ennuyeuse consistant à la vêtir. Si elle s’était agacée au départ, haranguant à qui avait le malheur de faire attention à ses gestes qu’elle n’était pas en sucre, elle s’était finalement faite à ce nouvel espace vital fait de révérences et d’écarts honorables entre ses interlocuteurs et elle. Comment aurait-elle pu imaginer, elle, l’enfant souillon jouant dans le sables avec les enfants des cuisiniers, qu’elle deviendrait cette statue de sel intouchable ?
Pourtant, le bâtard semblait se contreficher des distances acceptables et enfonçait chacune des barrières inexistantes que la jeune femme avait contentieusement dressées comme si de rien n’était. Et cela avait le don de lui chauffer les nerfs.

À mesure qu’il s’approchait, la brune sentait le moindre de ses muscles se figer et son visage se crispa en un masque de colère froid et mauvais. Ses doigts se serrèrent si fort autour du corps pâle de la plume que la peau en blanchi. L’oncle de son index s’enfonça dans la peau de son pouce si fort qu’elle en grimaça presque. Les poils de ses bras et les cheveux sombres de sa nuque se hérissèrent lorsque sa patte nonchalante se saisit d’une de ses feuilles de compte qu’elle avait rangé avec précaution. Était-il venu pour s’amuser avec ses dossiers ? C’était cela ? Il souhaitait trifouiller dans ses documents et ses parchemins comme ils l’avaient tant fait, enfants, avec ceux de leur géniteur ? Lorsque ses yeux trop bleus pour la région dans laquelle il avait grandi se poser sur les quelques lignes nerveuses et les chiffres tracées, elle leva un sourcil circonspect. « Parce que tu sais lire, maintenant ? » aurait voulu lui dire l’ancienne Valena avec un air moqueur sur les lèvres. Mais la lady restait muette, rongeant son frein. La simple idée qu’il jette un regard sur ses travaux l’horripilait. Lui, qui n’avait probablement jamais mis le nez dans les archives de dépenses de la Grâcedieu et qui n’avait jamais eu à organiser un si long voyage pour une si grande assemblée. Un être égoïste comme Daemon ne se souciait, après tout, que de lui même. Il l’avait déjà prouvé à maintes reprises.
Comment aurait-il pu devenir Lord Allyrion ? Il avait longtemps convoité sa place, sa cadette le savait pertinemment. Et elle avait craint l’ambition de ce frère née d’une mère autre que la sienne. Aujourd’hui, elle n’avait plus peur. Impulsif, égocentrique et trop sûr de lui, il aurait fait un piètre seigneur et l’ensemble des gens de leurs terres en avaient conscience. Aurait-il tenté de lui usurper la place qui lui revenait de droit, sa place, et il aurait récolté le mécontentement général de la Grâcedieu. L’unique fille de Ryon s’imagina un instant son demi-frère, assis au bureau de leur père, la tête plongé dans des calculs. Ridicule.

Valena ignorait le sourire sardonique qu’il se plaisait à lui servir et ne lui répondit que par ce même air sévère qu’elle ne quittait plus. Sa question la fit pourtant exhaler et dans son souffle se dissimulait l’ombre d’un rire éberlué.

« Depuis quand te préoccupes-tu de ce que je pense de toi ? »

Elle secoua la tête et ses longs cheveux couleur de nuit glissèrent sur ses épaules brunes. Que cherchait-il en lui demanda cela ? Voulait-il lui faire pitié ? S’entendait-il à ce qu’elle s’exclame en outrages en affirmant qu’elle ne le détestait point ? Voulait-il une scène d’amour fraternel comme certaines ballades le célébrait ? Il n’aurait rien de tout cela.
Valena se souvenait encore de la dernière fois où elle s’était dévoilée et mise à nue devant lui. Comment elle lui avait promis son soutien après son accident. Comment elle avait pleuré de le voir si faible, si rachitique. Comment elle s’était faite violence pour être ce roc auquel il pourrait se raccrocher. Elle avait toujours souhaité être une sœur pour lui. Elle avait toujours cherché à ce qu’il se sente légitime, accepté dans cette famille qui n’était la sienne qu’à moitié. D’ailleurs, elle n’avait jamais tenté de l’accepter. Les choses s’étaient faites toutes seules, naturellement. Il n’y avait pas eu besoin de forcer le destin. Et aujourd’hui, elle s’en mordait les doigts. Il pouvait bien rire d’elle, de la fois où elle avait saisi ses mains brulées dans les siennes. Car cela serait la dernière fois. Elle ne s’y laisserait plus prendre. Elle avait bien vu comment ses efforts avaient été salués.
Or, malgré son monologue larmoyant, la lady ne le détestait pas. Elle n’en dit rien cependant, étant la première étonnée. Certes, une rancœur acide lui broyait le corps et lui tordait l’estomac et il lui était difficile de supporter la présence du bâtard, mais on ne pouvait pas coller l’étiquette de la haine sur ses sentiments à son égard. Elle s’en était longtemps persuadée. Mais les mots prononcés par Daemon lui firent prendre conscience du contraire. Pourtant, cette révélation resta silencieuse et invisible derrière le visage impassible de la brune qui ne se laissa même pas trahir par un soupir.

Ses lèvres se pincèrent lorsqu’il se servit une coupe de vin, toujours avec cette même sérénité exaspérante, et qu’une nouvelle pique jaillit de sa gorge. La lady fut tentée de héler un garde en retour pour jeter le Sand dehors. Mais le manque de répartie criard et la faiblesse d’une telle action l’en empêcha. Elle laissa couler la bourrade. Pour avoir pratiquer le bâtard depuis sa naissance, elle savait que sa colère et son égo piqué au vif ne ferait qu’alimenter l’air narquois de son ainé. Se retenir relevait cependant de l’exploit pour la brune.

Petite sœur. Ces deux seuls mots lui firent presque briser la plume dans sa paume moite. L’infantilisation qui coulait derrière l’adjectif la laissait blême et les lèvres pincées. Passer au-dessus était devenu le leitmotiv de la Lady de la Grâcedieu. Et c’est ce qu’elle fit, malgré les hurlements outrés d’une jeune Valena adolescente se tapissait au creux de son ventre. Le lit grinça sous le poids du jeune homme qui s’étendit comme un chat fatigué sur la couche humide.

« Dernièrement, il me semble que tout ce qui sort de ta bouche ne me plaît pas, » dit-elle simplement dans un haussement d’épaules.

Il sembla réfléchir quelques secondes, le bleu du regard perdu dans le carmin de la boisson. La plume encore gorgée de noir retrouva son encrier avec un tintement qui résonna avec la voix méprisante du bâtard. Elle ignora superbement la provocation à propos de la Reine du Sud.

« Parle, » lui ordonna-t-elle sèchement. « T’amuses-tu à prendre des pincettes ? Ou alors est-ce simplement parce que tu crains de m’avouer une de tes nouvelles frasques ? Alors, parle ! » le pressa-t-elle sans se départir de sa froideur désormais habituelle. « Et dis-moi de quelle main vais-je encore devoir te torcher le cul. »

La voix était restée égale, sans aucun soubresaut. L’hiver glacial semblait s’être doucement infiltré dans chacune de ses intonations et pourtant, les plus attentifs pouvaient attendre l’enfant du désert gronder derrière les traits du Soleil Noir.


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MessageSujet: Re: Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion)   Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion) EmptyLun 31 Oct - 10:55

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Combien de temps s'était écoulé depuis la dernière fois où ils avaient partagé un instant sans que le tableau ne fut assombri par des motivations sous-jacentes ou par des manières forcées et crispées par la rancune?
Il n'y avait pas si longtemps, Daemon se souvenait d'une vie où il avait passé des heures à simplement partager une pièce avec Valena, tandis que chacun, sans echanger un seul mot, pouvait vaquer à ses occupations ou simplement rêver. Etre côte à côte, l'un sur le lit l'autre au bureau-comme à l'instant présent- ou même simplement par terre, en tailleur, dos contre dos. A paresser, à attendre, lorsque la chaleur au-dehors interdisait toute activité propice à fatiguer leurs caractères de feu. Malgré le silence, l'espace ne lui avait jamais semblé vide puisque sa soeur était là, à ses côtés. Parmi les tapis colorés et les coussins brodés, les vifs échanges qui opposaient si souvent les deux tempétueux ainés avaient eut tôt fait d'éclipser de la mémoire collective ces rares instants de paix qui laissaient transparaitre la complicité simple et naturelle qui les liait. Comme chez des jumeaux, les mots étaient superflus là où la seule présence de l'autre suffisait. Et lorsque l'ennui se faisait trop pesant et qu'ils prenaient enfin la peine de s'exprimer, c'était par brimades ou par cris, pour s'amuser de la colère de l'autre et tester ses limites. La jeunesse les avait souvent cabré l'un contre l'autre et y repenser déposait une lueur rieuse dans les yeux bleus du bâtard. Hors, voilà qu'ils en étaient réduits à mimer ce qui leur avait parut si naturel autrefois. Se retrouver dans la même pièce semblait désormais proscrits de leurs habitudes et il s'y sentait avec la même envie de partir que lorsqu'on l'obligeait dans son enfance à tenir compagnie au mestre.
Comparer le vieil Harian et sa jeune soeur...Voilà un parallèle qu'il n'aurait jamais cru possible de voir germer dans son esprit. Mais que faire, sinon en sourire? Perdue dans ses liasses de papiers, enchainée à son bureau et revêtue de ce masque de mépris qu'elle affichait à tout un chacun, Valena était méconnaissable. Le jeu, cependant, avait duré trop longtemps désormais pour que cela ne fut qu'une passade. Imiter leur père comme un mauvais saltimbanque aurait été amusant une lune, peut etre deux. Mais cela faisait presque un an désormais. L'amertume blanchissait ses traits à chaque fois qu'il croisait cette silhouette lugubre et que les souvenirs des années passées s'atténuaient et disparaissaient peu à peu, comme de maigres reliques d'une enfance qui n'avait plus lieu d'être. Quiconque les verrait aujourd'hui n'aurait pu imaginer les deux enfants aux coeurs sauvages qui jouaient dans les dunes durant les longues  et douces nuits d'été. La soeur flamboyante qu'il avait aimé autrefois, celle qu'il s'était langui de retrouver lors de ses trop rares séjours à la Grâcedieu durant son apprentissage auprès du Prince, cette soeur aussi rétive que mordante n'était plus.

Il avait à cet instant résolu d'abandonner la guerre qu'il avait entamé pour tenter de la mépriser aussi bien qu'elle le faisait de lui. En vérité, il n'avait jamais renoncé à ce qui faisait de lui l'homme si difficile à contenir que l'on attendait de voir sitôt qu'on évoquait le "Bâtard de la Grâcedieu": son infatigable insolence. Il semblait au brun avoir suffisamment attendu. Et ce qu'il brûlait de dire à sa soeur était autant teinté de crainte quant à sa réaction prochaine que de la fierté folle qu'il gardait précieusement par rapport à ce sujet que d'aucun aurait jugé facheux. A la réplique qu'elle lui lança, un sourire en coin ourla le bord de ses lèvres pleines. Elle pouvait le nier tant qu'elle le pourrait, son frère pouvait entendre l'ancienne Valena griffer cette façade de glace comme une lionne en cage derrière ces prunelles noires qui le dédaignaient. Sa jambe pendait paresseusement du rebord du lit, se balançant à un rythme mou et régulier, au son feutré du bout de sa botte qui frôlait le sol.  Enveloppé dans ses atours carmins, le Sand affichait une nonchalance qu'il avait toujours su propre à éveiller l'irritation de sa cadette. Ses doigts dansant sur le bord du calice, il l'écoutait. L'image qu'elle utilisa pour terminer sa tirade crispa les machoires du jeune homme, faisant resurgir la fossette-fantôme d'un coup de sabre-qui ornait sa joue gauche. Il déglutit, levant son regard vers la fenêtre aux carreaux sales et usés par le temps et les orages. Puis ses yeux au bleu lumineux se posèrent à nouveau sur le liquide qui brillait encore au fond du récipient.

"Je l'ai écrit." Lâcha-t-il sechement dans un souffle, du tac au tac à la suite de la pique de sa soeur, presque sans attendre qu'elle eut fini son injonction. Sa voix monotone avait été dénuée de toute l'arrogance qu'il avait offerte à Valena depuis le début de leur tumultueuse entrevue. Il avait senti sa gorge se serrer pour ensuite se détendre enfin, une fois ce poids ôté de ses épaules qu'il avait toujours tenues droites malgré les coups du destin qu'il provoquait sans cesse. Les Sept l'avaient fait vaillant, et ce n'était pas pour qu'il trembla devant une feuille de parchemin. Le jugement de sa soeur en revanche...Sa fierté l'empéchait tout simplement de lui dire qu'il n'avait pas oublié cette promesse qu'il s'était faite et qu'elle n'avait pu entendre de ses lèvres, et à laquelle il avait déjà failli. Mais était-ce faillir que de hurler à son entourage que cette reine n'était pas leur amie et ne le serait probablement jamais?
Ses pupilles valyriennes vinrent lentement se ficher dans celles d'ébènes de la Lady, affrontement doucement son regard noir et attendant, résolu, la réaction de cette dernière.






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MessageSujet: Re: Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion)   Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion) EmptyLun 31 Oct - 16:45

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Il s’amusait de la situation. Valena n’avait pas besoin de le connaître comme un frère pour déceler la lueur narquoise et mesquine qui dansait dans les yeux du bâtard, rendus plus bleus encore par la balafre sombre qui défigurait le côté gauche de son visage. Il se moquait de l’attente qu’il créait chez elle, ménageant au mieux son effet pour que qu’il soit le plus durable possible. Daemon n’avait jamais trouvé d’égal dans l’art qu’il avait de faire fulminer sa cadette. En plus de profondément agacer sa sœur, il préparait ses pions, agençait l’espace autour d’eux comme bon lui semblait. La pièce froide et renâclant la moisissure était la scène de théâtre privilégiée du bâtard qui était à la fois scénariste et acteur de la pièce et donc qui savait la chute ayant rédigé lui-même la dernière ligne. La fille de Ryon quant à elle était celle avec qui il partageait la vedette, sans qu’elle ne sache pourtant à quelle sauce elle allait être mangée. Le léger rictus qui ornait ses lèvres trahissait le fond de sa pensée. Et la brune n’appréciait que très peu d’être ainsi à sa merci, pendue à ses lèvres, priant les Sept pour que ce qu’il s’apprêtait à lui révéler ne la laisse pas pantoise.
Son regard ne quittait pas son corps avachit dont la prétendue flegme n’enlevait rien à la malice qui baignait ses traits. Le simple son de sa semelle frottant contre le parquet gondolé, rythmant au passage les battements de son cœur, lui donnait envie de bondir sur lui et de serrer entre ses mains sa gorge pâle. Peut-être y aurait-il eu dans cette action l’ersatz de la relation qu’ils avaient eu autrefois, aussi conflictuelle que fusionnelle. Et là où le jeune Daemon s’était amusé à lui tirer les cheveux, la fillette avait toujours répliqué par des coups de pied dans le tibia ou un taquet dans la glotte, histoire d’enfin le faire taire. Finalement, peut-être cela n’avait-il pas changé. A un détail près. Il n’y avait aucun rire ni aucune innocence enfantine dans leurs propos actuels. Rien que de la méfiance et de la colère.

Il ne poussa pas la provocation à répondre à se dernière injonction. Cette dernière sembla même le contrarier, au plus grand plaisir de sa petite sœur. S’il l’avait infantilisée auparavant, voilà qu’elle lui retournait la gifle. Car ce serait bien à elle de rattraper ses erreurs. Du moins, tenter de les rattraper. Comme toujours. Elle comprenait désormais les soupirs de Ryon lorsqu’il convoquait sa fille dans son bureau, après une énième bêtise. Là où elle n’y voyait autrefois qu’une autorité sévère et ennuyeuse, elle comprenait désormais la lassitude de son géniteur. Mais Daemon n’était plus un enfant. Il était censé ne plus être un enfant.
Il détourna finalement les yeux pour préférer la fenêtre crasseuse à sa cadette. Cet instant de déstabilisation fit pianoter les doigts de Valena contre le bois du bureau, seul signe extérieur de son impatience et de cette faiblesse qu’elle considérait comme une petite victoire.

Pourtant, son contentement fut de courte durée. La phrase presque vomie à la suite de l’attaque verbale de la dornienne, la laissa coite. Il n’avait pas besoin de préciser ce qu’il avait écrit. Ce n’était certainement pas un poème et encore moins une ballade. Le pamphlet. C’était le pamphlet acerbe et amer attaquant directement la Reine du Sud qu’il avait écrit. La lady de la Grâcedieu se sentit blêmir. Elle eut la désagréable sensation que soudain, toutes ses actions depuis des lunes avaient été empoignées par le bâtard, jetées à terre et piétinées par cette botte si agaçante.
Une nouvelle fois, elle fut séduite par la colère lui ordonnant de se jeter sur lui et de l’étouffer sous un de ces oreillers mités, mais la perspective de voir ruiner ses manigances commerciales l’atterra. Elle n’avait pas besoin de lui demander de répéter pour en être certaine. Daemon ne mentait pas. Il avait assez de griefs envers la fille de Rhaegar pour avoir matière à écrire, la rancœur suffisante pour coucher son animosité sur le papier et la folie d’oser faire circuler ce chiffon.
Son visage mat vint tomber dans sa paume ouverte tandis que ses doigts effleuraient son front brûlant.

« A quel point peux-tu être égoïste ? » se désola-t-elle d’une voix où se mêlai authentique incompréhension et colère.

Valena avait toujours connu la nature de son frère. Et elle l’avait toujours acceptée. En revanche, elle ne se serait jamais douté qu’un jour celle-ci jouerait contre elle et menacerait non seulement ses relations commerciales, mais également sa famille.

« Crois-tu que cela me ravisse de traiter avec elle ? Crois-tu que je le fais de bonté de cœur ou parce que je lui porte une fervente dévotion ? Ce n’est ni l’un, ni l’autre ! Je mets mes sentiments de côté pour notre père, parce que c’est ce qu’il aurait souhaité ! Je le fais pour la Grâcedieu ! Je le fais pour nous ! »

Ne voyait-il rien ? Ne comprenait-il pas ? Pensait-il réellement que sa sœur se prostituait face à Rhaenys par pur plaisir ? S’imaginait-il réellement qu’elle avait oublié l’affront fait à sa famille et à Dorne lorsqu’une tête et une lettre ridicule avait accompagné le corps de leur père, assassiné devant des yeux Targaryen ? Elle s’était pliée à l’immobilisme de Doran avec grand mal, simplement par respect envers ses suzerains et leur volonté de maintenir la paix entre le Bief et Dorne. Et elle avait continué dans ce sens uniquement pour cela. Même si cette inaction l’avait remplie d’amertume, même si elle considérait encore plus les terres au-delà des Montagnes Rouges comme des plaines hostiles, même si la passivité des Martell l’avait profondément déçue, elle avait fait ce que Ryon aurait attendu d’elle.

« Et voilà que tu mets en péril tous mes efforts et de ceux qui m’ont épaulée… pourquoi ? Pour ta fierté ? »

Elle releva la tête vers son aîné qui avait encore le nez plongé dans sa coupe d’alcool.

« Sait-elle ? »



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MessageSujet: Re: Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion)   Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion) EmptySam 5 Nov - 14:21

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Pendant plusieurs secondes qui semblèrent durer une éternité, il n'y eut plus que la pluie fine qui retombait doucement sur les fenêtres. Leur fracas sur les carreaux vieillis semblait accompagner la chute des espoirs de la Lady dont les épaules lui parurent, un instant, affaissées et lasses. Aussi pesant qu'affligé, le silence était tombé entre eux avec une autorité qui faisait écho à celle qu'amenait partout avec elle la longue silhouette noire qui régnait autrefois sur la Grâcedieu. La botte du Sand s'était immobilisée, figée et comme retenue par le bois usée qui frôlait  sa semelle. Attendant. Attendant l'orage qui tonnait déjà au dehors. Il le sentait grandir derrière le visage sévère de sa cadette. Il attendait. A quelle sauce allait-elle le manger cette fois? Pensait-il, tentant de camoufler son appréhension sous un filet d'amertume. Tant bien que mal, Daemon conservait son aplomb revêche, entêté jusqu'à la folie par l'idée de ne pas céder un pouce de terrain à sa sœur et à sa déception qu'il savait pourtant justifiée. Le déni n'était pas dans sa nature. Qu'elle y vit une faute si cela lui plaisait! Le brun était loin de considérer ces quelques mots comme une source potentielle de regrets. Le regard de charbon confrontait, hébété, celui dont le bleu lumineux était aussi insolent que  l'était l'être qui l'arborait.

La voix de Valena troubla le silence, émaciée par un mélange déstabilisant de rage et d'incompréhension qui la dotait d'un timbre presque chagriné. Sans la lâcher des yeux, il la regarda passer sa main sur son visage, déglutissant malgré lui comme pour ravaler les excuses qu'il savait lui devoir. A la mention du mot qui le définissait mieux que nul autre, il retrouva soudain de l’intérêt dans la contemplation lascive de sa coupe. Ses longs doigts dansèrent le long du calice, témoins de la nervosité qui perçait au travers de sa nonchalance feinte. Ses cils cendrés frémirent alors qu'un frisson parcourait son dos, de l'irritation d'être ainsi rabroué par sa propre soeur, des sombres souvenirs de corrections semblables données par feu leur père et qui resurgissaient. Egoiste. Il haissait ce mot autant qu'il était tenté de l'adorer. Une pique brûlait ses lèvres, mais sa gorge serrée brida cette insulte qu'il menaçait de déverser sur l'ire déjà flamboyante de la dornienne. Il ne comprenait pas. Pourquoi est-ce que le moindre de ses choix semblait se poser en parfaite opposition avec les intérêts de sa famille? Et cette manière qu'elle avait de tourner son acte fou...Comme pour l'accuser de vouloir  détruire leur nom alors que ses motivations étaient on ne peut plus contraire.
Son expression mutine s'était renfrognée, assombri par le nuage de ses pensées tandis que la Lady enchainait, accusant son incompétence, son immaturité au moindre mot qu'elle crachait, au moindre regard qu'elle lui lançait. Le bâtard tripotait le pied de la coupe, prétendant en assénant un regard noir au calice ne pas recevoir les reproches de sa soeur. Pourtant, chaque fois qu'elle parlait, l'impression qu'elle cherchait à se justifier finit par l'effleurer sans pour autant qu'il ne prit la peine de la comprendre, ainsi qu'elle le lui demandait. Il connaissait la fougue de sa cadette et savait mieux que personne ce que devait endurer son esprit sauvage pour porter les œillères dont son nouveau statut l'avait paré. Mais il ne pouvait s’empêcher de chercher à s'échapper de cette réalité, de cette vérité qu'il n'acceptait pas.  La raison n'avait que peu d'emprise sur la fierté du bâtard qui continuait de se persuader que lui avait vu ce que les autres n'avaient pu percevoir. Oui. Il ne pouvait être si différent, si idiot. Il devait avoir raison quelque part, non?

Il appuya sa tête contre la colonne du lit, patientant quelques secondes avant de répondre à la jeune femme. Ses sourcils se haussèrent légèrement tandis que ses paupières demeuraient abaissées par le mépris que lui inspirait la seule mention de la Targaryen. A nouveau il lâcha un soupir trop glacial pour que l'ennui feint dont il souhaitait le parer fut totalement spontané."Varys."Souffla-t-il sobrement. Un nom tel que celui de l'araignée pouvait rassembler mille réponses en cinq pauvres lettres. Oui, elle savait. Sinon, elle ne tarderait plus à le savoir désormais.

Ses doigts se resserrèrent sur le pied du calice, si fort que ses jointures blanchirent.
"Ma fierté? Elle a bon dos ma fierté!" se moqua-t-il en se relevant soudain, entraînant dans son mouvement les draps lourds qui glissèrent quelque peu du lit Quelques pas le rapprochèrent à nouveau du bureau où siégeait sa soeur."Parce que tu crois sincèrement que c'est ce qu'il aurait voulu? Que l'on se transforme en bouffons pour faire sourire celle qui l'a regardé mourir?!"Siffla-t-il entre ses dents, résistant à l'envie qu'il avait de saisir les épaules vêtues de noir et de secouer sa soeur jusqu'à ce qu'elle finisse par penser comme lui. Jamais la ruse de se tenir ainsi dans l'ombre du Soleil et du dragon dans l'espoir mince d'un jour élever la Grâcedieu ne lui avait parue si semblable à la plus vile des bassesses. Ses mains s'appuyèrent brusquement sur le bureau alors qu'il se penchait vers elle. Il la toisa."Blémir à l'idée de la contrarier? Calculer? Avoir peur? C'est cela que vous comptez offrir comme avenir à notre nom?" Ses autres qui épaulaient sa soeur sans que lui n'eut réussi à lui prouver qu'il pouvait l'aider, comme il les détestait, et comme il jalousait l'idée qu'ils y arrivèrent mieux que lui ne le pourrait jamais.
Jaugeant la peau cuivrée qui lui faisait face, il brisa violement leur proximité soudaine en s'éloignant finalement à nouveau, non sans avoir brusqué le guéridon d'une secousse bien sentie.
"C'est vraiment ce que tu penses? Que je fais ça pour nous détruire?" L'accusa-t-il d'un ton orgueilleux et sombre, rendu rocailleux par sa gorge serrée. Il releva un regard défiant vers la silhouette de la brune.

Pensait-elle sincèrement que cette histoire pouvait finir bien? Avec une belle alliance brillante et nouvelle à ramener dans leurs poches? Cela faisait déjà longtemps que le Sand avait cessé d'espérer des jours meilleurs. Au fond de lui, il savait que tout cela finirait mal. Comment ou quand, cela il l'ignorait encore aujourd'hui. Personne ne pouvait être sauvé, et surtout pas cette maudite reine. Cette lettre qu'elle leur avait écrite hantait encore son sommeil. Mais sans doute était-ce moins ses mots que ce sentiments d'avoir à faire à un orgueil pareil au sien qui le confortait dans cette simple et funeste idée.






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MessageSujet: Re: Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion)   Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion) EmptyDim 6 Nov - 11:43

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An 300 Lune 7 semaine 2



Valena&Daemon

Sa dernière interrogation laissait l’air de la chambre, suintant le refermé, vibrer d’une espérance stupide. Peut-être avait-elle lu le pamphlet. Les nouvelles voyageaient vite, à Westeros. Beaucoup trop vite à son goût. En réalité, tout dépendait des informations, de quelles bouches elles jaillissaient et surtout, sur qui elles jetaient l’opprobre ou au contraire, sur qui elles jetaient la lumière. La mort de Ryon, desservant la Reine du Sud, preuve de son incompétence et de son incapacité douloureuse à protéger ses invités, avait été passée sous silence sans que les Allyrion n’aient pu hurler au scandale et à l’affront, sous risque de questionner l’autorité des Martell et de la dragonne. Mais cette provocation écrite de la main d’un bâtard… Il ne faisait aucun doute que la Targaryen vexée se faire un plaisir de les pointer d’un doigt tremblant et accusateur. Valena n’avait pas besoin de la rencontrer pour avoir lu et décelé à travers ses parchemins l’orgueil écrasant dont elle était la victime. Le plus dangereux était d’ailleurs que la fille d’Elia ne se doutait pas une seule seconde dans la dangerosité de sa fierté exacerbée et qu’elle était persuadée de son bon caractère et de sa clémence. Elle refusait sa vraie nature et celle-ci n’en ressortirait que de manière plus violente encore lorsqu’elle se retrouverait piquée. Et voilà que c’était chose faite.

Pourquoi l'avoir mise dans la confidence ? Pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi maintenant ? Se sentait-il dépassé ? Éprouvait-il le besoin de le lui révéler ? Sa conscience en était-elle trop embarrassée ? Cela ne lui ressemblait pas. Au contraire, elle s'était attendue à déceler une certaine fierté et toujours ce même désir de provocation dans sa révélation. Or, elle ne voyait rien de tout cela dans le profil de son demi-frère, les yeux scrutant attentivement les ondulations rougeoyantes de son vin. Gêné, troublé, presque penaud, il serrait les dents et enfin, cette maudite jambe avait cessé de s’agiter. Étrangement, elle crut reconnaître dans ses mains glissant le long de sa coupe et ses yeux pâles refusant de la regarder l’enfant qu’avait autrefois été Cletus. Timide et réservé, il n’avait pas été rare que lors d’une de ses rares remises en place par leur géniteur, le cadet de la famille se soit trouvé honteux, à regarder ses pieds comme s’ils avaient été la chose la plus fascinante du monde.

Les espoirs de la lady furent anéantis par le nom seul de l’Araignée. Son soupir las accompagna le souffle plein de dédain de Daemon. Ses doigts fiévreux vinrent une nouvelle fois maltraiter la peau de son front qui devait déjà être rougie. Elle savait. Comment devrait-elle justifier cela ? Pourrait-elle, encore une fois, mettre en avant la puérilité de son frère ? Malheureusement, le bâtard n’était plus un petit garçon et ses actes auraient, avaient des conséquences. Il semblait lui même l’ignorer.

Son flegme et sa crispation muette disparurent à l’évocation de sa fierté. Il se leva d’un bond pour venir toiser sa cadette, approchant son visage furieux à quelques centimètres du sien, le pauvre bureau bancal servant d’unique rempart entre la colère des aînés de la Grâcedieu. Ses mains vinrent froisser les papiers et les missives sous ses paumes moites. Valena ne baissa par le regard, affrontant la fureur de son frère avec la sienne. Les mâchoires tendues et les muscles bandés de son frère laissaient transparaître sa maîtrise bancale qu’il infligeait à son corps, le retenant de se jeter au travers de l’écritoire pour étrangler la brune qui ne défaillait pas de l’affronter.

Il s’éloigna brusquement. La dornienne remarqua alors qu’elle avait retenu son souffle durant leur duel de regard. Sa poitrine gonflée d’indignation et de rogne s’affaissa alors que l’air contenu vida précipitamment ses poumons.
Les explications de son frère la désolaient. À sa question muette, elle eut enfin sa réponse. Il ne comprenait pas. Il ne comprendrait pas. Jamais. Trop aveugle pour réfléchir aux actes de sa sœur, la mauvaise foi le gangrenait comme la gale. Malgré les airs moqueurs qu’il voulait se donner et cette nonchalance hautaine, sa cadette n’y voyait plus que des excès d’enfantillages qu’il n’arrivait lui même plus à supporter.

« Alors dis-moi, » trancha-t-elle d’une voix redevenue blanche. « Dis-moi ce que notre père aurait voulu. Dis-moi pourquoi tu as fait cela. Quelle est la finalité ? Que penses-tu que cela nous apportera ? »

Ryon n’aurait certainement pas souhaité que la Reine du Sud ne devienne leur ennemi. Il n’aurait pas voulu cela pour ses enfants. Il n’aurait pas cherché la vengeance ou l’animosité. De cela, son unique fille en était intimement persuadée. Mais visiblement, l’ainé de la famille semblait s’être fait sa propre vérité sur les dernières volontés de leur géniteur, volonté qu’il n’avait jamais eu le temps de prononcer.
La Lady de la Grâcedieu voulait l’entendre se justifier. Elle voulait l’entendre prendre conscience de son erreur. Peut-être même voulait-elle chercher à comprendre cet aîné encombrant qui ne réfléchissait même pas après avoir agi.

« La seule, ici, qui joue à la bouffonne Daemon, c’est moi. C’est moi qui suit contrainte de traiter avec elle. Moi qui lui envoie des missives toutes enrobées de miel et de mots doux pour lui plaire. Pour plaire aux Martell. Qu’as-tu fait pour te prétendre jouer au clown ? »

Sa condition lui pesait. Comme elle aurait aimé, elle aussi, jeter les conventions aux orties et se dresser, virulente et toute pleine d’amertume face à la femme qui avait vu leur père père et face à leurs suzerains qui leur avaient ordonné la quiétude, attachant la brune à un prince avec une promesse de mariage, comme pour les féliciter de leur bonne conduite. Valena n’avait pas besoin d’une friandise pour lui faire oublier l’offense faite aux siens.
L’insinuation de sa faiblesse de la bouche du bâtard la fit blêmir.

« Je n’ai pas peur d’elle. Tu serais stupide de penser le contraire. Et si tu penses qu’écrire un pamphlet plein de hargne est synonyme de ton courage, alors tu serais plus stupide encore. »

Elle se redressa lentement, sans le quitter du regard.

« Quant à « notre nom », tu ne le portes pas. Ne parle pas pour lui et ne te cache pas derrière les Allyrion pour te défendre, » asséna-t-elle.

Sa dernière gifle ne la rendait pas fière. Au contraire, elle se détestait de devoir lui rappeler son nom de Sand. Pourtant, en dépit de ce nom de bâtard, Daemon était affilié à la Grâcedieu dans les esprits et chacune de ses actions avait ses répercussions sur cette famille qui n’était sienne qu’à moitié.




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MessageSujet: Re: Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion)   Le Rouge et le Noir (pv Valena Allyrion) EmptyLun 7 Nov - 23:01

Le Rouge et le Noir

An 300 Lune 7 semaine 2



Valena&Daemon

Dans ces instants fort difficiles et sombres,  il regrettait l'enfer des flammes qui lui avait permi d'echapper à la froidure extrème qui sévissait entre les murs de la Grâcedieu. Les membres de sa famille étaient des monstres au sang froid, aux lèvres glacées par le calcul et l'hypocrisie. Sans joie, ni amour pour ce père défunt, ou du moins un amour bien différent du celui qu'il portait à son souvenir. C'était une insupportable réalité, une abomination que ce silence condescendant dont sa soeur l'avait gratifié pendant de longs mois.
Il était dérouté, oui, et ce seul sentiment lui infligeait plus de honte que la plus mémorable de ses défaites. Son corps remuant et nerveux trahissait trop à son goût la confusion à laquelle il était soumis à cet instant, face à sa soeur, aussi inébranlable qu'un rocher. Considérant la chose sous les seuls angles qu'il consentait à observer, il ne parvenait tout simplement pas à comprendre. Comprendre ce silence vibrant qui avait succédé à la mort du Lord aux yeux noirs, si semblable à celui que l'on trouvait dans les septuaires abandonnés. Comprendre ne serait-ce que ce qu'espéraient sa cadette et ses conseillers, et en quoi cet espoir était-il plus précieux à leurs yeux qu'une juste reconnaissance de leur perte. Dorne s'était tue. Et lui ne pensait qu'à hurler. Daemon était déterminé à obtenir gain de cause. Il était déterminé à ce qu'on témoigna enfin du respect à la mémoire du Soleil Noir ainsi qu'il l'entendait. Rappliquer aux pieds de cette princesse dont les épaules semblaient aussi fragiles  et lâches que celles de son père n'allait guère dans la direction où il souhaitait se rendre.
La Targaryen était loin de l'exemple de noblesse et de devoir que le bâtard s'était depuis longtemps faite de la Monarchie. Ce n'était pas un chevalier ni un conseiller qui lui avait posé la couronne sur la tête mais un septon. La jeune femme -à ce qu'on disait- semblait prendre à coeur la défense de la Foi et elle avait placé les Sept au dessus de son règne douteux. Ce qui signifiait qu'elle devrait, tôt ou tard, répondre aux Dieux dans son devoir. Tant mieux, pensait le Sand. Tant mieux. Si les dieux étaient justes, alors le misérable assassinat du Lord Dornien serait reconnu, à défaut d'être vengé. Pour l'instant.

A la première question qu'elle lui asséna de sa voix pâlie par la déception, par l'affliction, un reniflement cynique répondit, tout droit sorti de la face dédaigneuse du bâtard. Il plaça ses mains sur ses hanches, froissant le tissus d'amarante.
"Le droit de parler, pour commencer?" Railla-t-il en sous entendant à peine la frustration que lui inspirait la chappe de silence imposée par les Princes de lancehélion. Il se mordit un instant les lèvres, retenant une exclamation moqueuse, ses traits crispés par un sourire à l'ombre mauvaise. " Ce que père aurait voulu? Tu crois sincèrement le savoir mieux que moi? Ah!Parce que tu es une sibylle maintenant? Ce qu'il aurait souhaité? Pas cela en tout cas!'Tout, mais pas cela. Il l'espérait, priait même pour que son instinct ne le trompa pas si bien, si fort. Si cela avait été lui, ou Valena, ou même Cletus qui était mort là bas, si loin de chez eux, que serait-il arrivé? Aussi austère et froid le Lord avait-il toujours su se montrer, son ainé ne pouvait ne serait-ce qu'envisager de voir sa longue silhouette noire simplement hausser les épaules à cette funeste nouvelle, et continuer, ensuite, comme si rien ne s'était jamais passé. Et même si, de la plus monstrueuse des manières, Ryon eut été capable de réagir ainsi, Daemon acceptait d'autant plus mal cette semblable réaction chez ses cadets qu'il les avait vu abattus par le chagrin, comme lui l'avait été.

Et, entendant sa soeur reconnaitre toute la douleur qu'elle avait à agir de la sorte, comment ne pas douter plus encore? Pourquoi s'infligeait-elle cela? Si c'était simplement pour jouer à leur père, pour mimer cette légende froide qu'il avait réussi à faire naitre au coeur du désert, c'était un bien misérable but à ses yeux. Lorsqu'elle lui demanda en quoi cela lui coutait puisque, selon elle, elle était seule à courber l'échine devant la fille de Rhaegar, il s'exclama férocement.
"Je suis là, condamné à te regarder faire sans pouvoir agir!"Son ton vibrait d'indignation alors que ses bras retombaient droit le long de son corps, terminés par des poings serrés. "Je refuse de garder le silence, je refuse que l'on croit que je soutiens cette femme." Fulmina-t-il, regrettant aussitôt ses mots qui lui donnaient l'impression de geindre. Une faiblesse qui lui fit pincer les lèvres et baisser le regard. Se sentait-il si obligé de rendre des comptes à la Lady qu'il devait s'abaisser à taper du pied devant elle comme un enfant contrarié pour se faire entendre? L'expression si franche de ses sentiments était risible, mais elle n'en était pas moins vraie. Ses yeux se relevèrent vers elle. Il ne pouvait décemment pas lui tenir rigueur de vouloir plaire aux Martell. Il aurait été bien mal placé pour lui en faire le reproche. Pourtant, ce soir, chaque fibre de son corps renâclait à cette idée qui l'avait fait tant rêvé autrefois. Mais la reine! Qu'avait donc fait cette reine pour que sa soeur dut se plier à cet exercice de dressage comme une bête dressée à faire des tours pour plaire à sa Majesté? Ses pupilles qui dardaient leur air arrogant sur elle cherchaient derrière ce masque de fer la Valena qu'il connaissait, espérant la revoir ne serait-ce qu'un instant. On disait partout que le pouvoir changeait les gens. Partagé entre douleur et révolte à l'idée que le titre de leur père eut déjà déchiré la soeur qu'il avait connu, il tenta de calmer son souffle que l'énervement avait approfondi.
Déglutissant, il chercha un instant ses mots, sa voix soudain plus douce révélant un ton presque implorant, mais toujours vibrant de colère.
"J'aurais simplement voulu..."Débuta-t-il tandis que la silhouette mince de la brune se levait lentement sous ses yeux bleus. La fin de sa phrase mourut, recouverte et étouffée par le venin des dernières paroles de Valena.
Toute sa rage retomba comme une pluie froide sur ses épaules, glaçant son dos et sa poitrine cependant qu'il demeurait coi face à cette insulte qu'il pensait interdite par l'affection qu'il partageait avec elle. Son visage jusque là rougi et crispé par la colère se décomposa, blêmissant soudain. Même l'éclat de ses yeux lumineux se couvrit d'un voile terne sans lâcher ceux, de nuit, de sa cadette.  Le brun ne remarqua que quelques secondes plus tard qu'il avait retenu sa respiration comme dans l'attente utopique qu'elle retira ses mots qu'il redoutait tant. Elle garda le silence. "Bien", pensa-t-il avec amertume. Ses machoires se resserrèrent tandis qu'il déglutissait douloureusement, plantant derechef son regard dans celui de sa soeur, avec une obstination farouche et brusque qui ne gommait qu'à peine le trouble qui l'avait fait frémir.  Sans briser le lourd silence qui s'était abattu entre eux, aussi accusateur et pesant que le regard que jetait sur lui la jeune femme, le Sand se détourna, le regard sombre. Portée par une pas au calme sinistre, sa silhouette élancée ne tarda pas à rejoindre la porte de la chambre. Puisqu'ils ne pouvaient plus se comprendre, il la laissa derrière lui, claquant le battant de bois de la porte.




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